Du nouveau pour l’épave du chalutier Coelacanthe.

celacanteLe 29 janvier, le Préfet Maritime de l’Atlantique a annoncé que l’épave du chalutier Coelacanthe ne constituait, de son point de vue, ni une menace pour l’environnement ni une menace pour la navigation. Il considère qu’elle peut rester où elle est. C’est l’expression de la sagesse maritime dans une affaire qui oppose le parc Marin d’Iroise et l’armateur Jean Porcher depuis plusieurs mois.

Le navire s’est échoué sur des roches appelées « les Pierres Noires » au cours de la nuit du 22 au 23 mai 2014. Elles sont situées au large de la pointe Saint Mathieu, à l’ouest de Brest. Le naufrage a eu lieu alors qu’il remorquait un bateau de plaisance désemparé, en réponse à l’appel des services de la Marine Nationale. Les hélicoptères militaires et les vedettes de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) ont eu le temps d’évacuer tous les marins. Il a fini par couler le 13 juillet après des jours de travail pour essayer de le déséchouer et le remorquer. L’affaire se transforme alors en problème «administrativo-environnemental ». L’épave se trouve en plein Parc Naturel Marin d’Iroise, une zone protégée créée en 2007.

Au cours du mois de juillet, le directeur du parc prend l’initiative de dresser une contravention pour occupation illicite d’une zone protégée contre l’armateur du navire, Jean Porcher. La décision doit revenir au tribunal administratif. La société de monsieur Porcher est sous la menace d’une astreinte de 1000 euros par jour « d’occupation ». Pour une entreprise dont le chiffre d’affaire annuel est d’environ 7 millions d’euros (2013) et qui a perdu un chalutier quasiment neuf, la menace est importante.

Depuis fin août, l’armateur annonce qu’il veut arrêter les frais, pointant du doigt la dangerosité des opérations et le caractère excessif des pertes financières (estimées par lui à 6 millions d’euros). Il n’occupe pas volontairement cet espace protégé. Il s’en serait bien passé ainsi que les 12 marins pécheurs mis au chômage.

Le Coelacanthe s’est échoué parce qu’il a répondu à l’appel des services de surveillance de la Marine. Le recours à la solidarité des gens de mer permet de réserver l’emploi des moyens militaires et de la SNSM pour des cas graves, comme des marins pécheurs blessés sur les chalutiers. L’efficacité et l’efficience du système global de sauvetage en mer dépendent beaucoup de la confiance entre les acteurs privés et étatiques.

Un consensus a été trouvé sur le maintien de l’épave là où elle est, essentiellement compte tenu des impacts économiques pour l’entreprise. L’épave a été grandement dépolluée une première fois par la Marine Nationale. Le carburant a été récupéré. Mais le parc marin demande des opérations de signalisation, de surveillance des futures pollutions éventuelles ainsi que de dépollution complémentaire (batteries électriques, quelques solvants, plastiques,…). La menace de l’amende perdure. « C’est sûr qu’à force de ne rien faire, la menace pourrait devenir effective » a annoncé le président du parc marin.

Jean Porcher a accepté le principe d’un devis complémentaire de 117000 euros. Mais il considère trop dangereux de faire intervenir des plongeurs à cet endroit de fort courant à cette époque de l’année. Il s’inquiète également de la durée de la surveillance de l’épave imposée par le Parc Marin d’Iroise, annoncée pour l’instant à 2 ans maximum.

« il faudra retourner voir la coque de ce navire » a commenté le préfet au Télégramme de Brest. Toutes les parties en présence sont bien conscientes que lorsque les conditions de travail sur l’épave redeviendront acceptables, il n’y aura sans doute vraiment plus grand-chose à dépolluer.

Les propos du préfet maritime semblent faire pencher la balance envers la solution de réalisme prônée par l’armateur. Le parc marin d’Iroise peut cependant toujours se tourner vers le tribunal administratif. Il n’est guère aisé de prévoir les conséquences d’une telle affaire à moins de deux mois des cantonales. Après celles-ci, le président actuel du parc Marin d’Iroise, Pierre Maille, ne sera plus président du conseil général du Finistère et n’aura logiquement plus sa place au conseil de gestion du parc.

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