Ecole privée/école publique : et si la Bretagne était un cas à part ?

«Pas un sou pour l’école privée, priorité au public !» c’est ce qu’on entend souvent dans les milieux laïques et/ou de gauche. L’école privée étant vécue comme un lieu  d’endoctrinement au «je vous salue Marie», avec la croix au-dessus du tableau, les abbés au regard inquisiteur et les prières quotidiennes.

La réalité est bien autre. A de rares exceptions prêts, dans les écoles privées sous contrat d’association, de nos jours, les enseignants non-baptisés sont acceptés et la place de la religion se limite à une bible pour enfant, un rameau d’olivier et une chaise inoccupée posés dans un coin au fond à droite. Quand aux cours de religion, ceux-ci se résument à une heure par semaine durant laquelle les agneaux de Dieu réfléchissent de façon distraite sur la «notion de partage», de «respect de l’autre» ou de la dernière aventure de Jésus dans une contrée lointaine. En ce qui concerne les cérémonies, l’élève a le droit à deux messes chahuteuses par an  devant des parents tournant discrètement au caméscope les performances vocales de leur rejetton sans se soucier si ses ferventes prières sont adressées à Saint-Augustin ou Saint-Pokémon.

A côté de cela il existe quelques écoles au catholicisme «dur». Parmi elles, 5 écoles gérées par la fraternité Saint-Pie X (les intégristes catholiques) à Nantes, Vannes, Berné, Saint-Père Marc en Poulet, Brest et Plouisy. Auquelles s’ajoutent une poignée d’écoles privées de village (Sérent, Caden, Saint-Lumine-de-Clisson, Châteaubriant, Kernilis, Montgermont, Rennes, etc…) au catholicisme correspondant, grosso-modo, à celui enseigné dans toutes les écoles privées de Bretagne il y a 30 ans.

Ces écoles sont, de toute façon, hors-contrats et n’ont absolument pas envie de rentrer d’une manière ou d’une autre dans le giron de l’éducation nationale ou des collectivités locales.

Le choix de l’école privée pour une famille est donc, en Bretagne, avant tout un choix culturel qu’un choix religieux.

Traditionnellement, les classes sociales mettant leurs enfants au «privé» (exception faite des bastions rouges du Trégor, de Cornouailles ou de Basse-Loire) étaient les paysans, les artisans, les commerçants, les professions libérales et une partie des ouvriers. Au «public» on retrouvait les enfants d’instituteurs, de fonctionnaires et l’autre partie du monde ouvrier. Aujourd’hui, atavisme culturel oblige, la répartition est à peu prêt la même mais, l’éventail des professions s’étant élargi, de multiples autres métiers et conditions sociales se retrouvent également dans les deux systèmes scolaires.

Cependant, c’est en matière de poids de l’école privée que les écarts entre France et Bretagne sont les plus probants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’académie de Rennes et celle de Nantes (comprennant les départements dits des Pays de la Loire) regroupent les plus forts taux de scolarisation dans le privé (primaire et secondaire) avec respectivement 40,3% et 37,8% alors que le taux de scolarisation en privé dans l’ensemble de l’Hexagone est de 15% en primaire et 20% en secondaire. De surcroît, dans certaines régions, l’enseignement privé est totalement marginal :académie de Strasbourg : 9,9%, Créteil : 9,2%, Limoges : 7,5%, Corse : 5,1%.

En Bretagne, il est donc impossible de traiter la question de l’école privée avec une grille de lecture calquée sur celle de la classe politique française ni, à fortiori,sur celle de la gauche française.

Une loi, la loi Falloux, a régit pendant 150 ans les conditions de financement des écoles privées par les collectivités territoriales. Même si celle-ci est aujourd’hui abrogée, la plupart de ses dispositions ont été reprises dans le nouveau code de l’éducation.

Et le code de l’éducation tel qu’il est aujourd’hui, est, il faut le dire, un véritable poison en Bretagne !

D’une part, il est discriminatoire, d’autre part, il est quasiment inapplicable dans les faits. En effet, les tribunaux rendant des jugements contradictoires, la jurisprudence n’engage pas un maire avisé à risquer le tribunal administratif et la condamnation en cas de financement hors cadre.

Un connaisseur du sujet avance d’ailleurs que «tout cela est plus une question de pression de l’opinion publique que de loi…comme souvent.» Au Pays Basque, par exemple, les tribunaux et les institutions préfectorales semblent beaucoup plus clémentes qu’en Bretagne, hasard ?

Alors que de nombreuses communes de Bretagne ne comptent QU’UNE école, l’école privée (25% des communes dans le Morbihan, 22% en Ille-et-Vilaine, etc…), celles-ci ne peuvent recevoir de subsides de la mairie en ce qui concerne de nombreux postes, notamment la construction ou la rénovation des locaux. «Aucune dépense d’investissement ne peut être pris en charge par la commune» selon le code de l’éducation. Pourtant les enfants scolarisés en écoles privées sont des enfants comme les autres. A Versailles ou à Chantilly, la «privée» est peut-être le ghetto doré des enfants de familles aisées, en Bretagne c’est tout à fait autre chose, sauf à considérer que plus de 40% des enfants bretons sont des gosses de riches !

Les conséquences de cette absence d’aide sont mécaniques : une école privée dégradée dans une petite commune ayant vu tous ses services publics et commerces fermer les uns après les autres c’est un manque d’attractivité et un facteur supplémentaire de désertification rurale.

Encore une fois, il convient de dépasser des schémas idéologiques qui ne sont pas adaptés à la situation bretonne ! Aimer la Bretagne, être militant breton c’est, avant tout, «penser breton», penser en prenant en compte la réalité bretonne avant toute chose.

De plus, rappelons le, les écoles Diwan même si elles sont laïques et gratuites sont, administrativement, des écoles privées. Et c’est un ce sens qu’elles subissent une discrimination qui commence dès la maternelle. En effet, lorsqu’elles sont crées, les écoles Diwan ne comptent, généralement, que des classes maternelles, là encore, le code de l’éducation prévoient que les communes « n’ont pas à supporter les dépenses de fonctionnement des classes enfantines ou maternelles » des établissements privés, sauf « lorsqu’elles ont donné leur accord au contrat concernant ces classes« . Ensuite, lorsque l’école à la chance d’être passée sous contrat d’association, les difficultés continuent : aucune obligation de donner le forfait scolaire à des enfants fréquentant une école hors-commune (cas de la totalité des écoles Diwan), aucune possibilité de participer directement aux frais de construction ou de rénovation des bâtiments, etc….

De surcroît, le statut des professeurs des écoles du privé, Diwan y compris, n’est absolument pas le même que celui des professeurs des écoles du public. Les professeurs des écoles du privé ne sont, par exemple, contrairement aux idées reçues, pas fonctionnaires de l’éducation nationale française, leurs retraites sont moindres, leurs avantages sociaux également, etc….

Bref, un dispositif législatif qui peut se comprendre en France, du fait de la volonté de priviligier l’école publique et laïque face aux écoles confessionnelles à fort enseignement chrétien, juif ou musulman, mais qui est totalement obsolète, inadaptée voire dangereux en Bretagne.

Un mouvement breton, à la grille de pensée indépendante, aurait tout intérêt à s’attaquer à ce problème en demandant un transfert de compétences de l’éducation au conseil régional et en élaborant un projet éducatif breton adapté à la situation locale.

Il ne s’agit nullement de détricoter ou d’enlever des moyens à l’école publique mais bien de penser le système éducatif en termes bretons et non pas en termes français.

L’égalité réelle entre public et privé en Bretagne ainsi qu’un statut adapté pour les écoles en breton, voici un thème de réflexion pour l’ensemble des bretons

1 COMMENT

  1. hopala
    en tant que prof des écoles en classe bilingue publique, je suis globalement d’accord, j’ai fait ma scolarité dans le privé (enfant d’agriculteur…), j’ai été enseignant à Diwan et les hasards de la vie professionnelle m’ont fait enseigner dans le public (surtout par la stupidité de Diwan qui me proposait un poste à 180 km de chez moi, passons..)
    mais je tiens à nuancer les propos tout de même.
    Dans le public, nous avons aussi des contraintes comme l’accueil des handicapés sans toujours les moyens correspondants (AVS), des effectifs importants notamment en maternelle (29 élèves dans ma classe, c’est fréquent à Diwan ??), et pour les classes bilingues, des collègues et une hiérarchie pas toujours très coopérative… et l’on pourrait rajouter des parents d’élèves pas toujours au fait de l’enseignement bilingue… alors oui quelques fois, on a l’impression que l’on nous retire des moyens pour les donner au privé et oui, quelques fois, cela m’agace de voir des militants de diwan pas capables d’aligner une phrase en breton nous expliquer la pertinence du système diwan…
    mais moi, cela ne me gênerait pas de devenir un fonctionnaire territorial, je l’ai déjà été dans une vie antérieure

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