Parution d « Un dieu sauvage » le 14 octobre 2020 aux éditions Coop Breizh.

Mercredi 7 octobre 2020, Un dieu sauvage aux éditions Coop Breizh

L’histoire

 

Il y a les gens d’En-Bas qui vivent à Létavie, le port des Frontières Maritimes, les gens d’En-Haut à Albe, la ville des Terres Intérieures, et le gouvernement des Prêcheurs dans la capitale Urbi.

 

Dans une société où tout désordre est interdit, chacun est surveillé dans ses faits et gestes par un réseau de caméras et une puce électronique placée dans l’auriculaire. L’ordre des médecins-prêcheurs est chargé de contrôler la population. Mais des événements viennent troubler l’apparente tranquillité des deux cités. Un mystérieux inconnu est soupçonné être l’auteur de plusieurs assassinats.

 

Quatre femmes, Senta la tisseuse, Beara l’aubergiste, Andarta la bibliothécaire et Mata le médecin voient dans ces phénomènes, qui perturbent l’ordre et la morale, des signes de liberté. Elles transgressent alors les interdits et se lancent à la recherche de l’inconnu tandis que les Prêcheurs contrôlent de moins en moins la situation.

 

Trois hommes : Ignotus l’inconnu, Rodati le docteur en médecine et Namanto son supérieur interviennent dans le cours des événements, devenant chacun à sa manière un fauteur de troubles, le premier manoeuvrant sciemment dans l’ombre, le second inconsciemment à son poste de surveillant officiel et le troisième agissant par orgueil.

 

Du monde planifié des Prêcheurs va naître le chaos. La confusion se généralise à l’image du docteur Rodati qui perd la raison et prône la contrition en dénonçant le vice infestant la société.

 

La révolte solitaire d’une femme devient universelle. Au sentiment de l’absurde d’une situation succèdent les temps de la rébellion, de la mort puis de la renaissance.

 

 

L’actualité et la réalité du monde

 

Plongeant le lecteur dans un univers fantastique, le récit revisite les mythes antiques tout en s’inscrivant dans une réflexion contemporaine : le devenir de l’homme dans un monde totalitariste et ses capacités de survie, d’évasion et de liberté.

 

Le récit, écrit avant la crise sanitaire du Coronavirus, contient des correspondances avec la situation et l’instauration de plusieurs mesures politiques coercitives et expérimentations, par exemple le choix du nouveau comité de chercheurs et de médecins nommés par le gouvernement français, baptisé Care, de « réfléchir à une stratégie numérique d’identification des personnes » le 24 mars 2020, dans la continuité de la loi d’urgence sanitaire du 22 mars 2020, mais aussi le projet énoncé par Bill Gates de nano-vaccination de la population mondiale.

 

Aujourd’hui, le monde vit dans un régime d’exception, encore improbable en début d’année 2020. Les interdictions, les restrictions, les sanctions et les manipulations se multiplient pour contraindre et soumettre l’individu, de gré ou de force, et ce en contradiction avec la Constitution de la Ve République Française (1958) et la Convention internationale des Droits de l’Homme. En effet, ces nouvelles interdictions remettent en cause la liberté de se déplacer, la liberté de prescription médicale, la liberté de religion, la liberté de travailler, la liberté d’enseignement, la liberté de réunion, la liberté de manifestation, la liberté de visiter des personnes âgées ou hospitalisées…

La fiction décrite par Bernard Rio est devenue une réalité avec le traçage des individus, l’utilisation de caméras de surveillance et de drones, la distanciation sociale, le port du masque obligatoire, le jugement sur dossier sans débat contradictoire et sans avocat… Tout un arsenal arbitraire au nom d’une urgence et d’une précaution sanitaire contestées par des membres éminents de la communauté scientifique !

 

Ce roman contemporain s’inscrit dans la veine des romans inspirés qui furent publiés à l’aube de la seconde guerre mondiale : « Au château d’Argol » (1938) de Julien Gracq, « Sur les falaises de marbre » (1939) d’Ernst Junger, « Le Désert des Tartares » (1940) de Dino Buzzati.

 

 

La structure du récit

 

L’histoire commence au milieu de l’été, le 25 juillet, et trouve son épilogue au printemps suivant (lorsqu’on entend le chant du coucou)… Elle illustre le cycle de la vie. A la part d’ombre d’une société autoritaire et puritaine, il existe en contrepoint une lumière intérieure qui guide les êtres vers la liberté.

 

Le récit est structuré en vingt-huit chapitres, le temps d’une lunaison, et couvre neuf mois, la durée d’une gestation. Un prologue composé de deux autres chapitres ouvre le récit central, et un dernier chapitre sert d’épilogue à l’histoire, composant un mouvement de balancier, soit un total de trente-et-un chapitres.

 

Sept personnages principaux interagissent.

Quatre femmes symbolisant les trois Grâces et leur muse, et un trio d’hommes composé de l’inconnu incarnant un cavalier de l’Apocalypse ainsi que du duo de médecins représentant l’antagonisme du pouvoir.

 

Ces septénaires contribuent tous, délibérément ou involontairement, à la destruction de l’ordre des Prêcheurs correspondant à chacune des sept étapes de l’évolution spirituelle de la tisseuse Senta : pulsion (conscience du corps physique), émotion (conscience des sentiments), raison (conscience de l’intelligence), intuition (conscience de l’inconscient), spiritualité (conscience du détachement), volonté (conscience de l’action), réalisation (conscience de l’éternité).

 

Le récit fonctionne sur trois plans : la terre, l’homme et le divin.

 

De même que les hommes croient dominer le monde et le temps alors qu’ils ne sont que des marionnettes entre les mains des dieux, les Prêcheurs ont l’illusion du pouvoir. Le matérialisme recouvert d’un vernis moral n’est qu’un faux semblant.

 

Et si le temps n’était pas linéaire ? Si une autre logique inversait la cause et la conséquence ? Si le futur était déjà réalisé, si le passé était encore là, si le présent était une chimère ?

 

Ce qui n’est pas la conséquence du passé pourrait-il être la conséquence du futur ?

 

 

Une vision quantique

 

Cette histoire illustre le concept de rétro-causalité défendu par les physiciens Yakir Aharonov, Holger Bech Nielsen, Olivier Costa de Beauregard et Philippe Guillemant, qui révisent le concept de l’espace-temps en lui octroyant une flexibilité par commutation de lignes d’univers. Ces théoriciens et chercheurs de la physique quantique prennent en considération des informations futures ou extérieures à notre espace-temps pour étudier et interpréter le monde.

Le personnage du mystérieux Ignotus, invisible pour les Prêcheurs mais réel aux yeux des femmes, incarne cette permanence du passé, ce futur réalisé et ce présent illusoire. Il est le messager, celui qui condamne, celui qui enfante, celui qui fait peur et celui qui enchante.

 

Si la réalité n’était donc qu’une illusion, l’analyser serait illusoire.

 

Ce serait une sinistre infirmité que de penser la réalité comme un temps fini et un espace réduit au visible.

 

De même que les Prêcheurs qui perdent leurs repères, le lecteur habitué à raisonner peut être déboussolé s’il refuse de penser la réalité comme une illusion et s’il ne prête pas attention aux détails. Tout est signifiant que ce soit dans la nature ou dans un manuscrit oublié dans le fonds de la bibliothèque d’Andarta. Tout est aussi interconnecté et simultané.

 

La raison est ici soumise à la critique de l’illusion. La matière est assujettie à la conscience. L’ordre, qui n’est qu’un désordre organisé par le pouvoir, se décompose. La peur qui cimente le pouvoir des Prêcheurs disparait mot après mot, image après image. Albert Camus écrivait dans « L’homme révolté » (1951) que tout blasphème était une participation au sacré. Les quatre femmes ouvrent ainsi la voie à une spiritualisation, au renversement du positivisme des Prêcheurs, au retour de la conscience. Pour les suivre dans cette voie, il suffit simplement de changer de perspective et de se laisser emporter par l’intuition dans un univers elliptique où le visible et l’invisible s’enchevêtrent, où l’esprit domine la matière.

 

Cette histoire montre que l’homme vit dans un espace-temps poreux. Tandis que les quatre héroïnes du récit cèdent à leur intuition et prêtent foi à des phénomènes de synchronicité, le docteur et le professeur résistent et défendent un vieux schéma positiviste et cartésien. L’amour inconditionnel des femmes s’oppose ici aux dogmes des Prêcheurs : un monde égocentré, un espace temporel, une causalité et un déterminisme.

 

Chaque personnage se pose des questions au fur et à mesure que les événements improbables emportent la raison. Le hasard bouleverse la vie de celui qui l’accepte pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire un simple hasard, et pour ce qu’il est : le destin, une correspondance qui vient du futur. En se déconditionnant, les quatre femmes se laissent emporter par la crue des mots qui charrie les épaves du vieux monde. La résilience opère alors. La vie ne se profile plus comme une ligne droite mais se déroule comme une spirale. L’être humain est dans la main des dieux et cependant doté d’un libre-arbitre. Il a le choix du chemin qu’il emprunte. Ainsi le docteur Rodati est-il enclin à douter et demeure libre d’agir dans un sens ou dans un autre jusqu’à sa dernière heure.

 

La révolte, qui sourd dans la ville basse et envahit la ville haute, ne se résume pas à une contestation des esclaves, à une colère et à un affrontement, elle se place entre deux temps, le temps d’avant, la guerre, et le temps d’après, l’unité. Cette révolte des femmes prend peu à peu les allures d’une délivrance tandis que la révolte du docteur Rodati s’avère une aliénation. La première est métaphysique et suit les voies du sacré, c’est une évolution acceptée qui ne cherche pas à nier ou à tuer Dieu mais à intégrer et à manifester une part d’éternité. La seconde est une révolution manichéenne. Elle se limite à une alternative entre le bien et le mal, c’est un rapport de force entre le maître et l’esclave, le second n’aspirant qu’à remplacer le premier dans cette relation dominant-dominé.

 

La nature, omniprésente dans le récit, n’est pas seulement un décor qui change au fil des saisons, elle intervient, comme en écho à la destinée humaine, pour révéler les sentiments, réveiller les pensées, susciter la réflexion. Cette synchronicité entre l’homme et les forces cosmiques contribue au symbolisme de cette dystopie qui résonne comme un écho aux interrogations actuelles.

 

Finalement, tout devient possible lorsque le monde se transforme en chaos; à chacun de s’affranchir de ses préjugés et de ses peurs, d’être absolument libre de penser et d’agir pour vivre ou mourir. La liberté se résume à une dimension ascétique. Telle est la leçon apprise par l’innocente Senta et donnée à un monde gouverné par des colosses aux pieds d’argile.

 

Un dieu sauvage de Bernard Rio

Editions Coop Breizh

ISBN 978-2-84346-899-5

Prix 18 €

Pagination 208 pages

Parution octobre 2020

 

 

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