“Main basse sur la Vallée des Saints”, le nouveau livre de Philippe Abjean

Samedi 24 octobre 2020, Il y a de ces ouvrages qui marquent un temps et laissent une trace dans l’histoire. Il y a de ces ouvrages qui demeureront comme un témoignage pour les générations futures.  Il y a de ces ouvrages qui sont un cri du coeur offert à ceux qui en seront les lecteurs. Le dernier opus publié par Le Temps Editeur  est de ceux-là, dans la ligne de “L’inconnu me dévore“, oeuvre lumineuse et héritage spirituel de Xavier Grall.

Photo @ArGedour (DR)

Main basse sur la Vallée des Saints. Tel est le titre du nouveau livre publié par Philippe Abjean, fondateur de la Vallée des Saints, présenté à la presse en même temps qu’il annonce sa démission définitive du Conseil d’administration de la Vallée des Saints, ce mercredi 20 septembre 2020. Le précédent ouvrage de cette série était signé d’Yvon Ollivier, un opus écrit comme une lettre ouverte à ceux qui ont renoncé à la Bretagne, faisant frémir bien des décideurs. Dans un format poche à design de polar, le livre de Philippe Abjean, rédigé durant le confinement comme un insurgé solitaire, dans les rayons à partir du 6 novembre, avec un lancement officiel lors du Salon du Livre de Carhaix (24 & 25 octobre), se présente “comme un poil à gratter destiné à poser des questions auxquelles il faudra bien que quelqu’un réponde” pour reprendre les termes de l’éditeur, un livre aussi “pour éviter que d’autres ne réécrivent l’histoire” précise l’auteur.

 

“Pour être pertinent, il faut savoir être impertinent et savoir parler des sujets qui fâchent” lance Thierry Jamet, l’éditeur. Même s’il décrit des situations précises et dresse un portrait peu flatteur de certains, Philippe Abjean se défend d’avoir écrit un livre de règlements de comptes. L’ouvrage se présente comme l’élément manquant du précédent livre “Un rêve de pierre” paru il y a quelques mois aux éditions Salvator. Là, il avait livré sa vision générale et les liens entre ses intuitions, ses initiatives, ses projets. Il y avait évoqué, pour ceux qui n’en auraient pas encore saisi l’importance, le lien entre ceux-ci. Tro Breiz, Oeuvre de St Joseph, Vallée des Saints, Cité de la Paix : la pierre d’achoppement est la même pour toutes. Un pour tous et tous pour Un.

Dans Main basse sur la Vallée des Saints, l’auteur, par un style dynamique prenant le lecteur à témoin d’une aventure qui le dépasse, remet les éléments à plat pour mieux faire comprendre les enjeux. Comment en est-on arrivé d’une convocation d’une assemblée des saints bretons au sommet de la Tossen à une foire d’empoigne  que ne renieraient pas Uderzo et Goscinny, dans laquelle les péchés capitaux prennent la place d’une humble ode à la Création et à ceux qui forgèrent la Bretagne ? Comment l’affairisme a-t-il pris la place de l’idéalisme ? Comment est on passé de la lumière à l’ombre, de ce qui se révèle à ce qui se cache ?  Comment la loi du silence a-t-elle pris la place du Verbe ?  Le fondateur de la Vallée des Saints pleure sa naïveté. Il reconnaît des erreurs. Il déplore la confiance trahie.

“Un coq chanta trois fois, dit-il. Et je fus le seul à l’entendre…”. Le tableau est là, peint au couteau, entre vision et désillusions, amours et trahisons, foi et défiance, pour mieux poser les questions : “Traonienn ar Zent, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ?” semble-t-il crier comme un prophète à travers le désert. Un cri du coeur qui pourrait se résumer en quelques phrases : “A l’heure du mercantile et de l’éphémère,  j’ai offert le sens et la beauté, la gratuité et l’éternité ; à l’heure des têtes courbées j’ai offert un regard vers le ciel et vous en avez fait un lieu de commerce. De ce lieu de nulle part, les saints sont sortis de terre à chaque appel, et vous en avez fait un vaisseau de pierre à la dérive dépouillé de son âme !”

Il évoque le martyre de ces figures de la Bretagne des premiers siècles, et se résigne avec ironie à rejoindre les saints céphalophores, s’il le faut. Pour bien des raisons, tant de fondateurs se sont vu déposséder de leur oeuvre, sacrée ou non : d’Erispoë à Jeanne Jugan, envoyée du côté de la basse-cour de St Pern, en passant par Steve Jobs ou plus récemment Serge Trigano. Les totems de granits n’échappent pas à la dramaturgie sophocléenne.

Mais loin d’un livre de lamentations, Philippe Abjean, en 140 pages, s’inscrit dans les pas de Xavier Grall qui confiait : “le temps est venu de transmettre un héritage secret. J’aimerais ouvrir mes portes. Raviver les lampes. Indiquer les points fixes sur l’obscurité de la mer. Il n’y a que Dieu”. Il en appelle à lui. Avec philosophie, il contemple avec les compagnons de toujours le panorama d’exception depuis la butte de Quénéquillec, à l’instar du fondateur du bardo-druidisme breton, Jean Le Fustec-Lemenik,  qui gravit cette Tossenn Sant Weltaz le  mercredi 16 septembre 1903 en compagnie du barde Taldir, familier du lieu. En ce début de XXème siècle, après que celui-ci lui ait nommé tous les clochers et collines jusqu’à l’ horizon, Lemenik célébra son union avec la terre de Bretagne en glissant un anneau entre les pierres du sommet. Depuis, la cohorte des saints bretons a pris place, chantier titanesque du 3ème millénaire. Philippe Abjean, au milieu des statues de granit, dans un synode lithique, rappelle son histoire s’inscrivant dans les pas de Dieu et de ses lieutenants, contemplant avec tristesse la genèse d’un lieu de mémoire fait de pierre brute et qui se voulait étincelle pour les temps à venir. “Une petite utopie à préserver de l’océan consumériste” écrit-il, ajoutant que “la Vallée des saints est prophétique si elle ne pactise pas avec la précipitation du monde moderne… et si elle ne renie pas son soubassement spirituel”.

“Un livre qui marquera l’histoire de la Bretagne” (Yannig Baron, octobre 2020)
Au fil de ce manifeste que certains verront comme un brûlot au parfum de dépit avec quelques approximations, et d’autres comme un lanceur d’alerte rejetant le culte de l’argent, du confort et de l’abdication, Philippe Abjean entend donc revenir sur le dévoiement spirituel de cette oeuvre collective devenue selon lui une machine à cash. Au-delà du mélodrame qui se joue depuis trop longtemps et des rancoeurs, que chacun prenne le temps de lire ce qu’il a voulu dire. Car il offre aux Bretons cette chronique d’un rêve brisé à retrouver le temps des cathédrales, mais avec la certitude que l’aventure n’est pas achevée. Les pages se tournent et de l’obscurité à la lumière, les mots sombres laissent la place à l’espérance d’un après, à cette bénédiction bilingue et cette litanie des saints anonymes, à cet acte de foi disant un pari fou sur l’éternité. De guerre lasse, il cède la place mais montre un chemin. Il laisse la place à un demain.

Pour Yannig Baron, bien connu en Bretagne et administrateur de la Vallée des Saints jusqu’il y a peu, ce livre marquera l’histoire de la Bretagne. Sans aucun doute. Mais il acte une rupture entre deux visions antagonistes qui ne semblent plus pouvoir se réconcilier. A l’issue de la dernière assemblée générale de la Vallée des Saints, l’actuel président de l’association, Jean-René Cougard, a rappelé son attachement au “respect des valeurs historiques, culturelles, artistiques et spirituelles défendues, depuis sa création par les fondateurs et dirigeants”. Philippe Abjean, fondateur, sera-t-il entendu par ce nouvel ouvrage ?

Sortie le 6 novembre.

ISBN-10 : 2363121031 / ISBN-13 : 978-2363121035
Prix : 9,50€
Dimensions du produit : 11.2 x 1.2 x 17 cm
Poids de l’article : 122 g
Éditeur : Le Temps éditeur
Langue : Français

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