Macron-discours de Genève- Faites ce que je dis… pas ce que je fais !

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Mardi 11 juin 2019,Ce jour, à Genève, le président Macron a rappelé l’apport décisif de la France au système multilatéral. On connaît effectivement le rôle que notre pays a joué dans la création de l’Organisation Internationale du Travail il y a un siècle ; on ne peut que souhaiter que se prolonge cet attachement de la France pour le multilatéralisme, malheureusement affaibli depuis plusieurs années par les phénomènes de repli et par des choix solitaires et hégémoniques opérés par certains pays…

Un mal ronge la crédibilité de la parole délivrée par la France dans les instances multilatérales : l’écart entre la parole que les dirigeants de notre pays délivrent dans les enceintes internationales et les actes qu’ils accomplissent dans le cadre national. Ainsi, comment apporter un crédit au propos du président de la République lorsqu’il affirme son attachement à l’universalité de certaines règles en matière sociale ou de droits humains fondamentaux alors que ses pratiques contreviennent au respect des engagements internationaux de notre pays ?
Sur le plan du droit international du travail, au cours des 12 dernières années, pas moins de quatre plaintes ont été adressées par des organisations syndicales françaises aux différentes instances de l’OIT chargées du contrôle de l’application des normes.

•    Deux ont donné lieu à des conclusions sanctionnant des actes législatifs ou administratifs contrevenant à la lettre et à l’esprit des textes de l’OIT : il s’agissait de l’épisode du CNE et des actes préfectoraux de réquisition de main d’œuvre.
•    Deux autres sont en cours d’examen concernant notamment la négociation d’entreprise dérogatoire ou l’institution d’un barème prud’homal.

En matière de droits humains et fondamentaux les représentants de la majorité présidentielle s’évertuent depuis janvier à relativiser la portée voire à dévaloriser la parole de plusieurs représentants d’institutions internationales.
•    Le 14 février 2019, l’ONU évoque des restrictions « disproportionnées » au droit de manifester.
•    Le 26 février, Dunja Mijatovic, Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe « estime que le nombre et la gravité des blessures infligées aux manifestants mettent en question la compatibilité des méthodes employées dans les opérations de maintien de l’ordre avec le respect de ces droits. »
•    Le 6 mars, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, demande à la France « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force ».

Les questionnements du Conseil de l’Europe et de l’ONU sur l’usage excessif de la force et sur les restrictions au droit de manifester (le 1er-Mai dernier est illustratif de ces deux dérives), dans le cadre des mouvements sociaux, n’ont reçu pour toute réponse que la distanciation ou le mépris.
Comme Nicolas Sarkozy en 2009 (dont le contenu du discours avait alors été comparé à celui de Hugo Chavez) et François Hollande en 2014, Emmanuel Macron s’est livré aujourd’hui à l’exercice de dire l’inverse de ce qu’il fait au plan national. Il est temps que cesse cette dévalorisation de la parole politique qui ne fait qu’alimenter les replis nationalistes et la désespérance sociale.

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