Vous cherchez du boulot ? Apprenez une langue régionale !

Est-il possible de trouver du travail dans l’une des dizaines de langues régionales que compte l’Hexagone ? En Bretagne, le développement des écoles bilingues constitue un appel d’air pour l’emploi en breton. Même constat en Corse. Dans les 33 départements occitans, la connaissance de la langue d’Oc permet de prétendre à une bonne vingtaine de postes dans le même domaine. Revers de la médaille : l’immense majorité de ces emplois reste cantonnée à deux secteurs clés: l’éducation et la petite enfance. Reste une spécificité : l’Alsace. Mais les défenseurs des langues régionales ont quelques idées pour développer de nouveaux secteurs…

La conseillère pôle emploi est formelle : « il est interdit d’exiger la pratique d’une langue régionale dans une offre d’emploi. La connaissance de la langue doit juste être un « plus ». Et le passif est lourd sur le sujet, des affaires ayant défrayées la chronique, notamment en Alsace où la HALDE s’en était mêlée. Pourtant, nombres d’annonces demandent des anglophones « native speakers only». Une « tolérance » accordée à la langue de Shakespeare qui fait encore grincer des dents.

Pour autant, le secteur de l’emploi en langue régionale existe bel et bien et pourrait constituer une « niche de développement » dans l’avenir.

Recherche corsophones

En Corse, le secteur lié à l’idiome local est « disparate, embryonnaire et compliqué » selon les termes de Jean-Pierre Arrio, chargé du développement de la langue à la Collectivité Territoriale de Corse (CTC). Le secteur de l’éducation y est néanmoins prépondérant. « Nous cherchons des professeurs de langue corse et des professeurs corsophones capables d’enseigner d’autres matières en corse. Et il y a une forte demande !». En tout ce ne sont pas moins de 617 professeurs des écoles (sur les 1220 que compte l’île) qui se doivent d’être corsophones. Dans le secondaire, la tendance est encore plus importante : 214 professeurs habilités en corse et plus de 100 professeurs dédiés à la langue.

« En dehors de ce segment précis, il y a 3 centres d’immersion linguistique pour enfants qui emploient du personnel corsophone (un vingtaine) et un service de la CTC centré sur l’étude et l’expertise en matière linguistique (13 employés).»

Pénurie

Même problématique en Occitanie, au Pays Basque nord et en Bretagne où les secteurs de l’enseignement et de la petite enfance constituent l’essentiel des offres d’emploi en langue locale. Les écoles en breton Diwan connaissent même actuellement de sérieux problèmes de recrutement. En témoigne la fermeture récentes de deux établissements en Loire-Atlantique, faute d’enseignant. Chaque année pourtant, les collectivités locales bretonnes mènent des campagnes d’affichage pour inciter les aspirants enseignants à se tourner vers la langue celtique. Car, l’emploi en langue bretonne est loin d’être négligeable : Il représenterat même 1200 équivalents temps-plein selon Ofis ar Brezhoneg (l’Office du breton).

Au-delà du secteur de l’enseignement, il existe par ailleurs quelques îlots : En Occitanie des chargés d’études sont parfois recherchés pour valoriser tel ou tel territoire. La langue d’Oc apparaît ici comme une valeur ajoutée pour des régions enclavées. Même chose au Pays Basque où des « chargés d’euskara » (la langue basque) sont employés par les communautés de communes. En Bretagne, certains supermarchés ont des caisses « spéciales brittophones », cela permet notamment de satisfaire les plus anciens et… les plus jeunes. Les médias locaux demandent aussi parfois des journalistes familiers de la langue de Roparz Hemon, de Bernardo Atxaga ou de Frédéric Mistral.

Et le secteur est organisé. Pour recenser toutes ces offres d’emplois, des sites spécialisés ont été mis en place : labourzo.org (« il y a du travail » ) pour le breton et emplec.com (« emploi ») pour l’Occitan. Institut Culturel Basque EKE compte aussi un espace dédié sur son site.

L’exception alsacienne

Loin de l’hyper-spécialisation des offres d’emploi en langue régionale, l’Alsace apparaît comme une exception. Isabelle Schoepfer, directrice de l’Office pour la Langue et la Culture d’Alsace (OCLA) en explique la raison : « La norme écrite de l’Alsacien est l’allemand standard (« Standarddeutsch »). Un alsacien peut donc parfaitement se débrouiller de l’autre côté du Rhin. Or, aujourd’hui, l’Allemagne souffre d’un manque de main-d’oeuvre chronique. Pendant longtemps, beaucoup d’alsaciens allaient ainsi travailler en Allemagne.» De nos jours, la langue alsacienne étant beaucoup moins transmise, la tradition des « travailleurs frontaliers » s’effrite. Pourtant, de l’autre côté du Rhin, on manque cruellement de plombiers, de soudeurs ou de cuisiniers germanophones. C’est ainsi qu’au lieu des travailleurs alsaciens traditionnellement bilingues, les allemands embauchent désormais « de jeunes espagnols à qui les patrons payent des cours d’allemand » selon Isabelle Schoepfer.

Marché interne

Mais là où l’Alsace démontre une vraie originalité c’est que le secteur de l’emploi en alsacien compte aussi un marché interne. Et celui-ci est bien loin des habituels « enseignement-petite enfance » des autres langues régionales. La raison en est simple : malgré un net recul de la pratique chez les jeunes, l’alsacien reste souvent la langue première chez les plus anciens. Ceci entraîne l’existence de tout un aéropage d’emplois où la connaissance de la langue est quasiment obligatoire. « Dans les maisons de retraite, le fait que les personnes âgées puissent s’exprimer dans leur langue maternelle avec le personnel est quelque chose de très important, on prendra donc prioritairement des personnes connaissant l’alsacien » indique Isabelle Schoepfer. En Bretagne, une situation voisine entraîne une réflexion sur le sujet. Le réseau d’écoles en breton Diwan s’interroge, par exemple, sur l’éventuelle création d’une filière technique « sanitaire et social » au lycée de Carhaix (29).

92% des plus de 60 ans parlent alsacien

Mais la consultation du site internet de Pôle Emploi révèle que la gamme des emplois est encore plus large en Alsace. Serveurs, employés du bâtiment, livreurs de fuel, en tout c’est une bonne dizaine d’annonces dans des secteurs très disparates qui exige la connaissance de la langue. Explication : là encore, si un employé est amené à travailler auprès de clients âgés, la connaissance de l’alsacien « rassure » selon le mot d’Isabelle Schoepfer qui rappelle une réalité : « l’alsacien est encore parlé par 92% de la population de plus de 60 ans ici et constitue souvent leur langue dominante».

Au regard de la proximité avec l’Allemagne et de la Suisse Alémanique, le secteur du tourisme est également une niche pour une langue alsacienne loin d’être éteinte.

Trois groupes de langues

L’exemple alsacien montre donc l’existence de trois groupes de langues en matière d’emploi : celles qui bénéficient d’un « pays grand-frère » pourvoyeur d’offre d’emploi. Outre l’Alsace, la Catalogne nord (la quasi-totalité des Pyrénées-Orientales) peut également compter sur des demandes constantes émanant d’un voisin puissant. Le Pays Basque nord est lui dans une autre réalité. Loin de la riche Generalitat de Catalogne, le Pays Basque sud, côté espagnol, connaît une terrible crise économique qui induit une absence d’opportunité d’emplois pour les bascophones du nord. « De toute façon, de tout temps, ce sont plutôt les basques du sud qui sont venus travailler chez nous que l’inverse » indique Terexa Lekumberry de l’Institut de la langue Basque EKE.

Un deuxième peloton regroupe des langues ne bénéficiant pas du marché d’un « pays frère » : le corse, le breton, l’occitan et donc le basque.

Enfin, une troisième famille rassemble les « petites langues régionales » à la vitalité moindre mais au secteur associatif parfois diablement actif. Le normand, le poitevin, le picard ou l’arpitan sont parmi ces idiomes. Ici on constate les mêmes caractéristiques que pour le breton ou l’occitan mais à une échelle beaucoup plus réduite. A la tête de ce groupe, on retrouve le gallo, la langue romane parlée traditionnellement dans l’est de la Bretagne. « Notre marché de l’emploi est infime mais il existe » explique Mikael Genevée, président de l’Andon dou Galo. Là encore, le secteur de l’enfance représente la quasi-totalité des opportunités plus quelques ouvertures dans le secteur des personnes âgées et de l’associatif.

Prospective

Existe-t-il d’autres terres de conquêtes en matière d’emploi pour les langues régionales ? L’enseignement catholique y croit. La rentrée de septembre de l’Institut de Rondeaux à Vannes (56) aura, par exemple, vue la mise en place d’un BTS communication trilingue français-breton-anglais. « De plus en plus d’entreprises bretonnes souhaitent communiquer en bilingue breton et français pour mettre en valeur leur identité à travers la langue bretonne notamment ou même pour travailler en interne en breton » affirme l’institut catholique. Communication, tourisme, les défenseurs des cultures régionales avancent d’autres secteurs où leurs langues pourraient se faire une place : de nombreux produits ont aujourd’hui leurs étiquettes bilingues. A l’avenir, il faudra bien trouver de nouveaux traducteurs. Les films et dessins animés doublés en breton, en occitan ou en corse requièrent des « voix » formées au métier également. L’édition en langue régionale est également un secteur en plein développement.

« De toute façon, à l’heure de la mondialisation, les langues régionales deviennent un outil marketing fort, un signe d’ancrage identitaire authentique. Et ça ça peut générer de l’argent et donc de l’emploi » prophétise le militant du gallo Michael Genevée.

Article paru précédemment en breton dans l’hebdomadaire bremañ.

57 COMMENTS

  1. Fentus e vefe ma ne raje ket an dilabour e reuz er vro-man.
    Evel merket er pennad, er skolioù hag an tamm en animan ez eus labour. Neuze postoù-labour distabil, darn-amzer, diwar arc’hant foran an darn vrasan anezho (skozellerien skol skarzhet goude 2 vloavezh labour d’ar muian, paeet 20 eurvezh ar sizhun).
    Labourzo ? Gwir eo ez eo talvoudus, hogen pet kinnig-labour war an dro ? 10, 20 d’ar muian tout ?
    Pet post kelenn ? Evit ar C’hAPES, 1 pe 2 bep bloaz, ha kement all evit ar C’hAFEP.
    Pezh a c’halfe bezan takvoudus diouzhtu : deskin brezhoneg d’ar glanvdiouerien, ha deskin micher klanvdiouer d’ar vrezhonegerien yaouank, rein a rafe talvoudegezh d’hon embreg ha talvoudus e vefe evit ar vrezhonegerien niverus a vez o krevin en ospitalioù ha tiez ar re gozh.

    Pet post-labour en ho pennad ? 1200 ? bezit sonj ez eus bet dic’hopret war-dro 900 a dud e Lambaol-Gwimilio warlene.

    Echu eo ma frezegenn, c’hoarzhin ne fell din mui.

  2. Nous on cherche un proff de Breton pour notre Assos et on ne trouve pas. Il faut croire que toutes les personnes qui ont suivi une formation en Breton trouvent toutes du boulot et c’est bien, mais ce serait bien aussi qu’ils pensent aux associations qui veulent promouvoir notre langue en dehors des circuits scolaires !!!

  3. La carte ne parait pas très précise en effet….

    la langue bretonne est une réalité culturelle à l’ouest d’une ligne St Nazaire/St Bieuc et le Gallo ne sort par beaucoup de l’Ill et Vilaine.

    Bon c’est domage, mais la Loire Atlantique ( à part la presqu’ile Guerandaise) ne parle pas, n’a même jamais parlé breton, pas plus que gallo…

    Vite, une Bretagne réunifiée pour imposer cela… démocratiquement tout de même pour que tout le monde puisse payer le surcout du bilinguisme.

  4. Cette carte me file des boutons. Le breton est beaucoup plus parlé que le gallo et sur votre carte on a l’impression que c’est l’inverse. L’aire traditionnelle du breton va bien plus loin à l’est que ce qui est marqué sur cette carte. De Plouha à Sarzeau. De plus aujourd’hui on parle breton à l’est de cette ligne; Dans le pays de Saint Brieuc par exemple 10% des gens déclarent parler breton. Dans l’est du morbihan aussi. Donc on parle breton dans les 3 quarts ou 4 cinquièmes du territoire breton.

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