Aet eo Yann-Fañch Kemener da Anaon

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Samedi 16 mars 2019, c’est le coeur lourd que nous vous annonçons le décès de Yann-Fañch Kemener en cette veille de la Saint Patrick.

Une fausse information circulait hier sur son décès, mais c’est ce matin du 16 mars 2019 que, âgé de presque 62 ans (son anniversaire est le 7 avril), l’artiste breton a succombé après s’être bien battu contre son cancer, offrant au grand public un dernier et superbe album-testament “Roudennoù / Traces” sorti le 15 février dernier chez Buda Musique. Ce 13 mars, RCF diffusait une émission qui lui était consacré, introduite par ce poème de Xavier Grall inclus dans l’album et si parlant aujourd’hui :

https://rcf.fr/culture/musique/yann-fanch-kemener-hommage-la-poesie-bretonne

 

 

Par Jérémy Kergourlay (TP)

Je ne me contente pas ici d’une simple nécrologie car, pour reprendre les termes d’un de ses amis “c’est un pan entier de la Bretagne qui part avec Yann-Fañch”.

Il y a un mois, alors qu’il venait juste de recevoir son album et qu’il m’avait invité à le découvrir, j’étais passé chez lui et nous avions pris du temps à écouter ensemble les superbes titres enregistrés alors qu’il sortait de 14 séances de chimio-thérapie. Des chants, complaintes ou danses, des poésies, des textes livrés comme hommage à la poésie bretonne, venant ponctuer quarante-cinq ans  d’une vie d’artiste.

 

 

Un passeur de mémoire
Il n’est jamais évident de poser ce genre de question, mais je m’étais aventuré à lui demander si cet album était en quelque sorte son testament. Et, me montrant les textes choisis, la réponse était limpide. Mélancoliques, parfois sombres ou plein d’espérance, parfois surprenants mais toujours parlants, jamais anodins, ces mots qu’il nous livrait et qui bousculent ou interrogent encore, fruits de l’amour de Yann-Fañch pour la littérature, ces chants ou encore pour cette Bretagne qu’il a, chevillée au corps. Une Armorique qu’il souhaitait et qu’il su, le coeur sur la main, transmettre au fil du temps à ceux qui ont pris le temps de l’écouter.

Et ceux qui l’écoutent, ils sont nombreux. Pour ma part, j’ai rencontré Yann-Fañch grâce à notre groupe des Gedourion ar Mintin. Nous avions d’ailleurs eu la joie de participer à son disque de Noël. Depuis, nous gardions un contact régulier.

 

Entouré de ses amis
Alors que je commence à écrire ces mots, je reviens de chez lui où il vivait ses dernières heures. Entouré de nombre de ses amis, ceux qu’il a croisé et qui ont jalonné sa vie comme il a été un jalon de la nôtre. Chacun venant lui dire un Kenavo, tandis que ses compagnons de route Erwann Tobie et Heikki Bourgault font entendre la douce mélodie de leurs instruments. Je vois cette femme, les yeux rougis, qui étreint Yann-Fañch et entonne doucement Ar Voraerion, portée par l’accordéon et la guitare. Calloc’h au secours des derniers instants de celui qui aura su si bien l’interpréter. La musique jusqu’aux portes de la mort, des notes qui s’égrènent comme autant de mots d’amitiés gravés pour l’éternité.

On est toujours démuni face à l’Ankoù. Pour les non-croyants, c’est la fin, la déchirure ultime. Pour les croyants c’est, malgré la tristesse, l’espérance de se revoir un jour. Mais cela n’en demeure pas moins une épreuve. Yann-Fañch savait la chanter, cette espérance, et son avant-dernier album “Ar Baradoz” l’illustre à merveille. Cet opus qui était pour lui “comme un héritage à transmettre, un patrimoine avec de très belles pièces émouvantes qui font toujours sens aujourd’hui, avec une transcendance”.

“L’une de mes pièces préférées, m’avait-il confié, c’est M’hoc’h ador, ma Doue, Ma C’houer, que je tiens de ma mère. Les paroles mettent la lumière sur une certaine humilité face à la grandeur de l’Incommensurable et de la nature”.

 

lors en les murmurant à ses oreilles, j’ai essayé à mon tour de lui faire ressentir cette espérance au-delà de la souffrance … araok lavarout ur c’henavo divezhañ…

 

Va breur ker, da laakad a ran etre daouarn an Aotrou Doue oll-c’halloudeg, e-neus da grouet, evit ma c’helli distrei daved da Grouer e-noa furmet ahanout gant eun tamm pri.

[…]

Pa nijo da ene diouz da gorv, ra vezi karget a beoc’h eüruz […]

Ra zeuio ar Werhez Vari, Mamm da Zoue, frealdigez leun a zouster ar re a zo er boan, da ober ouzit eur zell a vamm, ma vezi diwallet diouz spont ar maro, ha ma c’helli mond laouen, en he c’hompagnunez, da Rouantelez an Neñv .

[…]

____________________________

 

 

Santez Trifina vinniget
E Sant-Trifin c’hwi ‘peus bevet ;
Eürus bremañ, gant hon zud kozh,
Pedit ‘vidomp er Baradoz.

14- O sent eürus, hon fatroned,
Truez ouzh an emzivaded,
Ouzh an intañvez e daeroù,
Ouzh ar c’hlañvour en e boanioù.

16- Pa sono an eur da guitaat,
Deuit da serriñ hon daoulagad :
Ni ‘fell dimp ganeoc’h en Neñvoù,
Nijal da veuliñ hon Aotroù.

 

Sainte Tréphine bénie
À Sainte-Tréphine vous avez vécu ;
Heureuse à présent, avec nos ancêtres,
Priez pour nous au Paradis

Ô saints bretons, nos patrons,
Pitié pour les orphelins,
Pour la veuve en pleurs,
Pour le malade en ses douleurs.

Quand sonnera l’heure de partir,
Venez nous fermer les yeux :
Nous voulons avec vous dans les Cieux
Nous envoler pour louer notre Seigneur.

 

Tremen’ra pep tra

Je ne m’étendrai pas sur sa vie – une vie dédiée au chant en breton –  vous invitant plutôt à (re)voir ce très beau reportage réalisé par Ronan Hirrien et diffusé sur France 3 Bretagne il y a quelques jours, un parcours livré lui aussi comme un testament, dans lequel avant de nous quitter, il interprète “Gwerz an ene evurus”, l’adieu de l’âme au corps à l’heure de la mort.

Trugarez dit, Yann-Fañch ! Ra vo skañv dit douar Breizh !

Les obsèques auront lieu le mardi 19 mars, à 14h30 en l’église Sainte-Tréphine d’où Yann-Fañch est originaire.

 

 

Kenavo da viken,
Paourentez hag anken,
Kenavo pec’hedoù,
Trubuilh ha kleñvedoù.

Goude pred ar marv,
Gant joa, me a gano :
“ Torret eo va chadenn,
Me ‘zo libr da viken.”

 

Adieu à jamais,
Pauvreté et angoisse
Adieu péchés
Afflictions et maladies.

Après l’instant de la mort
Avec joie, je chanterai :
“Ma chaîne est brisée,
Je suis libre à jamais

www.argedour.bzh

 

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