« Punk un peu, Do it yourself, complètement ». Entretien avec les Justin(e)

NANTES/NAONED— La sortie de l’album des Justin(e), groupe de punk-rock de Treillières près de Nantes, coïncide avec le début d’une tournée qui les mènera sur les routes, de Bretagne en Belgique, en passant par la Suisse. Itinéraire non conforme d’une bande de jeunes hors normes que nous avons rencontrés pour vous.

Nous, on est des bouseux et on s’en branle

Questions aux mecs de Justin(e) : L’album «Treillières Über Alles», dernière provocation des Justin(e) : c’est votre manière d’être no limit face à une forme de répression de la pensée dans ce pays ?

Fab : Le titre est tout d’abord une blague, un détournement de l’hymne allemand, déjà détourné pour être l’hymne nazi, MAIS surtout un pastiche du titre des Dead Kennedys. Le côté provoc n’est pas vraiment le but premier. Même si personnellement j’ai souvent été très bordeline concernant l’humour, donc ça me va plutôt bien !

FX : Je rejoins Fab sur le côté borderline, je pense que c’est un ingrédient essentiel à «l’esprit punk». Après, on n’a pas réfléchis au titre de l’album en se disant «Qu’est ce qui pourrait bien choquer les gens?».

Olive : On peut le prendre comme de la provoc’, après Justine c’est pas les Sex Pistols non plus. Il y a pas mal de groupes qui sont fiers de leur ville ou de leur pays (pour les plus louches). C’est tout à fait personnel mais c’est un truc que je trouve assez gerbant, le côté fier d’être français. Du coup c’est aussi un pied de nez à ce genre de groupes, nous on est des bouseux et on s’en branle.

Question à Fab : Les Dead Kennedys chantent «California Über Alles» en 1979 : référence ou modèle pour toi, Fab ?

Fab : Ni l’un ni l’autre, j’aime bien mais c’est Fx le plus Dead Ken du groupe, j’ai pas de vieux modèle à part Metallica et Nofx. C’est eux mes patrons.

Question à FX : Donc pour toi FX, un punk doit toujours tout dire et tout faire ?

FX : Non je ne pense pas, je pense plutôt qu’un punk doit faire et dire ce qu’il veut, en en assumant les conséquences. Il doit être prêt à se forger une opinion par lui-même et à agir à contre courant. Je ne suis pas non plus un théoricien du punk, mais une des bases incontestable du mouvement est le DIY (do it yourself) qui s’applique aussi bien aux choses matérielles qu’aux concepts: fais-le toi-même, pense par toi-même. Après, faut pas non plus oublier qu’on est surtout là pour s’amuser.

Question à Alex : A Motocultor Festival, tu présentes les Justin(e) comme un des seuls groupes bretons présent sur le Festival. Est-ce à dire qu’après «Treillières… Tous ensemble ! Tous ensemble ! », la Bretagne a une place particulière pour toi ?

Alex : Ma soeur aime la Bretagne et j’adore ma soeur.

Question aux mecs de Justin(e) : En écoutant vos réponses, on a envie de vous demander de vous présenter, mais pour faire plus simple chacun présente un autre membre du groupe ! Vos morceaux sont parfois poétiques, souvent rebelles… Qui écrit ? Qui compose ? Où et comment ?

Fab : Fx, pour François Xavier, Framboise Xanax aurait été étonnant, est un vieil ami rencontré dans ma période métal sur Nantes, il avait «La ligne», du néo-métal alambiqué avec sa choucroute frisée sur la tête, et moi «No Talent», du métal punk débile avec mes hideuses dreadlocks. C’était une belle époque. Ensuite il a monté 29/09, du death métal dépressif ultra violent que j’ai enregistré chez moi. Quand notre premier batteur est parti, on s’en dit : Qui n’a pas le feeling punk rock ? ? FX ! Qui est cool et sera le batteur ? ? FX !

FX : Olar, c’est le vrai punk du groupe, celui qui est surement le plus sûr de ses idées, du coup c’est aussi celui qui gueule le plus souvent, ce qui lui a valu son petit surnom d’ «Enculé d’Olar». C’est surtout un très bon copain et un très bon guitariste.

Olive : On se connait depuis très longtemps avec Alex. Il draguait la fille dont j’étais amoureux à l’école primaire et ça m’agaçait un peu. Mais c’est de l’histoire ancienne tout ça. On a fait du théâtre ensemble dans une troupe treillièraine appelée La Cavale. On rigolait bien. Nos frangins respectifs ont décidé un jour de monter un groupe et on a décidé de faire pareil. Il a toujours été le mec cultivé du groupe, même au début, mais il n’est pas avare de ses connaissances et n’hésite pas à nous en faire profiter. Et puis ça me permet d’avoir l’air un peu moins con. Sinon il aime beaucoup les ramoneurs de menhirs.

Alex : Fabien a grandi et vit à Treillières.

Question au mecs de Justin(e) : Fabien a une double vie musicale. A la basse avec les Justin(e), ses fans le présentent ainsi quand il joue de la guitare avec les Ultra Vomit : « Il est beau. Il est la méga classe incarnée, fait du rock ‘n roll [Je dirais même qu’il est LE rock ‘n roll], fume des bonnes grosses clars, boit des bières sans goût, regarde trois films d’affilé tout seul au cinéma, matte son frère jouer à la console, est fan de Metallica, NOFX et Stupélfip, et surtout est imbu de sa personne… tout un programme ». Fabien, peux-tu nous en dire plus sur le ‘tout un programme’ ?

Fab : Là ce que tu as chopé c’est le blog d’une petite fan d’Ultra Vomit. Ceci dit mon personnage dans Ultra c’est un peu M. Connard, qui se la pète sans limite. Ce qui me va très bien, car j’ai beaucoup d’aisance à me lancer des fleurs au nom de l’humour. Mais au fond de moi faut pas croire, je me la pète aussi. Sinon elle a raison, NOFX, Metallica, Stupéflip, mon frère, ma meuf, mon chat, terminé bonsoir !

Et pour les autres, la schizophrénie de Fabien ne vous dérange-t-elle pas ? Pensez-vous qu’à lui tout seul, il vous assure le public féminin fidèle et inconditionnel ? Est-ce que d’autres dans le groupe ont une double vie musicale? Racontez, dénoncez !

FX : On a tous au moins un autre groupe donc non, je ne pense pas que ça dérange qui que ce soit. Je chante dans un groupe qui s’appelle Poésie Zero. En plus le fait que Fab soit intermittent avec UV lui laisse pas mal de temps pour s’occuper de booker les dates de Justin(e), s’occuper du merch et des milliers de trucs qui incombent à la vie d’un groupe, choses qu’aucun d’entre nous ne peut faire à part lui. Quant au public féminin, il assure mal son rôle alors, car nous avons toujours 70 % de mecs dans la salle…hé hé !

Olive : Fab joue dans UV, Fikce dans Poésie Zéro et Alex et moi dans The Attendants. Libre à chacun d’avoir l’attitude qui lui convient dans ses autres groupes. Fab s’aime beaucoup et moi aussi je l’aime beaucoup. Où est le problème ? Sinon, toutes les nanas qui viennent aux concerts ne sont pas des groupies et tant mieux.

Question aux mecs de Justin(e) : Qui lit Deleuze chez les Justin(e) ? Et pour ceux qui ne lisent pas Deleuze, que lit un punk aujourd’hui ?

Fab : Je lis pas Deleuze, je lis Alex qui parle de Deleuze.

FX : Je me suis mis à lire depuis un an environ, du coup je lis un peu ce qui me tombe sous la main. Céline, Vian, Cioran, Prévert et d’autres livres aussi.

Olive : Je lis essentiellement des comics (Deadpool, Spiderman, The Boys…) et là j’essaye tant bien que mal d’avancer sur un bouquin qui s’appelle L’Ethique Animale.

Alex : Je lis Deleuze à fond.

Faire aussi bien qu’Accident n°7

Genèse de ce nouvel album ?

Fab : Procédé atypique pour nous mais plutôt assidûment respecter et assez cadrant : un an avant l’enregistrement en juillet 2011, donc en juillet 2010, on a aménagé les périodes d’enregistrement et les week-ends de répétitions à Treillières chez moi, le tout sur un calendrier. Fikce le batteur est donc descendu les week-ends prévus, les instrus ont commencé à arriver. On a ensuite envoyé ça à Alex (chant) par mail. Et il faisait les textes de son côté, peinard. Le hic, c’est qu’on a découvert le chant (même si on avait jeté un œil aux textes) pendant l’enregistrement, faute de pouvoir se réunir autrement. Pas vraiment possibilité de rétroaction, mais c’est cool, ça l’a très bien fait comme ça !

FX : C’était tout de même assez stressant cette histoire de calendrier fixé à l’avance, avec ce «devoir de produire» dans les créneaux qu’on s’était alloués. Surtout que pour moi c’était la première vraie expérience de composition d’album avec Justin(e), ayant intégré le groupe après la sortie d’Accident n° 7. C’était stressant dans le sens où puisque pas mal de gens avait encensé Accident n°7, il fallait réussir à faire aussi bien, voire mieux, et avec un nouveau line-up et l’éparpillement des membres du groupe entre Paris et Nantes, c’était pas forcément gagné d’avance.Question à FX : Ta première expérience d’enregistrement avec les Justin(e) ? Tes impressions ?

FX : C’est ma première expérience d’enregistrement d’album oui. Et bien, c’était dur, j’avais l’impression de repasser le bac, avec révisions et stress de l’exam… Donc je ne peux pas dire que j’ai vraiment adoré le fait d’enregistrer, même si l’ambiance était mortelle et Benoit, l’ingé son, très cool. C’était très fatiguant nerveusement, mais je suis content du résultat. Olive : Il faut dire qu’on a pas suffisamment fait notre taf sur le split avec Diego Pallavas et on sait bien que les morceaux sont en dessous. Du coup il fallait rebondir et faire un truc aussi cool que A7. Je pense que là on a remli notre part du contrat.

Question à Olive : Pour nos lecteurs, peux-tu te transformer en prof de punk, «split» -«morceaux en dessous»-«les Diego Pallavas».

Olive : Le mot «split» a plusieurs sens, ça veut dire qu’un groupe a mis fin à son activité mais dans le cas présent il s’agit d’un album partagé entre 2 groupes (Justine et Diego Pallavas (un groupe de potes d’Épinal)). On a enregistré 6 titres dans l’urgence, sans prendre de recul et les chansons sont moins bien.

Question à Alex : Ta vision des choses, toi qui composait «peinard», selon Fab, loin de Treillières ?

Alex : Deux chansons par week-end a peu près jusqu’à ce que j’en ai écris 15 : peinard !

Question à tous : Accident N°7 a reçu un excellent accueil du public. La réussite de cet album a-t-il été handicapante où un élément motivant pour la réalisation de «Treillières Über Alles» ?

Fab : Plus motivant qu’handicapant, mais on a bien flippé quand même. Si on décide de faire un album, faut qu’il soit au moins aussi bon, pour nous comme pour les gens, sinon ça sert à quedal.

«Affreux, sales et méchants». C’est vous ?

Fab : C’est tout le contraire de moi, je suis canon, soigné et surtout très cool.

FX : On est quand même sympa dans l’ensemble, sauf Olar.

Olive : Affreux tout le temps, sale souvent, mais moins méchant que Fikce.

Alex : Affreux, sales et méchants est un film italien.

9 dates consécutives du 21 au 29 octobre avec les Wank for peace et les Santa Cruz. Quelles sont vos relations avec ces deux autres groupes ? Est-ce que vous allez partager le «camion des Black Sheep» pendant cette tournée. Une tentative de vie en communauté ? Comment vivent les Justine pendant une tournée ? Anecdotes ?

Fab : C’est pour nous la 6e tournée de ce type. Donc oui c’est vraiment une expérience de vie en communauté, que pour ma part j’apprécie au plus haut point. Le choix des groupes se fait naturellement, j’ai enregistré pas mal de leurs titres, on les suit en concert, et devant la coolitude de Santa Cruz, on ne peut pas rester indifférent. Un groupe comme ça nous guide vers le chemin de la classe, la vraie. On tourne à 2 camions (on sera 14 !), on partagera bien volontiers le camion des Black Sheep en pensant fort à eux.

Il faut dire que Fab râlait souvent après le camion de tournée qui s’essoufflait. Le groupe a donc fait l’acquisition d’un nouveau véhicule, racheté au groupe Black Sheep, un groupe Punk Skacore belge. C’est dire si le milieu musical punk est sans frontière.

Fab : Niveau vie en tournée : on se met la race les 3 premiers soirs, après on en peut plus alors on fait des concerts cotorep, et à la fin on a plus de voix. Mieux vaut nous choper la première date. Une anecdote de tournée ? Remplir le camion avec 120 kg de sucre en poudre pour faire marrer les copains. Une plage de sable fin et collant.

FX : C’est assez agréable ce côté vacances entre potes, même si être cloitrés dans un camion 4 h par jour pendant 9 jours n’est pas forcément le plus exotique : partir de Nice à 10 h du matin pour arriver à Chambéry à 20 h. C’est chiant.

Olive : Les tournées c’est ce qu’il y a de plus cool. Tu sais pas combien de temps tu vas dormir, ni où des fois, tu sens mauvais pendant une semaine, tu rigoles beaucoup et tu bois gratos au moins autant. Ensuite, tu rentres crevé. Il nous est arrivé de nous retrouver loin de chez nous sans que l’orga du concert nous ai prévu un logement. C’est un peu rock ‘n roll mais on trouve toujours une âme charitable pour nous accueillir. C’est l’avantage d’être hyper cool même si on sent fort. Pour les tournées, on se démerde tout le temps pour partir avec des gens qu’on apprécie. En plus sur celle-ci, il parait qu’il y a des mecs râleurs comme moi dans Santa Cruz et dans W4P donc je ne serai plus le seul à me faire chambrer par mes copains.

Une date à Bruxelles. Les Justin(e) s’exportent ?

Fab : On a déjà joué une dizaine de fois chez nos héros belges, une fois en Suisse aussi, ce fut un carnage alcoolique. On espère tâter le Québec en 2012.

Combien de concerts au compteur pour les Justine ?

Fab : Environ 200. Punk un peu, Do It Yourself, complètement

La croyance populaire affirme que les punks ont tous des crêtes de couleur, balancent des bouquets de fleurs aux crottes de nez pour draguer les jeunes filles et ont des chiens pour les ramener chez eux tant ils aiment la bière.Fab, tu es le seul punk à crête du groupe. Un jour, tu as avoué sur scène, alors que ta crête tombait pitoyablement pendant le concert, «je suis un faux punk. Oui, parce que je n’utilise pas de colle à bois pour la crête». Info ou Intox ? Vrai punk ou fausse crête ?

Fab : Je dirais vraie crête et faux punk. Si être un vrai punk m’apporte plus de contraintes que de liberté, le choix est vite fait. J’ai une sensibilité politique, mais je suis pas militant. En revanche ma vie c’est la musique, le punk rock. Je pense qu’en organisant des dates, en enregistrant des groupes chez moi, en faisant tourner Justin(e) et en ayant tous auto-produit le dernier Justin(e), le tout sans se dégager le moindre salaire, en proposant des soirées et des cd pas chers, on met tout en place pour avoir une tribune ou il fait bon s’exprimer en musique.

« Punk un peu, Do It Yourself, complètement. »

Preuve est faite que la croyance populaire classe maladroitement les gens et s’attache plus aux apparences qu’au fond !

Des projets ? Un timing pour la prochaine aventure Justin(ienne) ?

Fab : Une tournée avec The Decline ! en avril 2012, et des p’tits bonbons musicaux, un programme cool.

Le 21 octobre prochain, concert des Justin(e) au Ferrailleur, Hangar à bananes, Quai des Antilles à Nantes, première date de votre tournée. Une tendresse particulière pour le Ferrailleur où vous vous êtes déjà produits ?

Fab : Le Ferrailleur, c’est Thomasson, historiquement le premier ingé son d’Ultra Vomit, qui en est le patron. Quand ça a ouvert on peut dire que je passais 4 soirs par semaine là bas à élaborer une cirrhose On a dû y jouer 2 ou 3 fois, ce qui n’est pas si souvent, parfois c’est peut-être un peu grand comme salle pour nous ! Mais après 2 ans sans avoir joué sur Nantes, on s’est dit que ce serait le lieu idéal. J’ai hâte.

Les Justin(e) en Super Tour du 21 au 19 octobre 2011 En savoir plus sur [ Voir http://www.justinepunkrock.com/ ] 21 octobre 2011 Nantes (44) Le Ferrailleur Release Party du 3e Album : + Wank For Peace + Santa Cruz. Paf : 5 € ■

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.