Déconfinement en Alsace : Lettre ouverte à l’attention de M Edouard Philippe

Mercredi 29 avril 2020,

Objet: Déconfinement en Alsace

Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris au nom du parti alsacien Unser Land, dont je suis la secrétaire fédérale.

Votre discours devant l’Assemblée Nationale a retenu toute notre attention.

Nous saluons la nuance « girondine » de la stratégie de déconfinement que vous envisagez. Un déconfinement évolutif et différencié en fonction des situations nous semble en effet relever du bon sens et du pragmatisme le plus élémentaire.

Le dogme sacré de l’unicité et de l’indivisibilité de la République a contribué gravement au bilan sanitaire catastrophique qui affecte en particulier les départements alsaciens et mosellan. L’application indifférenciée de principes essentiellement comptables à l’échelle d’une « région grande comme deux fois la  Belgique » (Philippe Richert, premier président du Grand Est, démissionnaire) par une Agence Régionale de la Santé, véritable mammouth administratif, a mis à mal l’hôpital public et notamment les services d’urgence. Les manifestations et grèves de soignants, les démissions notamment d’urgentistes de l’hôpital de Mulhouse pointaient les dégradations graves, l’insuffisance des équipements bien avant l’épidémie. Rien d’étonnant à ce que Mulhouse, en incapacité matérielle d’accueillir et de traiter un afflux exceptionnel de malades, soit devenu un des premiers foyers de contagion. Cela n’a pourtant pas empêché début avril le directeur de l’ARS du Grand Est, M. Lannelongue, de confirmer sa stratégie de réduction de lits et de personnel. Heureusement il a alors été limogé.

Bureaucratie, centralisme des instances de décision, incompétence technique des décideurs (M. Lannelongue, haut fonctionnaire n’a pas de formation médicale – il n’est pas lié non plus par les principes éthiques du serment d’Hippocrate) et éloignement des réalités du terrain sont des fléaux à combattre.

Nous pensons avoir décelé dans votre intervention une intention d’agir dans ce sens. Votre référence répétée aux départements traduit la volonté gouvernementale de promouvoir une nouvelle politique de proximité et d’efficacité.

La pertinence d’un périmètre resserré, une logique de « bassin de vie » s’imposent comme une évidence, en particulier s’agissant de l’Alsace et de la Moselle qui paient un tribut en vies humaines particulièrement lourd et sans commune mesure avec le reste de la région Grand Est. A cet égard, l’absurdité des chiffres statistiques à l’échelle de la méga-région, qui n’ont pas donné une idée juste de la situation spécifique dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle par rapport aux 7 autres départements, est à la mesure de l’incohérence intrinsèque de cette technostructure.

Si ces 3 départements se sont distingués par une même et importante proportion de malades, c’est parce que leurs populations sont liées par des relations familiales, sociales, économiques, culturelles, associatives, sportives, sans rapport avec  les 7 autres départements grandestiens. Ces liens sont naturels et historiques. Alsace et Moselle ont en commun un même héritage linguistique qui les prédestine au bilinguisme français-allemand. Le Concordat et les articles organiques relatifs aux cultes et aux religions y sont toujours en vigueur. Les Alsaciens et les Mosellans relèvent du Droit local, ils bénéficient d’un régime local d’assurance-maladie, auquel ils sont attachés.

Le caractère absurde et terriblement contre-productif de la fusion institutionnelle de l’Alsace, mais aussi de la Moselle, avec 7 autres départements trop éloignés culturellement et géographiquement, pour constituer une technostructure surdimensionnée, budgétivore et inefficace, apparaît dans toute son ampleur à travers cette crise. Les Alsaciens ont payé le prix fort en vies humaines. Il est urgent et vital de revenir sur les erreurs d’une réforme territoriale bâclée, inappropriée et mortifère.

Le bon sens et le souci de l’avenir exigent de faire coïncider le déconfinement sanitaire de l’Alsace avec le déconfinement institutionnel. Cela se traduira par un vrai transfert des compétences, à commencer par celles relevant de la Santé, à la Collectivité Européenne d’Alsace et par la sortie du Grand Est.

Nous espérons pouvoir compter sur votre engagement dans ce sens.

Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de mes salutations distinguées,

Andrée Munchenbach-Keller
Secrétaire fédérale

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