Des laiteries gèrent les surplus sur le dos des producteurs

Mardi 31 mars 2020,En plein pic de production saisonnier, la crise sanitaire actuelle ralentit les marchés des produits laitiers. En l’absence d’outil de régulation collectif, chaque entreprise gère ses “surplus” comme elle peut mais surtout comme elle veut et ce même si les rayons de grandes surfaces sont en partie vides !

La section Lait de la Coordination Rurale déplore un manque de justifications à partir de preuves réelles : états des stocks, des marchés… des industriels notamment ! La CR tire les leçons des crises récentes et ne peut accepter que les éleveurs soient à nouveau la variable d’ajustement, avec les consommateurs !

Arrêt de collecte
La CR attend que la solidarité entre collecteurs se mette en place d’elle-même, comme c’est souvent le cas dans le cadre d’accords de tournées qui permettent de réduire les coûts d’approvisionnement. À défaut, la CR demande la réquisition de personnel et de matériel pour assurer la collecte sur l’ensemble du territoire ainsi que la livraison dans les points de vente. La CR estime que ces collecteurs doivent en cas de force majeure, faire preuve de solidarité et collecter les producteurs d’autres entreprises. L’individualisme devrait laisser la place à l’intérêt général.

Régulation de la production
La CR a toujours été favorable à une gestion adaptative des volumes et la propose depuis des années dans le cadre de son partenariat européen avec l’EMB pour la mise en place du Programme de responsabilisation des marchés (PRM). L’adaptation de la production a fonctionné en 2016 et fonctionnera encore si et seulement si elle est organisée collectivement à l’échelle européenne par les pouvoirs publics. Or qu’il s’agisse d’encourager le tarissement ou d’inciter à passer en mono-traite, les éleveurs perdent de la production sans aucune compensation et sans grande efficacité, si ce n’est peut-être pour un transformateur.

Amende de saisonnalité
Le cynisme le plus total vient des industriels qui annoncent des pénalités sur les prix d’avril. Sodiaal va par exemple réduire le prix A de 20 €/1 000 l en avril (- 10 € l’an dernier), soit 315,30 €/1 000 l. Il passe ainsi en dessous du prix B (328,50 €/1 000 l). Les industriels qui octroient des volumes à outrance, notamment aux jeunes, et qui défendent la gestion des volumes par l’application de prix A, B voire C apportent ainsi d’eux même la preuve de l’inefficacité de leur méthode, d’autant qu’elle est appliquée de manière amplifiée et surtout unilatéralement.

Face à l’individualisme des industriels, la CR oppose la solidarité qui ne peut pas être que du fait des producteurs. Le soutien de l’État et l’Union européenne devra être important dans les prochaines semaines pour que les producteurs ne soient pas les victimes de la situation, des défaillances et des calculs des industriels. Par la suite, il sera impératif de réformer en profondeur le fonctionnement de la filière, aujourd’hui totalement opaque, en redonnant du pouvoir aux producteurs via des OP transversales puissantes et l’application du PRM.

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