Gilets Jaunes et cartons rouges!

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Dimanche 18 novembre 2018,

Hier, il y avait près de 300 000 “gilets jaunes” dans les rues, selon les chiffres officiels. Ce chiffre est-il correct? A-t-il été manipulé? Peu importe, mobiliser 300 000 personnes sans organisation, sans syndicat, sans parti politique c’est beaucoup et ça Paris le sait. Et ça inquiète le pouvoir, à juste titre.

Le bilan est lourd avec 1 décès, des centaines de blessés et de nombreuses interpellations. Ce qui devrait interroger chacun d’entre nous. Néanmoins après cette journée d’actions les interrogations demeurent sans réponses! Pourquoi, comment et après?

Le mot d’ordre n’était pas clair, ça a commencé par une révolte contre la hausse du prix de l’essence puis ça a évolué vers un mouvement anti-taxes puis anti-pouvoir, mais c’est un raz le bol général qui semble avoir été exprimé. Comment ce mouvement va-t-il perdurer, nul ne le sait. Va-t-il être récupéré? Peut-être, en tout cas, nombreux sont ceux qui, tels des rapaces, se frottent les mains et espèrent profiter de la colère des “gilets jaunes”.Mais quoi qu’on pense de la mobilisation, de son mot d’ordre et de ses participants, il faut entendre et écouter cette colère parce qu’elle veut dire quelque chose de profond.

 

On ne fait pas société contre les autres mais avec les autres. On ne gouverne pas contre l’opposition mais pour l’intérêt général. On ne construit pas un pays contre les autres mais pour tout le monde. Bref, cette méprise, qui traduit un véritable mépris, est grave car elle porte en elle la graine de la division et donc de l’échec collectif. Ceux qui la sèment aujourd’hui seront les responsables de demain en cas de division irréconciliable.

 

Il faut être conscient qu’un clivage sociétal est en train de naître ou plutôt d’apparaître sous nos yeux car en réalité il est là depuis longtemps. Ce clivage, il s’exprime aussi dans d’autres pays européens, ce n’est donc pas propre à la France mais il se renforce de plus en plus.

 

Il y a d’un côté, “les heureux de la mondialisation”, ceux qui on le sentiment d’en bénéficier et de l’autre, “les damnés de la terre”, ceux qui ont l’impression de la subir. Il y a d’un côté ceux qui sont, aux yeux des autres, dans le système et ont accès aux richesses, aux savoirs, aux pouvoirs et aux alternatives et de l’autres ceux qui se sentent abandonnés, délaissés et relégués loin du pouvoir et loin des regards. À tort ou à raison, ce clivage se creuse et il est extrêmement dangereux.

Il est dangereux parce qu’il est fondé sur un sentiment, une sensation et une impression. Il est donc extrêmement difficile à combattre car il est, par définition, irrationnel, sentimental et affectif. Mais ce n’est pas en traitant les “gilets jaunes” de tous les noms qu’on avancera à quoi que ce soit dans ce débat.

 

Loin de moi l’idée de partager les motivations – et les actions – des “gilets jaunes”, ce n’est pas par le mépris, le dédain voire l’humiliation de l’autre qu’on avance dans une démocratie.

 

À LREM, personne n’avait vu venir ce phénomène et pour cause “le sommet” est complètement déconnecté de la “base” ou plutôt le sommet n’a aucun relais dans la base. En effet, autrefois, les forces politiques traditionnelles (de droite comme de gauche) avaient des liens, des élus, des réseaux venant de partout et faisant remonter cela même si “le sommet” ne suivait pas l’avis de “la base”. Mais aujourd’hui on a une force politique au pouvoir qui est complètement déconnectée et qui s’enfonce dans le mépris.

En fait, La République en Marche, c’est la France qui a réussi dans les études, dans les affaires, dans la vie. C’est l’incarnation même de cette France qui a bénéficié de la mondialisation, qui est dans le système et qui continue de se gaver.

 

Comment peut-on expliquer et défendre le besoin d’une transition écologique (ce qui est nécessaire) quand on a passé 18 moins à faire plaisir aux plus fortunés (ISF, flat tax…)? Comment peut-on renouer le contact avec les petites gens (ce qui est nécessaire) quand on passe son temps à les injurier (“travailler pour se payer un costume”, “les salariés illettrés”…)?

 

Bref, le mal initial est là! Ce mal n’enlève rien aux erreurs des autres mais il doit être pointé du doigt car on ne guérit pas si on ne fait pas le bon diagnostic. Il y a donc bien des “gilets jaunes” à entendre et, en même temps, des “cartons rouges” à distribuer.

Roccu GAROBY

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