Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : l’Angleterre et la Bretagne.

brexit-map-945Ainsi donc les habitants du royaume d’Angleterre et la principauté des Galles souhaitent que la Manche, la mer bretonne en breton, le Channel (ou canal) en anglais, redevienne une frontière une nouvelle fois, que la Bretagne soit coupée encore une fois de son grand voisin du Nord. La création de l’Union européenne était parvenue à effacer cette frontière. Elle envisageait même de former une grande région dont la Manche ne serait qu’un grand fleuve qui l’irriguerait. Mais encore une fois… Et pourtant l’histoire des liens entre la Bretagne et de l’Angleterre-Galles est extrêmement riche, autant, voire davantage que ses relations avec ses voisins de l’Est.

Tout d’abord, les traces néolithiques trouvées des deux côtés de la Manche révèlent des traits communs. Les quelques récentes données génétiques révèlent des populations de même origine. Il est clair que les relations maritimes intenses à l’époque antique unifiaient les deux côtes de la Manche. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque romaine, la Bretagne actuelle appartenait à la province de Lyonnaise, l’Angleterre et le pays de Galles se nommaient la Bretagne. Lorsque l’Empire romain commença à décliner, des populations de la Bretagne insulaire vinrent s’installer dans ce qui allait devenir la Bretagne continentale. Ils seraient venus pour protéger au IVe siècle les côtes bretonnes et pour peupler une région désertée, mais cela n’est pas sûr, à cause de la peste, des ravages des pirates et bagaudes (esclaves révoltés et soldats déserteurs). En quelle quantité, on ne sait pas ? Un siècle plus tard, d’autres Bretons insulaires quittaient leur île pour fuir les ravages saxons à l’est et surtout les pirates venus d’Irlande à l’Ouest. Du moins, c’est ce que l’on croit car on a longtemps cru qu’ils avaient désertés villes, villages et campagnes en grand nombre pour rejoindre le continent. Cependant les récentes découvertes archéologiques et la génétiques indiquent d’en fait ils y sont restés et se sont accoutumés à la présence saxonne et l’ont même intégrée. Une hypothèse fait de Cédric, premier roi saxon de Wessex, un Briton ou Breton insulaire. Lui et ses descendants auraient mis fin aux royaumes britonniques de Bretagne insulaire tandis que ceux de Bretagne continentale auraient perduré. De cette époque, les deux côtés de la Manche conservent le souvenir d’Arthur, ce roi mythique aujourd’hui célébrissime mais aussi de ces saints, fous de Dieu mais aussi princes et organisateurs d’une structure politco-religieuse qui a perduré pendant des centaines d’années.

Lorsque les pirates vikings ravagèrent la Bretagne profitant de ses rivières qui s’enfonçaient largement à l’intérieur des terre, les princes bretons descendants des rois de Bretagne allèrent se réfugier de l’autre côté de la mer : Alain de Poher (mort en 952) vécut chez son parrain Athelstan (mort en 939), le premier roi d’Angleterre, avant de revenir en Bretagne avec les navires du roi pour devenir le premier duc de Bretagne sous le nom d’Alain Barbetorte. Faisons un bond d’un siècle : à Hasting (en 1066), l’aile droite (ou gauche, je n’arrive jamais à me rappeler, peu importe) de l’armée de Guillaume le conquérant, alors duc de Normandie, était composée de Bretons commandés par Alain le Roux et ses frères, fils du comte Eudes de la maison ducale de Rennes. Victorieux, Guillaume, devenu roi d’Angleterre, ne fut pas avare en récompenses : Alain le Roux eut des centaines de manoirs dans le Richmondshire (qui a voté majoritairement pour le Brexit) et dans plusieurs autres comtés. Son frère eut le comté de Cornouaille. Ils se trouvèrent donc à un niveau égal à celui de Raoul de Gaël, autre breton, qui était si proche du roi Edouard le confesseur (et donc avant l’arrivée de Guillaume le conquérant) qu’il obtint le comté d’East Anglia. Rassurez-vous l’implantation des hommes de guerre bretons en Angleterre ne s’arrête pas là. Henri Beauclerc, fils cadet de Guillaume le conquérant, poursuivi par ses frères ainés, trouva refuge en Bretagne, dans la région de Fougères-Dinan. Il y recruta des hommes d’armes qui l’aidèrent à montrer sur les trônes normands et anglais. En récompense, ils eurent fiefs et châteaux, tels les seigneurs de Dinan et bien sûr le fils du sénéchal héréditaire de l’évêché de Dol, ancêtre direct des Stuart (Stuart venant de Stewart qui signifie sénéchal) qui s’installèrent en Ecosse avant d’en devenir les rois au XIVe siècle.

Lors de l’Anarchie, les Bretons jouèrent un rôle majeur : le petit-fils d’Eudes de Rennes, Alain, alors comte de Richmond, fut un des principaux soutiens du roi Etienne de Blois tout comme Hervé de Léon qui épousa la fille de ce roi. Mathilde et son fils Henri Plantagenêt furent secourus par Bryan fils de Comte, c’est-à-dire le fils bâtard du duc Alain IV de Bretagne. En récompense, il devint le puissant seigneur de Wallingford. Les historiens parlent de l’aristocratie anglo-normande, mais en fait on devrait dire la noblesse anglo-brito-normande ou la noblesse de la Manche, tant ce canal était traversé par les membres de cette noblesse qui devaient gérer sur le continent et en Angleterre des fiefs considérables. Il faut savoir que la richissime noblesse actuelle anglaise a de nombreuses origines bretonnes, tel le duc de Norfork, premier duc d’Angleterre, maréchal d’Angleterre et qui en tant que tel doit organiser le couronnement des souverains anglais. Le duc de Bretagne possédait la 3e fortune foncière anglaise : Alain de Rennes, comte de Rennes, se maria avec la duchesse Berthe de Bretagne et eut un fils, le duc Conan IV, qui vécut très longtemps en Angleterre.

Bien sûr vous avez reconnu en cet Henri Plantagenêt Henri II, roi d’Angleterre, et époux d’Aliénor d’Aquitaine. Il vint de nombreuses fois en Bretagne, surtout pour soumettre les vicomtes de Léon, rebelles à son autorité, qui menaçaient les liens maritimes entre l’Angleterre et l’Aquitaine. Comme en Bretagne Conan IV ne se révéla pas à la hauteur, Henri II le contraignit à abdiquer en faveur de sa fille unique, Constance, alors une enfant, qui fut confiée à Aliénor d’Aquitaine, en attendant qu’elle ne soit mariée au 3e fils d’Henri II. En attendant ce roi gouverna la Bretagne jusqu’à sa mort en 1183. La Bretagne appartenait alors à l’empire Plantagenêt. A la mort de Richard Cœur de Lion, fils d’Henri II, son neveu, Arthur, devait hériter de cet empire qui allait d’Ecosse aux Pyrénées. Comme Arthur était par sa mère, Constance, duc de Bretagne, il se reposa sur les Bretons, en vain car il fut fait prisonnier par son oncle, Jean sans Terre, qui l’exécuta en 1203. Les Bretons le vengèrent : ils aidèrent le roi Philippe Auguste de France à s’emparer de la Normandie. En 1205, eut lieu un véritable séisme en Angleterre (il y en aura d’autres : sous Henri VIII avec les confiscations des monastères, sous Cromwell au XVIIe siècle, la Première guerre mondiale qui faucha la puissante noblesse anglaise et peut-être bientôt le Brexit) : ceux qui avaient des terres sur le continent furent contraints par le roi Jean sans Terre d’y renoncer. Si l’on regarde les origines des seigneurs du Nord de l’Angleterre qui se rebellèrent contre Jean sans Terre et qui furent à l’origine de la Grande Charte de 1214 (ou Magna Carta), on trouve beaucoup de traces bretonnes. Deux des 25 signataires de ce document fondateur de la démocratie moderne étaient des Bretons : Guillaume de Lanvallay et Guillaume d’Aubigné. Jean sans Terre ne put respecter ses engagements et dut subir l’invasion de l’Angleterre par Louis de France et son ami… Pierre de Dreux, époux d’Alix, duchesse de Bretagne.

Les liens de la Bretagne avec l’Angleterre ne s’arrêtent pas. Les ducs de Bretagne jouèrent une politique de bascule entre leurs puissants voisins anglais et français qui étaient aussi leurs proches parents. Jean II de Bretagne (mort en 1305) se maria avec Béatrix d’Angleterre. Son beau-frère, Edouard Ier d’Angleterre, fut son meilleur ami. Il lui confia l’éducation de son fils cadet, Jean, qui obtint à sa mort le comté de Richmond. Meilleur ami d’Edouard II et parrain d’Edouard III, c’est lui qui s’opposa en Ecosse à Robert Bruce et à William Wallace (on le voit un peu dans le film Braveheart). La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) montre à quel point la Bretagne était un enjeu majeur pour les rois d’Angleterre et de France. Il est clair que le comportement des Anglais ne les fit pas aimer des Bretons. Jean IV de Bretagne (mort en 1399) dut son trône à la victoire d’Auray remportée surtout par les troupes anglaises de Chandos. Il se maria à deux reprises à des princesses anglaises et n’oublia jamais ses longs séjours en Angleterre dans son comté de Richmond. Sa veuve et 3e épouse, Jeanne de Navarre, se remaria… au roi d’Angleterre, Henri IV. Son second fils, Arthur de Richemont, futur connétable de Bretagne et duc de Bretagne (Arthur III de 1457 à 1458) travailla un temps pour les Anglais. Souvent les ducs de Bretagne plaçaient un de leurs fils à la cour du roi de France et un autre à la cour d’Angleterre. Ainsi, Gilles de Bretagne, fils de Jean V, fut si apprécié par le roi d’Angleterre que son frère, le duc François Ier, finit par en prendre ombrage et le faire exécuter pour alliance avec l’ennemi anglais. Le duc François II (mort en 1491) ne les prenait pas pour des ennemis : à la bataille de Saint-Aubin du Cormier (1488), 300 Anglais se fit massacrer pour lui. Il est vrai que le roi d’Angleterre, Henri VII Tudor, avant d’être roi, s’était réfugié (un peu contraint et forcé) en Bretagne durant la guerre des Deux roses qui ensanglanta l’Angleterre.

Les liens commerciaux entre la Bretagne et l’Angleterre étaient plus que considérables. Les archives anglaises et bretonnes parlent souvent de ces relations, des traités de commerce, des difficultés à les exécuter. Dans la série très bien documentée concernant la vie de Thomas Cromwell, principal conseiller d’Henri VIII, on voit le roi parler des marchands-navigateurs bretons car ils se trouvaient concurrents de leurs homologues anglais et gallois.

Force est tout de même de constater que depuis la guerre de Cent ans, les rapports Bretons-Anglais ne furent pas tendres : l’occupation de nombreuses forteresses surtout maritimes par les Anglais a été très dure, s’apparentant à du pillage. Brest resta anglaise pendant presque cent ans. Bon, c’est vrai que ce sont les Anglais qui ont payé la construction du château de Brest. Du Guesclin et ses milliers de Bretons détestaient les Anglais. Il est vrai qu’ils les ont combattus partout, en Bretagne, en France, en Espagne. Pendant toute cette guerre couvrant tous les XIVe et XVe siècle, les Bretons étaient devenus les pires ennemis des Anglais. Ce sont eux qui mirent fin à cette guerre lors de leur intervention décisive à la bataille de Castillon en 1453. Ils tentèrent même d’aider les Gallois à reprendre leur indépendance : Jean de Rieux en 1407, afin de venger une expédition anglaise sur les côtes anglaises non loin de chez lui, partit avec 2800 hommes soutenir Owain Glyndŵr qui s’était proclamé, en 1400, prince de Galles. Ils envahirent même l’Angleterre. La principauté de Galles redevint indépendante pendant un temps.

La rivalité pour le contrôle des mers, mer d’Iroise et surtout Manche, devint croissante avec l’expansion économique et donc commerciale. Les incursions anglaises sur les côtes bretonnes répondaient à des pillages bretons des villages et des ports bretons. Jean Coatanlem, le marin-marchand morlaisien, répondit aux attaques des armateurs de Bristol sur Morlaix, en allant piller leur ville en 1485. François II lui retira sa confiance car il était alors l’allié du roi d’Angleterre et Coatanlem partit offrir ses services au Portugal qui devint, grâce à lui, la première puissance maritime d’Europe.

Au XVIe siècle, la découverte de l’Amérique, les conflits religieux issus de la Réforme et de la Contre-Réforme et « l’Union » de la Bretagne à la France n’arrangèrent rien. Le commerce transatlantique devint colossal. L’Angleterre et le pays de Galles devinrent protestants alors que la Bretagne restait catholique. Les ducs de Bretagne avaient disparu et c’étaient maintenant les rois de France et leurs ministres qui décidaient des grandes orientations politiques et économiques. La Manche était devenue une grande zone de conflit. On n’y comptait plus les escarmouches et les batailles navales. La reine d’Angleterre, Elisabeth Ier, tenta de profiter d’une des guerres de religion, la guerre de la Ligue, pour s’emparer de plusieurs ports bretons, surtout de Brest, imitant ses prédécesseurs. Son marin, Norreys, avec 3 000 hommes entre 1591 et 1593 alla jusqu’à prendre Guingamp, mais finit par s’emparer seulement de la forteresse de Crozon alors entre les mains des 200 Espagnols catholiques de Philippe II. La maladie le rattrapa et il perdit la moitié de ses troupes. Il finit par évacuer la Bretagne.

Les royaumes de France et d’Angleterre avaient alors le même but : contrôler les routes maritimes et se tailler des empires coloniaux. La Bretagne et les Bretons furent bien utiles à la France pour remplir ses objectifs. Si à cause des guerres de religion, la France avait pris du retard, l’Angleterre en profita par une politique maritime volontariste pour devenir une grande puissance navale. Le catholique cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII, s’appuya sur la Bretagne pour les rattraper. Gouverneur de Bretagne et de Brest, il fut à l’origine de Brest alors avant lui pauvre bourgade et de Port-Louis. Son successeur Fouquet, d’origine bretonne, voulut accentuer son œuvre maritime en faisant de son marquisat de Belle-Isle une place maritime, mais il fut arrêté et emprisonné. Colbert voulut continuer sur cette lancée, mais il faut l’avouer avec moins de conviction. Il est vrai que son maître, Louis XIV, décida de porter ses efforts sur bassin méditerranéen afin de s’emparer de son héritage espagnol (Espagne et Italie). Les Bretons faisaient pour gérer l’avancée anglaise. Les marins bretons devinrent pirates et corsaires, surtout ceux des ports de la Manche. La Bretonne Louise de Kerouale fut mise dans le lit de Charles II d’Angleterre, de 1671 à 1685 pour servir les intérêts français. Elle est l’ancêtre d’une bonne partie de la haute aristocratie britannique, y compris aujourd’hui l’héritier au trône, le prince William. Cette politique fut vaine. Les Anglais continuèrent à répondre aux corsaires qu’ils considéraient comme des pirates par des incursions sur les côtes bretonnes. En 1675, lors de la révolte des Bonnets rouges, leurs navires croisaient au large de Morlaix. Il semblerait que le chef des Bonnets rouges Sébastien Balps ait espérer en leur débarquement.

La chute des Stuart en 1688 et l’avènement définitif de souverains protestants sur le trône anglais coupa définitivement les ponts. Le roi de France aida son cousin Jacques II, le roi déchu, à débarquer en Irlande. Il fut vaincu à la bataille de La Boyne en 1690. Ses partisans, par milliers, traversèrent la Manche et se réfugièrent en Bretagne. Ce sont eux qui changèrent la donne. Très actifs dans les affaires maritimes, marine de guerre et marine de commerce, ils détestaient les Anglais protestants. Ils soutinrent de toutes leurs forces donc la politique belliciste de Louis XIV, Louis XV et de Louis XVI envers l’Angleterre. De nombreux Bretons les rejoignirent surtout lorsque Louis XV et surtout Louis XVI mirent des moyens énormes dans la Marine et dans le développement et la modernisation des ports bretons. La Motte-Picquet, Guichen, principaux commandants des navires de Louis XVI, étaient Bretons. Louis XVI à la veille de Révolution, après sa victoire en Amérique du Nord (qui permit de créer les Etats-Unis – La Fayette est à demi-Breton), était le souverain le plus puissant du monde. Des arsenaux de Brest, de Lorient, de Saint-Nazaire sortaient des centaines de navires, peuplés de milliers de marins, souvent bretons. La base navale de Brest était sans doute une des plus puissantes d’Europe. Les Anglais répliquaient : en 1693, ils attaquèrent Saint-Malo en vain. Les batailles navales succédaient aux batailles navales. Les marins français (dont beaucoup de Bretons) faits prisonniers mourraient par milliers dans les pontons, véritables « camps de concentration ». Mais Louis XVI semblait l’emporter. Bougainville fit une expédition particulièrement remarquée que poursuivit après sa mort son second le Breton Fleuriot de Langle. L’Australie et la Nouvelle Zélande manquèrent de peu d’être françaises. On comprend mieux pourquoi la Révolution française fut accueillie avec plaisir par les Anglais et soutenue par eux. On sait qu’ils déversèrent des sommes énormes sur les révolutionnaires qui aimèrent bien être corrompus.

La Révolution permit aux Anglais de reprendre le contrôle de la mer, surtout des côtes bretonnes. Durant la Révolution et l’Empire, les navires ne sortaient plus des ports bretons. Les frégates anglaises y veillaient. Et puis la marine française était désorganisée par l’émigration des capitaines, dont beaucoup étaient des nobles bretons. Les îles bretonnes étaient alors occupées par les Anglais. Dans les ports bretons on crevait de faim. Et après l’Empire, la Bretagne se détourna de la mer. Et l’Angleterre devint la plus grande puissance maritime, coloniale et économique du monde pendant que la Bretagne vivait des années les plus noires de son histoire. A la fin du XIXe siècle, le charbon qui était utilisé en Bretagne venait du Pays de Galles et les Johnnies, ces léonards, partaient vendre leurs oignons en Angleterre. Le Colonialisme français n’arrangea rien. Pour la France qui créa son second empire colonial, l’Angleterre resta une grande rivale. S’il y a eu l’Entente cordiale, il y a eu aussi l’affaire de Fachoda. La Manche resta donc une frontière, frontière hermétique surtout durant la Seconde guerre mondiale. Les Allemands qui ne tenaient pas les mers couvrirent les côtes bretonnes de bunkers. Et pour les Anglais, tout ce qui venait de Bretagne signifiait la mort : les U-boots qui partaient de Lorient et de Brest et les bombardiers qui ravagèrent Coventry. Ce ne sont pas les Anglais qui libèrent la Bretagne mais les Américains. Il est vrai qu’en Bretagne, ils n’étaient guère bien vus : ils avaient torpillé les navires de la flotte française, dont le Bretagne, à Mers-El-Kébir en 1940, tuant plus d’un millier de Bretons et souvent à Brest on se moquait de l’imprécision des aviateurs anglais qui bombardaient. Mais ces aviateurs n’en voulurent guère aux Bretons. Il est vrai aussi que beaucoup, qui avaient dû sauter en parachute, durent leur rapatriement au courage des réseaux de résistants bretons. Et puis, des centaines de Bretons vivaient à Londres et en Angleterre après s’être ralliés au général de Gaulle.

L’adhésion du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, il y a 43 ans, permit d’ouvrir cette frontière qu’était la Manche. On n’a plus besoin de visa pour se rendre en Angleterre et dans le Pays de Galles et les Anglais et les Gallois visitent et vivent en Bretagne comme bon leur chante. Des dizaines de milliers de Bretons vivent en Angleterre et surtout à Londres. Les grands historiens de la Bretagne sont Gallois et Anglais. Jamais je n’aurais pu écrire cet article sans leurs travaux. Les liens économiques, culturels (regardez le festival interceltique de Lorient) et même politiques n’ont jamais été aussi intenses. Et il faudrait remettre tout en cause parce que les Anglais et les Gallois de Downtown abbey (même si j’adore cette série) l’ont emporté sur les Anglais et les Gallois des Startup.

Frédéric Morvan, tous droits réservés.

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