Diwan Vannes : Un enseignant condamné pour un hématome sur le bras d’un enfant

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Vannes,  jeudi 16 mai 2019, Un professeur des écoles a comparu pour « violences sur enfant par personne ayant autorité » au Tribunal de Grande Instance .

A la barre, l’enseignant devait répondre sur un hématome apparu sur le bras d’un enfant de sa classe d’une trentaine d’élèves à la suite de deux bagarres sur la cour. La première fois, trois enfants dont celui portant ce bleu ont fondu sur l’un de leurs camarades assis à terre et l’ont roué de coups. L’enseignant a affirmé son absence au moment des faits, sur l’heure de midi. Le débat s’est déplacé sur l’heure de regroupement et l’entrée des enfants en classe lorsque l’un des agresseurs a récidivé sous les yeux de l’enseignant et de son aide maternelle. Là, les témoignages divergent : une aide scolaire attribuée à la classe dit n’avoir rien vu ; une autre aide maternelle et une enseignante ont vu l’enseignant prendre l’élève par le bras en le pinçant ou en le soulevant. D’autres disent l’avoir vu pleurer seulement.

L’enseignant se défend d’avoir mis la main sur l’élève. Selon lui, il dit être resté à distance et a grondé les élèves pris dans la bagarre du midi « par principe ». Et lorsque l’un des assaillants a récidivé, il a aussi marqué le coup par principe, « parce qu’il le fallait ». Son aide scolaire était à côté, elle s’est occupée de l’enfant qui avait reçu les coups de pieds. L’enseignante qui témoigne d’un geste sur l’enfant n’était selon lui pas sur la cour et l’autre aide scolaire au portail pour ouvrir aux parents. Il dit s’en souvenir car « il attendait qu’un enseignant soit présent sur la cour pour surveiller les élèves avant de rentrer les siens ».

Enfin, plusieurs enseignants évoquent une personne brusque avec les enfants. Ce que dément formellement l’enseignant et se dit extrêmement blessé par ces accusations : « mes élèves sont toujours heureux de venir à l’école, jamais je n’ai eu de gestes ou de paroles déplacées ».

L’avocat de la partie civile évoque « les engagements politiques » de M. Deléon et un courriel de sa part envoyé à l’Officier de Police Judiciaire rappelant que l’enfant est souvent marqué par des bleus. La situation devient complexe quand la vice-procureure et la juge réclame un aveu de la part du prévenu et que celui-ci continue de nier sa participation. Ce dernier refuse aussi de donner des noms : « ce n’est pas à moi de mener l’enquête, il aurait fallu plus d’investigations avant ma présence ici » envoie-t-il à la présidente et de refuser de donner des pistes. La vice-procureure se montre agacée : « pourquoi pensez-vous à la famille alors ? ». Et M. Deléon d’affirmer que sous la pression des interrogatoires, il a dit que cela pouvait être n’importe quelle cause, notamment la piste familiale et que l’OPJ souhaitait ce genre de réponse : « oui j’ai répondu à côté, je n’aurai pas dû donner de piste, ce n’est pas mon travail et c’est pour ça que je vous renvoie aujourd’hui à l’enquête plutôt que de vous répondre sur des éléments que je n’ai pas ». Selon Maître Le Reste, avocat de la partie civile, M. Deléon influencerait son entourage.

La partie civile et la vice-procureure souligne une action amiable impossible avec le prévenu alors même que selon lui, le dépôt de plainte immédiat et l’instruction en cours fermaient tout échange.

C’est au tour de l’avocate du prévenu de prendre la parole : Maître Gastine rappelle que la majorité des témoins ne croise pas M. Deléon en journée et est loin de sa classe. Elle souligne que l’enfant en question parle dans sa déposition d’un maître gentil, que personne n’a jamais eu à s’en plaindre en 15 ans de métier. En outre, comme l’avait également signalé l’accusé, le dossier n’a retenu que trois témoignages spontanés au sujet de M. Deléon alors que d’autres étant bien accablants sur le fonctionnement de l’école ont été écartés. D’ailleurs, cela s’apparente à « une cabale » selon son client et « il a des raisons de le penser » : des témoignages ont été réécrits apparemment collectivement juste avant l’audience, on fait même parler une enseignante absente l’an dernier. En revanche, toujours selon la défense, les témoignages en faveur de M. Deléon ne sont pas le dossier et les collègues qui travaillent proches de lui n’ont pas été interrogés. La défense continue en parlant de la concomitance des faits avec un épisode difficile de sa vie personnelle que seule son aide maternelle savait : pourtant, cela revient dans toutes les dépositions. Toujours pour la défense, il en va de même pour le « conflit avec la directrice » qui revient plus dans les dépositions des accusateurs que de l’accusé lui-même.

Puis viennent les réquisitions de la vice-procureur qui souligne un dossier complexe et la difficulté ces derniers jours d’imaginer le type de peine, avant même le jugement, propos surprenant pour les témoins de la scène dans cette audience publique. L’absence d’aveux semble crisper la Cour.

M. Deléon est reconnu coupable et condamné à 6 mois de prison avec sursis et 800 € à verser à la famille. Immédiatement il a annoncé vouloir faire appel de la décision.

Erwan, présent à l’audience

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