La journaliste Stéphanie Trouillard vient de publier « Mon oncle de l’ombre, enquête sur un maquisard breton ». Elle y emporte le lecteur dans une enquête sur monsieur André Gondet, son grand-oncle, que les silences familiaux ne lui avaient pas fait connaître. Engagé dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), ce résistant fut lâchement exécuté par les forces d’occupation et leurs collaborateurs lors du massacre de sinistre mémoire du 12 juillet 1944 à Plumelec. Le résultat est en tout point remarquable tant par la qualité et l’ampleur des investigations que par l’émotion que sait susciter l’auteure.

L’ouvrage est l’aboutissement d’un impressionnant travail de recherche d’informations, bien servi par des compétences de journaliste. L’objectif s’annonçait difficile s’agissant d’une époque dont ceux qui se souvenaient ne parlaient généralement pas. Des centaines de sollicitations en Bretagne, en France et à l’étranger ont permis de dresser le portrait de ce héros inconnu. La parole des témoins, directs ou non, est complétée par la minutieuse exploitation des archives et des écrits disponibles. Pour mieux cerner l’individu, la journaliste évoque avec précision le contexte, le maquis de Saint-Marcel, la Résistance, les parachutistes du capitaine Marienne, les collabos et la réalité du Service du Travail Obligatoire (STO). La mémoire d’un homme passe par le récit bouleversant d’une époque.

Souvenir et émotion

En fermant ce livre, il reste au lecteur une émotion. Dès le départ, il est pris par le regret d’un grand-père disparu avant que l’on s’aperçoive que l’on n’y prêtait guère d’attention. Très vite, les récits du massacre de Kerihuel en Plumelec le mettent sous-tension. L’engagement et les exploits des parachutistes et des résistants suscitent l’admiration. La collaboration et les exactions de « la bande à Zeller » provoquent l’indignation. Alors, on est tenté d’identifier, des dizaines d’années après les faits, un traître, un dénonciateur à haïr qui aurait échappé à son juste châtiment. Mais rien n’est simple, surtout au bout de si longtemps. Certains témoins réhabilitent la mémoire injustement salie d’un ancêtre. On ne peut que partager la solidarité humaine qui fait ne pas imposer aujourd’hui à des descendants, ignorants et en aucun cas responsables, le poids mémoriel d’un ancêtre fourvoyé dans la Collaboration.

« Mon oncle de l’Ombre » est une enquête particulièrement prenante relatée avec brio. Cela fait du bien de lire quelque chose d’aussi intéressant sur le sujet et qui ne cherche qu’à mettre en lumière un résistant breton, sans intention de condamner les uns ou d’amoindrir les mérites des autres.

MON ONCLE DE L’OMBRE – Enquête sur un maquisard breton
Stéphanie Trouillard
Éditions Skol Vreizh
Paru le 15 septembre 2018
Format 15X21 cm
280 pages
16 euros

José

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