Covid-19 : les géants des pesticides plus actifs que jamais pour protéger leur business toxique

Samedi 18 avril 2020, Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la crise du Covid-19, les puissants fabricants de pesticides poursuivent leur lobbying décomplexé afin d’infléchir la politique européenne et de sécuriser leur business toxique hors Europe, dénonce foodwatch en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et à Bruxelles, en lançant une pétition européenne.

 Les géants Bayer-Monsanto, BASF et Syngenta font actuellement tout ce qui est en leur pouvoir pour bloquer toutes règles plus strictes sur les pesticides et continuer à fabriquer et exporter hors Europe des substances interdites car dangereuses pour la santé et l’environnement. Le problème est grave et les résidus de ces pesticides bannis par l’Union européenne finissent par revenir en boomerang dans nos assiettes via nos importations. L’Europe prévoyait de réguler mais les mastodontes de l’agrochimie profitent du chaos de la crise pour que la situation perdure en l’état. Pour preuve, foodwatch a mis la main sur un document compromettant de Bayer adressé à la Commission européenne mi-mars dernier, alors que le coronavirus ébranlait déjà la planète entière. A la faveur de la crise actuelle et des nombreux dossiers politiques ajournés, le risque existe que Bayer-Monsanto, BASF et Syngenta obtiennent pour le moment gain de cause, s’inquiètent les ONG.

 La pétition lancée aujourd’hui rappelle que les fabricants de pesticides portent une lourde responsabilité dans les dommages considérables causés par les pesticides nocifs qui tuent d’innombrables personnes chaque année, véritable violation des droits de l’homme pointée du doigt par les Nations unies. Sans oublier bien sûr les impacts à long terme de l’utilisation de ces produits sur la biodiversité et l’environnement.

« C’est un véritable boomerang empoisonné que les lobbies défendent plus que jamais en cette période de crise du Covid-19 », dénonce aujourd’hui foodwatch à travers l’Europe. Les pesticides dont l’Europe interdit l’usage à cause de leur toxicité et des dangers pour la santé et l’environnement y sont pourtant bel et bien fabriqués puis exportés vers des pays où les réglementations sont moins strictes. Les industriels des pesticides en profitent sans aucun scrupule. Utilisés notamment en Afrique de l’Ouest, en Amérique latine, leurs produits toxiques servent à la production de fruits, légumes, céréales que nous importons ensuite dans l’Union européenne.

Nous consommons donc ces denrées contaminées venues d’ailleurs. Ainsi, ces dernières semaines, foodwatch n’a pas eu de mal à repérer ces produits notamment destinés au marché français : du thé vert à l’anthraquinone (un répulsif pour oiseaux, interdit depuis 2010), des poires au chlorpyrifos (un pesticide très toxique pour le cerveau en développement, interdit depuis janvier 2020), des poivrons au tricyclazole (un perturbateur endocrinien avéré, interdit).

« Nous avons dû batailler durement pour que la loi Egalim adoptée en 2018 prévoie la fin de la production et de l’exportation des pesticides interdits dès janvier 2022. Mais elle n’est valable qu’en France. Or les répercussions éthiques, de santé publique, économiques et environnementales de ces pesticides, on les connaît ! L’interdiction française doit donc s’appliquer dans toute l’Europe. Le jeu sournois et sans état d’âme des lobbies qui cherchent à bloquer ces règlementations doit cesser immédiatement », réclame Camille Dorioz, responsable de campagnes chez foodwatch.

La partie se joue donc surtout au niveau européen, avec un renforcement des règles qui se profilait dans l’optique du Green deal promis par la nouvelle Commission puis arrêté en plein vol pour cause de Covid-19, mais aussi de la stratégie qui en découle sur l’agriculture et l’alimentation « Farm to fork » (de la ferme à la fourchette, ndr). Toutes les tentatives de la Commission pour faire appliquer des règles plus strictes aux produits importés ont échoué jusqu’à présent à cause de la pression écrasante des lobbies de Bayer-Monsanto & Co., comme l’a démontré l’ONG Corporate Europe Observatory dans un récent rapport. En plein pic de coronavirus, le 16 mars dernier, Bayer transmettait sept pages assez compromettantes à la Commission européenne, révélées ici par foodwatch. Bayer y fait pression à deux reprises pour réclamer le statu quo sur les pesticides : il ne faut surtout pas modifier les réglementations actuelles (comprenez : ne pas introduire de nouvelles mesures plus protectrices et donc contraignantes pour ses affaires). Bayer écrit que les agriculteurs notamment de l’Afrique de l’Ouest et de l’Amérique latine ont à gérer les objectifs de développement durable des Nations unies, la pauvreté rurale et le changement climatique. Bref, on ne va quand même pas s’embarrasser de nouvelles règles européennes, « obstacles techniques au commerce » qui « priveront ces pays d’opportunités de développement économique et de durabilité environnementale ».

« C’est scandaleux, s’insurge Karine Jacquemart, directrice de foodwatch France. Pendant la crise du Covid-19, comme si de rien n’était, les puissants lobbies des pesticides mettent les bouchées doubles pour bloquer des mesures européennes visant à mieux protéger la santé et la planète. Avec leur lobbying décomplexé, Bayer-Monsanto, BASF et Syngenta portent une lourde responsabilité dans l’impact humain et environnemental désastreux de leur business toxique et notre mobilisation pour mettre fin à la production et l’exportation de leurs pesticides interdits en Europe va le leur rappeler ».
Les géants des pesticides réalisent de gros profits avec les produits non autorisés dans l’UE : Syngenta réaliserait au moins 16,8 % de son chiffre d’affaires avec ces substances dangereuses, selon une étude des organisations Unearthed et PublicEye. Les autres géants ne font pas mieux : toujours selon ces données, BASF réalise près de 9 % de son chiffre d’affaires avec le glufosinate et Bayer plus de 2 %, alors que cet herbicide met en danger les mammifères et peut nuire à la fertilité.

La pétition lancée par foodwatch France, Allemagne et Pays-Bas dans toute l’Europe cible donc les trois mastodontes européens Bayer-Monsanto, BASF et Syngenta pour exiger qu’ils mettent fin à la production et à l’exportation dans le monde de pesticides interdits en Europe et qu’ils arrêtent de bloquer le renforcement de la règlementation européenne.

Mise à jour du 20 avril 2020
Dans une version antérieure de cette page, nous avons mentionné que 200 000 décès par intoxication aiguë dus à des pesticides étaient estimés par an. Ce chiffre, bien qu’utilisé entre autres dans un document officiel des Nations unies de 2017, est contesté car il se base à l’origine sur une étude qui date des années 80 et il n’existe pas de chiffres récents sur ce sujet. Bayer, BASF et d’autres détracteurs cherchent à alimenter les controverses sur ce chiffre pour faire diversion. Nous voulons écarter tout prétexte que ces entreprises pourraient utiliser pour détourner l’attention du vrai problème : leurs responsabilités dans les dégâts considérables pour la santé et l’environnement causés par l’usage de leurs pesticides, qui sont pourtant interdits dans l’UE en raison de leur dangerosité. C’est pourquoi foodwatch a décidé de clarifier et de supprimer ici le chiffre de 200 000 décès par intoxication aiguë dus à des pesticides estimés par an. Les données actuelles sont insuffisantes et les chiffres varient. Mais le fait que les pesticides dangereux causent des dommages importants est incontestable. Aussi il est inacceptable que les entreprises ciblées restent silencieuses sur leurs responsabilités. Il est grand temps qu’elles assument, en arrêtant la production et l’exportation de pesticides dangereux – interdits dans l’UE – vers d’autres continents.

Sources et liens utiles

 

 

 

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