Bruxelles censure le budget de Rome ou comment incarner l’Europe la plus détestable !

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Vendredi 26 octobre 2018, La Commission européenne vient de dégainer l’arme lourde et, pour la première fois, demande à un État membre de revoir son budget. Une erreur politique qui vient se greffer à une provocation italienne.

 

Rome cherchait le clash !

 

En présentant son premier budget à Bruxelles, le gouvernement italien, composé du mouvement 5 étoiles, eurosceptique, et de la Lega, europhobe d’extrême-droite, cherchait le clash avec Bruxelles tout autant qu’il voulait appliquer son programme politique. En effet, les 2 partis qui n’avaient pas prévu de gouverner ensemble ont une chose en commun : la détestation de la Commission européenne. Et quand tout va mal, le mieux c’est encore de se recentrer sur ses fondamentaux et contre son ennemi commun !

 

Dans ce budget, chaque parti de la coalition a défendu son programme. La ‘‘flat tax’’ pour la Lega (impôt sur le revenu identique pour tous, autrement dit l’impôt le plus injuste possible avec une baisse drastique pour les plus riches) et le ‘‘revenu citoyen’’ de 780 euros pour tous pour les 5 étoiles. En proposant cela, les 2 partenaires savaient qu’ils ne respecteraient pas les règles européennes qu’ils ont le droit de critiquer, qu’ils ont le droit de détester mais qu’ils ne peuvent pas nier ne serait-ce qu’au nom du principe de continuité de l’État. En agissant ainsi, ils ont poussé Bruxelles à la faute et la Commission européenne est tombée dans le panneau.

En effet, l’Italie ne respecte pas les règles européennes. Sa dette publique (133% du PIB italien) est largement au-dessus de la limite fixée à 60% du PIB et elle est seconde en terme de poids, juste après la Grèce (180%). Mais personne ne fait remarquer que la dette italienne est principalement détenue par les Italiens eux-mêmes et donc à l’abri d’éventuelles spéculations, ce qui n’est pas le cas de la France et n’était pas celui de la Grèce non plus.

 

De plus, l’Italie, y compris l’actuel gouvernement, s’était engagée à réduire son déficit public mais avec ce budget il repart à la hausse, à 2,4% du PIB. Et personne ne souligne que c’est toujours sous les fameux 3% et surtout moins que la France qui n’a pas présenté un budget à -2,4% de déficit depuis… 2007 !

2 poids, 2 mesures !

 

Alors, pourquoi Bruxelles a eu tort de sanctionner Rome ? Tout simplement parce qu’il y a un 2 poids, 2 mesures insupportable. La France de Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron a violé le Pacte de Stabilité et de Croissance et les règles européennes avec une dette publique au-delà des 60%, un déficit public largement au-dessus des 3% pendant 10 ans et n’a jamais été sanctionnée. L’Allemagne de Schröder (déficit public) et de Merkel (surplus commerciaux trop importants) a violé les règles européennes et n’a pas été sanctionnée.

 

Ensuite, le gouvernement italien venant d’être élu avec des partis qui n’ont jamais gouverné, Bruxelles aurait pu choisir une autre option, en critiquant mais en discutant et non pas en sortant l’artillerie lourde dès le premier budget. En effet, ce comportement de la Commission européenne n’aura qu’une conséquence : renforcer le gouvernement italien qui pourra dire devant ses électeurs qu’il avait raison.

 

Enfin, et c’est la raison qui rend détestable cette Europe-là, en prenant cette décision, la Commission européenne se comporte de façon clanique et ne défend pas l’intérêt général. En effet, comment expliquer qu’un gouvernement ‘‘mainstream’’ (socialiste, libéral, conservateur sont les 3 familles politiques qui siègent dans la Commission européenne et qui gouvernent l’Europe depuis 30 ans) ne soit jamais sanctionné mais qu’un gouvernement ‘‘orthodoxe’’ (extrême-gauche en Grèce ou eurosceptique en Italie) soit automatiquement attaqué dès son entrée en fonction ?

 

L’approche purement budgétaire de la Commission européenne, l’obsession du court-terme de Bruxelles et le 2 poids, 2 mesures de l’Exécutif européen sont insupportables. Cette Commission européenne est forte avec les faibles et faible avec les forts. Il est donc temps qu’elle s’en aille. Ce sera le cas dans un an même si, dans 6 mois, elle sera déjà en affaires courantes.

 

Il est vraiment temps de se libérer de ce néolibéralisme décadent sans retomber dans le jacobinisme d’antan. Il est vraiment temps de construire une autre Europe, une Europe des peuples, non pas pour défendre le gouvernement italien, mais pour ouvrir de nouvelles perspectives d’espoir pour les peuples d’Europe.

 

Roccu GAROBY

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