Quand certains enfants de Diwan doivent manger dehors, par Bertrand Deléon

Afin de respecter la liberté d’expression et d’opinion, nous publions l’intégralité du texte de Bertrand Deléon.
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La rédaction de 7seizh.info

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Quand certains enfants de Diwan doivent manger dehors comme des chiens

Ça se passe à l’école Diwan de Vannes, les parents qui ont des retards de paiement de cantine scolaire doivent venir chercher leurs enfants le midi et déjeuner à l’extérieur de l’établissement, à même le sol, sous la pluie et, parfois, la froidure.

En effet, durant l’année scolaire 2018-2019, sur proposition du président de l’AEP (l’association de parents d’élèves) en conseil d’école, a été voté à la majorité des voix l’expulsion de ces enfants en dehors de l’école le midi. La personne à l’initiative n’est autre que le mari de l’aide scolaire participant à la cabale à mon encontre. Seuls une mère d’élève et moi avions voté contre cette décision odieuse. Je me suis fermement opposé à cette ségrégation qui m’a valu un rapport écrit à tous les parents qualifiant de « motifs obscurs » mes demandes d’annulation d’une si vilaine décision. Chacun jugera de l’état de santé de l’école…

Des familles concernées ont préféré quitter l’école pour cette rentrée, voyant tous leurs engagements s’effondrer et la scolarité de leurs enfants chamboulée du jour au lendemain.

Je fus directeur de cet établissement pendant quelques années. Durant mes fonctions, j’ai en plus de mon travail participé à la distribution de centaines de tracts et informé la population des quartiers de Vannes sur l’existence de l’école et sur l’intérêt de la pédagogie par immersion linguistique. Ainsi, les habitants de Vannes-Ouest, principalement les quartiers de Kercado-Bernus-Cliscouët ont été concernés, d’autant que dès 2008 nous avions lancé le projet d’une école annexe et d’une crèche à cet endroit.

Pourquoi dans ces quartiers ? Parce qu’à Vannes c’est là que se concentrent les familles, dans des logements à loyer modéré, puisque la ville est vouée à la spéculation immobilière. D’autre part, c’est parce que j’y suis chez moi depuis de longues années. Ici, la moitié des habitants vit en-dessous du seuil de pauvreté, ce n’est pas à l’école de les sanctionner plus encore. Pour vivre à Vannes, il vaut mieux avoir une bonne retraite gagnée ailleurs que de faire partie de la population active (dont la part de chômeurs est importante). L’arrivée de nouveaux élèves de ces quartiers étaient à mes yeux une réussite. Certes, à l’époque, il y avait déjà des familles qui avaient peine à payer les frais de scolarité et la cantine ; nous nous sommes toujours arrangés, parfois en échangeant entre les banques, les familles et l’école.

Seulement, c’était sans compter les pratiques à mes yeux sectaires de certains, gangrénant le réseau associatif. On remarque que des parents bénéficient du droit d’apporter un panier-repas extérieur à la nourriture proposée par la cantine scolaire. Les raisons sont valables quand un protocole est signé avec la médecine scolaire à titre d’exemple ; néanmoins, le stockage de nourriture extérieure à la cantine scolaire dans les réfrigérateurs de l’établissement n’est pas légal. En dépit de cette tolérance, d’autres élèves doivent déjeuner à l’extérieur de l’école, à même le sol ! Être de Kercado poserait-il un autre souci, non avouable ? Les grandes idées d’ouverture de la charte de Diwan seraient-elles à géométrie variable ? Quand un enseignant en poste se voit vider sa classe pour l’empêcher de revenir, on imagine que toutes les pressions sont permises.

Et qu’en pensent les enseignants du collège Diwan, situé justement à Kercado ? A plus forte raison lorsque leurs plus jeunes enfants sont scolarisés dans cette école. Qui ne dit mot consent. A moins qu’ils n’aient aussi donné sans ambiguïté leur accord à ce système discriminatoire ? De telles pratiques de sélection d’élèves sont-elles en usage dans le secondaire, selon la provenance et la proximité des parents des responsables de l’établissement ?

Enfin, si je n’attendais aucune réaction de la directrice du réseau Diwan sur cette différenciation ignoble – puisque cette dernière a toujours volé au secours des éternels tenants de l’école maternelle et primaire de Vannes – il est étonnant que le conseil d’administration du réseau Diwan, son bureau et sa présidente, ne se soient pas exprimés sur le sujet.

Quand des différends secouent un grand nombre d’écoles du réseau, que les effectifs baissent et que l’on laisse faire des pratiques aussi abjectes, j’ai peine à croire que la présidente du réseau Diwan puisse recevoir la décoration du Collier de l’Hermine sans donner des explications préalables. La remise s’effectuera à Rennes, à la salle de l’Opéra, le 5 octobre 2019, j’espère ne pas être le seul à attendre les réactions de l’Institut Culturel de Bretagne, organisateur de l’événement, et de Diwan à ce sujet. Que cette décoration soit méritée et qu’elle conserve toute sa valeur !

Bertrand Deléon

Règlement intérieur - Cantine et garderie

 

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