Avec la démission, sur fond de soupçon de fraude fiscale, de ses deux hommes de confiance, le maire de Brest n’est pas à la fête.

Les deux plus fidèles soutiens de François Cuillandre dans sa majorité municipale ont été brutalement conduits à prendre la porte. Alain Masson et Jean-luc Polard, respectivement président et trésorier de l’association « Vivre à Brest », ont démissionné. Les révélations d’un article du quotidien « Le Télégramme » en date du 21 novembre ne leur ont pas laissé le choix.

Un socialiste la main dans le pot de confiture

Le président Masson a perçu de son association 3470 euros par mois depuis au moins 2014. Le problème est que cette rétribution ne résultait que d’un discret accord entre les deux démissionnaires sans aucune décision d’assemblée générale. De plus, ce montant n’était pas déclaré par l’intéressé au fisc. C’est un comble pour une association dont le but avoué, plutôt louable, est de faire un pot commun avec les rémunérations des élus socialistes brestois en vue d’une « juste » redistribution. L’intéressé a maladroitement essayé de se justifier par sa fonction de président et « de ce que cela impliquait en termes de responsabilités et de temps passé ». Il ne parvient pas à masquer un détournement de l’esprit affiché de l’association. Monsieur Masson ne contribuait pas au pot commun dont il retirait un bénéfice substantiel. Son niveau de rémunération était, a priori, inconnu des élus qui jouaient le jeu. Quant au temps passé, on peut raisonnablement se demander si ce que lui laissaient ses responsabilités de 2ème adjoint au maire, premier vice-président de la Métropole et Président du groupe des élus socialistes de la métropole brestoise, valait vraiment aussi cher, surtout sur le seul dos des élus socialistes. De plus son nom apparaît dans les conseils d’administration de plusieurs sociétés responsables de projets locaux comme « Les ateliers des Capucins ».

Des élus socialistes soumis et trahis

Cela n’a pu se faire qu’avec la complicité du trésorier de l’association, Jean-Luc Polard, quatrième adjoint au maire et sixième vice-président de Brest métropole. Si celui-ci n’est pour rien dans la non-déclaration aux impôts des revenus de son président, sa responsabilité vis-à-vis des membres de l’association est évidente. Hors des procédures que pourra vouloir mener l’administration fiscale, c’est d’abord à ces derniers de réagir. C’est sans doute nouveau pour eux. C’est toute l’ambivalence du système de « Vivre à Brest » d’avoir rendu, sous couvert de bonnes intentions et à travers le fonctionnement obscur d’une association, les élus socialistes, du moins ceux qui voulaient le devenir, totalement soumis à la décision d’un prince local quant à leur niveau de rémunération. Pas étonnant que cela n’ait pas moufté dans la majorité depuis 20 ans. Maintenant qu’ils sont libres, et pour la préservation de l’avenir, on serait tenté de leur suggérer de penser à porter plainte contre leur président et leur trésorier, à moins bien sur qu’ils ne souhaitent montrer qu’ils soutiennent ce genre de procédé et la maison secondaire de leur chef. C’est bien de préparation de l’avenir et des prochaines échéances électorales qu’il s’agit.  On peut se demander s’il s’agissait d’une décision du prince ou du Roi. Le maire ne contribuait pas à ce « pot commun » et est, de prime abord, extérieur à l’affaire. Il s’agit, pour l’instant, de la dérive individuelle de ses lieutenants, ce qui n’est pas sans rappeler une affaire récente. Ce sera à la justice de faire la lumière sur l’ampleur exacte des responsabilités.

Le malheur des uns fera-t-il le bonheur des autres ?

Avec une opposition qui peine à se faire entendre et un parti « En Marche » dont les gilets jaunes illustrent l’échec d’ancrage local, rien ne semblait devoir bouger au pays socialiste brestois. On partait benoitement vers une réélection possible de François Cuillandre en 2020, du mois s’il se représentait malgré une fatigue compréhensible. Mais tout à coup, les choses viennent de changer. Le silence du maire actuel sur les démissions de ses « grognards » le fragilise. Il ferait bien de réagir rapidement et correctement, ce sera à priori demain lundi. A part une condamnation des deux fusibles dont il ne savait forcément rien des agissements, on ne voit pas trop ce qu’il peut vouloir dire. Mais le doute risque de rester et de se propager à l’ensemble de l’action municipale. Cela peut rebattre les cartes pour les prochaines élections.

A gauche ?

La question de la succession du maire va prendre encore plus d’importance. Ces périodes sont traditionnellement agitées et sources de divisions. Il n’y a qu’une place pour tous ceux qui rongent leur frein depuis longtemps sous l’autorité du « Vieux ». Au sein du PS, cela pourrait laisser le champ libre à une figure montante locale : Yohann Nedelec, actuel maire du Relecq-Kerhuon et deuxième vice-président de Brest Métropole. Celui-ci semble déjà en campagne électorale. Très récemment, Il s’est fait remarquer des médias nationaux en refusant une invitation du président Macron. Mais s’il passe bien à l’écran il n’est pas particulièrement impressionnant. L’appel à la grève lancé à ses propres employés municipaux il y a un an a été diversement apprécié. En 2014, il a annoncé, à tort, au journal Le Télégramme la transformation de la voie expresse Brest-Nantes en autoroute payante. Et il s’obstine dans un projet très onéreux de contournement de son passage à niveau n°306 déjà très sécurisé. Dans le reste de la gauche, l’UDB s’est montrée exemplaire quant à l’attitude à adopter vis-à-vis des deux personnes pointées du doigt. Mais cette formation peine, comme les écologistes, à exister autrement que par sa collaboration avec le PS local, du moins jusqu’à présent. Même constat pour ce qu’il reste des communistes brestois, qui étaient prêts à se passer de la démission de ceux pris la main dans le sac. La surprise pourrait venir de la France Insoumise qui a fait 16 et 17% au premier tour des dernières législatives dans les circonscriptions « brestoises ». L’arrivée récente à Brest d’une pointure de ce parti, en la personne de Thomas Guénolé venu donner quelques cours à l’Université, aura peut-être des conséquences. Mais il vise les européennes et ne voit pas Brest comme un point de chute, du moins pour le moment.

Ou à droite ?

La meilleure figure de l’opposition reste Bernadette Malgorn. Ancienne préfète de Région, elle semble avoir le meilleur niveau de compétences. Mais sa carrière politique à Brest demeure la conséquence d’un parachutage « sarkozyen » pour les Régionales de 2010. Elle peine à trouver une légitimité locale et conserve, à tort ou à raison, l’image de quelqu’un connaissant peu la ville. Dans son propre camp, et suite à ses échecs, elle ne fait plus l’unanimité et se retrouve assez isolée. L’avocat Marc Berthelot, délégué de circonscription des Républicains pour Brest, a fondé Brest Nouvelle Alternative avec les élus UDI et Modem. Il ne semble cependant pas se dégager de leader naturel dans ce groupe. Et sa cohésion lors des futures élections est sujette à caution compte tenu du ralliement du Modem à En Marche au niveau national. Il y a bien évidemment un comité « En marche » à Brest. Les deux députés ont été élus dans l’élan de l’arrivée au pouvoir d’un président dont la cote de popularité est, depuis, en chute libre. C’est peu de dire qu’il se prend actuellement un carton jaune. Et les deux principales figures brestoises de ce parti pour les prochaines municipales sont des transfuges récents du PS. On peut se demander ce qu’ils savaient d’un fonctionnement auquel ils ont été soumis en leur temps. Enfin, à l’extrême droite, le vote Front/Rassemblement National a, comme partout progressé. Mais, à Brest, cela reste nettement minoritaire (entre 7 et 8% dans les deux circonscriptions de Brest lors des dernières législatives).

PS Brestois : « Hollande m’a tuer ».

Le paysage politique brestois semblait annoncer une continuité probable de la majorité municipale dans la torpeur grisâtre de la cité du Ponant. L’affaire « Vivre à Brest » va, selon toute logique, décider une fois pour toute de la fin des mandats de François Cuillandre et du besoin pour lui de trouver un Dauphin. La victoire de son parti, en grande difficulté sur le plan national, est bien moins garantie aux prochaines municipales. La performance du duo Masson-Polard fait que les concurrents ont à présent moins de chances de perdre. Et c’est sans préjuger de nouvelles découvertes au cours d’une enquête qui commence à peine.

Ironie de l’histoire, c’est à cause d’une réforme appliquée par Emmanuel Macron mais décidée par François Hollande que tout cela est arrivé. En effet, fin 2017 les projecteurs de la presse locale se sont braqués sur « Vivre à Brest » et son fonctionnement « étrange » parce qu’elle devait arrêter son activité. Tout bêtement, le prélèvement à la source ne permet plus ce genre de fonctionnement. Mais s’il n’avait pas été mis en place, elle aurait sans doute continué sans que cela suscite d’interrogation. Au bilan, c’est à François Hollande que l’on peut attribuer le mérite de cet épisode imprévu de politique locale. De leur côté, les socialistes brestois peuvent sans doute lui dire en chœur « Merci pour ce moment », sur le même ton que l’auteure de ce titre.

1 COMMENTAIRE

  1. “De plus son nom apparaît dans les conseils d’administration de plusieurs sociétés responsables de projets locaux comme « Les ateliers des Capucins »
    Comment faire pour savoir quelles sont ces sociétés? Merci de donner au moins un élément de réponse.

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