La Montagne d’Or est-elle vraiment le projet qu’il faut pour la Guyane ? 

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Mercredi 27 février 2019, Le tribunal administratif vient d’annuler les autorisations pour les exploitations d’or qui devaient avoir lieu en Guyane : le projet “Montagne d’Or”.

Article paru dans : Fournisseur-energie.com

La Montagne d’Or, le tribunal administratif a-t-il sauvé l’Etat français ?

Quelles étaient les motivations de ce projet ? Quels étaient les intérêts potentiels pour la Guyane ? Pourquoi le tribunal a-t-il rejeté ce projet ?

Résumé: La Guyane a tout pour être un département stratégique de la France. Pourtant elle peine à développer ce territoire au fort potentiel.Le projet Montagne d’Or devait donc apporter un souffle industriel avec des ‘investissements, mais le voilà arrêté momentanément par le tribunal administratif.

Ainsi la Montagne d’Or est-elle vraiment le projet qu’il faut pour la Guyane ?

 

Une opportunité économique pour la métropole ou pour la Guyane ?
On pourrait penser que la Guyane est un vrai atout pour la France. Cependant ces dernières années, ce territoire en Amérique Latine apparaît comme une épine dans le pied des différents gouvernements. Une insécurité croissante, des produits de consommation très chers, des problèmes récurrents d’intégration avec la population autochtone de Guyane, et surtout la présence d’or. Bien que le prix de l’or ne cesse d’augmenter surtout depuis la crise des subprimes en 2008,  l’or en Guyane pose bien des problèmes aux autorités locales. Il attire une immigration clandestine très forte (surtout du côté du Brésil et du Suriname) qui vient tenter sa chance. Malheureusement ce business illégal est un fléau pour l’environnement qui voit sa faune et sa flore dévastées par l’utilisation des ses nombreux produits chimiques. Il contribue également à la hausse de la criminalité et de la violence. En parallèle le gouvernement annonce l’autorisation de deux exploitations d’or en Guyane.

La France pense faire d’une pierre deux coups ! D’un côté profiter de cette opportunité économique que représente la hausse du cours de l’or, et également de produire des emplois et des investissements en Guyane.

Pour contrer les critiques principalement écologiques, le gouvernement avance plusieurs “points forts” du projet:

La lutte contre l’orpaillage illégal
Investissement industriel en Guyane- Création d’emploi pour contrer le chômage de masse
Extraction respectueuse de l’environnement
Vu comme cela c’est sûr qu’il n’y a que peu de choix sur le jugement à avoir de ce projet. Malheureusement les critiques qui ont fusé à l’annonce du projet relèvent que ces arguments ne tiennent pas toujours la route et qu’à vouloir utiliser le feu pour combattre le feu il est très possible de se brûler et de tout incendier.

Reprenons les arguments avancés:

Le projet Montagne d’Or ne combattra en rien l’orpaillage illégal en Guyane. Celui-ci se situe sur d’autres zones avec d’autres méthodes toutes aussi nocives pour la biodiversité locale
Certes cela va créer 750 emplois, mais seulement pendant 12 ans. Une fois le filon entièrement vidé ces emplois disparaîtront.
Et enfin, malheureusement, clôturons avec l’aspect écologique. Il est naïf de penser qu’environnement et exploitation sont compatibles Il est quand même question de déforester 850 stades de foot dont une bonne partie de forêt primaire pour faire des fosses où pourrait rentrer la Tour Eiffel. C’est également 140 000 L d’eau utilisés chaque heure sans compter la pollution par le fuel et la production d’électricité.
A noter que ces extractions d’or supposent également l’utilisation de cyanure qui “est directement acheminé dans des bassins protégés” selon le gouvernement. Certes mais des bassins à ciel ouvert dans des zones boueuses où il pleut tous les jours. On se souviendra que de nombreux bassins du même type ont déjà connu des fuites voire cédé totalement, supprimant ainsi définitivement toute trace de vie sur son passage.

 

La note écologique est encore plus ternie quand on sait que ce projet se situe exactement entre deux réserves naturelles.

Présenté dans la réalité des choses, on perçoit très bien l’opportunité économique de l’Etat et des industriels mais malheureusement trop peu de bénéfices pour la Guyane.

 

 

Le potentiel de la Guyane mal estimé

 

La Guyane a pourtant tout pour être un réel atout stratégique: ce département se trouve sur un autre continent, il est frontalier avec de nombreux pays d’Amérique Latine, dispose de ressources naturelles et d’un écosystème profondément différent de la métropole.

La France est pays avancé dans le tourisme et doit pouvoir trouver un équilibre avantageux à la Guyane pour développer une vraie industrie touristique dans ce département où il existe un chômage de masse.

Ce projet estimé à plus de 500 millions d’euro entache le vrai potentiel en matière d’investissement et d’emploi. Selon la WWF avec une partie de cet argent on pourrait créer 4500 emplois dans le domaine de l’écotourisme ou de la biodiversité, donc des emplois durables qui sont également nécessaires. La Guyane ne pourra pas se développer en se fondant sur l’industrie minière mais au contraire en tenant compte des vrais atouts de ce territoire. De nombreuses associations guyanaises qui ont obtenu l’arrêt momentané de ce projet par le tribunal administratif attendent maintenant qu’on puisse avancer pour favoriser  le développement de la Guyane. L’Etat français a montré que des sommes colossales pouvaient être investies dans ce département trop souvent sous-estimé, il faut maintenant les investir autre part dans des projets qui serviront les guyanais.

Les arguments mis en avant par le tribunal administratif pour annuler le décret autorisant la construction de ces projets est également riche d’instruction. Comme le rapporte l’AFP:

l’exploitation industrielle d’or appelé La Montagne d’Or et les travaux d’exploitation d’or alluvionnaires autorisés dans le même secteur constituent en fait un seul et même projet minier et ne doivent pas être scindés en deux. Dans ce cas, l’étude de l’impact écologique pour le projet d’exploitation d’or alluvionnaire se devait de prendre en compte aussi l’autre projet industriel, conformément au code de l’environnement.
De plus, le tribunal a estimé que la directrice adjointe de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), ne dispose pas « de la séparation fonctionnelle adéquate en sorte qu’elle puisse bénéficier d’une autonomie réelle », vis à vis du préfet de Guyane qui signe l’arrêté.
Les gouvernements français perçoivent mal le potentiel économique de la Guyane et s’y intéressent pour les mauvaises raisons. L’espoir réside dans les déclarations de M.Macron: “Make our planet great again” et de s’y tenir. Les intérêts écologiques pouvant devenir une vraie force économique en Guyane doivent supplanter les envies de rentabilités à court terme.

On ne peut combattre la pollution en polluant.

On ne peut combattre le chômage de masse en créant des emplois à durée limitée

On ne peut combattre l’orpaillage illégal en autorisant des concessions d’or.

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