Programmation pluriannuelle de l’énergie : l’heure des annonces historiques ? Chiche !

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Jeudi 22 novembre 2018, Le mois dernier, le Président a annoncé des décisions « historiques » à venir pour l’environnement. Alors que la première version de la programmation pluriannuelle de l’énergie sera présentée ce 27 novembre, France Nature Environnement veut croire que cette feuille de route de la transition énergétique de la France sera cohérente avec les engagements de la loi pour la transition énergétique de 2015 et avec les ambitions climatiques de la France à la veille de la COP24. Réduction des consommations, développement des énergies renouvelables, feuille de route pour l’évolution du parc nucléaire… la PPE contiendra-t-elle les annonces tant attendues ?

 

Les citoyens veulent la transition énergétique
Les conclusions du débat public sur la PPE sont claires[1] : sur 450 citoyens, 43% souhaitent maintenir l’objectif de réduction du nucléaire à 50% dans le mix électrique en 2025 et plus de 60 % à l’horizon 2030 au maximum. Ils sont 68 % à ne pas vouloir de construction de nouvel EPR, et 73% à souhaiter la fermeture de réacteurs, en plus de Fessenheim, dans les 10 prochaines années. En parallèle de la sortie du nucléaire, les citoyens souhaitent l’accélération du développement des énergies renouvelables. Encore récemment, d’après un sondage Harris Interactive, 94% des Français considèrent la transition énergétique comme un enjeu prioritaire et important. Seront-ils entendus par le Président ?

Des mesures historiques pour la réduction des consommations dans le secteur du bâtiment
Le très énergivore secteur du bâtiment fait partie des secteurs prioritaires de la transition énergétique : les 2/3 du parc sont mal isolés car construits avant la première règlementation thermique. Or, au regard des indicateurs  de suivi, c’est le secteur qui affiche le plus important retard[2]. Pourtant, des décisions politiques simples et en même temps historiques peuvent être prises :

Simplification des aides, aides conditionnées à la performance énergétique et retour du bouquet de travaux, diagnostic du parc et définition d’une feuille de route claire, création de l’observatoire de la rénovation. Il ne s’agit pas de faire plus de rénovations, mais bien de faire des rénovations plus performantes ;
Formation des artisans et généralisation d’offre globale de rénovation, associées à la création et montée en puissance du service public de la performance énergétique de l’habitat, permettant un conseil indépendant et de proximité grâce à des moyens humains et financiers dédiés.
Des mesures historiques pour le développement des énergies renouvelables
Les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives (certaines sont déjà moins chères que le nucléaire) et créatrices d’emplois. Les citoyens les plébiscitent à 96%, loin devant les énergies fossiles et nucléaires[3]. Pourtant la France est en retard sur ses objectifs 2020… Pour inverser la tendance, la PPE devra comporter :

De véritables moyens pour aller vers 45% d’énergies renouvelables en 2030 ;
Un objectif de 15% des installations d’énergies renouvelables portées par les citoyens et les collectivités à l’horizon 2030, pour faciliter l’essor de projets locaux ;
Le maintien des objectifs pour le biogaz, permettant la transition énergétique du secteur des transports, 2ème secteur énergivore. La voiture électrique ne peut pas être la seule solution promue : le bioGNV est aujourd’hui une alternative crédible aux carburants fossiles.
Des annonces historiques pour la filière nucléaire
L’énergie nucléaire n’est ni sûre, ni décarbonnée, ni propre, ni bon marché. Le parc vieillissant cumule de plus en plus d’incidents qui sont de plus en plus couteux pour EDF et les français, et nécessitent le recours aux centrales au gaz pour compenser les défaillances, générant ainsi des hausses des émissions de gaz à effet de serre. Sans compter le casse-tête de la gestion des déchets radioactifs.

La PPE doit donc se doter d’une feuille de route claire pour la transformation du système électrique, comprenant une trajectoire claire de sortie du nucléaire et précisant quelles seront les fermetures supplémentaires à Fessenheim pour atteindre l’objectif fixé par la loi : 50 % de nucléaire dans le mix électrique. D’après la Direction générale de l’Énergie et du Climat, 17 à 20 réacteurs produisent déjà en excédent. Pour éviter des investissements inutiles et anticiper et accompagner les fermetures de réacteurs dans les territoires, 2 réacteurs par an doivent être fermés et ce dès ce quinquennat.

Pour Fabien Veyret, pilote du réseau Energie de France Nature Environnement, « l’ambition de la PPE sera le marqueur de la volonté du gouvernement de répondre aux enjeux énergétique et climatique. A titre d’exemple, plutôt que de prôner une prolongation des centrales, très coûteuse et insurmontable pour EDF, l’Etat doit investir dans les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments. Sans baisse de la part du nucléaire, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ne pourront jamais prendre leur place ».

Pour aller plus loin

Lire le dossier « Transition énergétique : mode d’emploi »

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