Brest : Deux nouveaux actionnaires au Chantier du Guip

Brest, mardi 14 janvier 2020, Avec le départ en retraite de Paul Bonnel, le Chantier du Guip se restructure et l’actionnariat évolue : Tegwen Mauffret, le fils de Yann Mauffret (gérant du chantier), et Louis Mauffret entrent au capital avec chacun 25 % des parts. Tous deux sont loin d’être de nouveaux venus puisqu’ils travaillent déjà au chantier. Charpentier de marine confirmé, Tegwen aura la responsabilité de la construction-restauration, tandis que Louis gérera la partie financière et administrative. Le siège social sera désormais à Brest.

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Une histoire de près de 40 ans déjà
Il y a près de 40 ans, en 1981, Yann Mauffret et Alex Abarrategui, rejoints en 1983 par Paul Bonnel, reprenaient le chantier naval créé par Francis Duwez au fond de l’anse du Guip, sur l’île-aux-Moines, dans le golfe du Morbihan. Ensemble, les trois compères reconstruisent le premier bateau du patrimoine, le Nicolas Benoît, un sinago. C’est le premier d’une longue série de bateaux traditionnels en bois : les sinagos, deux misainiers bigoudens, le langoustier Corbeau des mers, ou le cotre écossais Seagull ; Belle Angèle ou le Grand Norven, sardinier de Piriac… La liste est longue.

Et puis arrive Brest 92 et le concours « Bateaux des côtes de France » lancé par Le Chasse-Marée. La ville confie au Guip la construction de la Recouvrance, réplique d’un aviso de 41 m du début du XIXe siècle.
Au bout de dix ans d’activité, le chantier du Guip reçoit le Trophée du Bois « Charpente marine » ainsi que le premier prix de construction du concours « Bateaux des côtes de France ». La réputation du Guip grandit, les commandes viennent bientôt de toute la France, puis de propriétaires de yachts européens.

La vocation des deux sites évolue : le chantier de Brest, dirigé par Yann Mauffret, est équipé pour construire et restaurer de grandes unités. Le site de l’île-aux-Moines, sous la houlette de Paul Bonnel, se spécialise dans des unités plus petites et lance par exemple la série des Guépards ou encore 6 bateaux de pêche polyvalents pour des ports allant de Douarnenez à Saint-Brévin.
Avec le départ en retraite de Paul Bonnel, le Chantier du Guip se restructure. Le site de l’île-aux-Moines est désormais dirigé par Frédéric Bourges. L’actionnariat évolue aussi : le fils de Yann, Tegwen Mauffret, et Louis Mauffret entrent au capital avec chacun 25 % des parts. Tous deux travaillent déjà au chantier. Charpentier de marine confirmé, Tegwen aura la responsabilité de la construction-restauration, tandis que Louis gérera la partie financière et administrative. Le siège social sera désormais à Brest.

Pen Duick entièrement restauré
Le légendaire Pen Duick, premier du nom, a retrouvé la mer après un an et demi de restauration. En présence de Jacqueline et Marie Tabarly, la bâche protectrice du Pen Duick a été retirée le 16 mai 2019, quai Commandant-Malbert à Brest, au Chantier du Guip.

Classé Monument historique en 2016, Pen-Duick est le premier bateau d’Éric Tabarly. Le cotre dessiné en 1898 par William Fife Junior est un emblème du patrimoine maritime et le voilier français le plus connu du grand public.
La première restauration de Pen-Duick est due à Éric Tabarly lui-même, qui avait décidé en 1958 de mouler une coque neuve en appliquant des couches successives de tissu de verre et de résine polyester sur l’ancienne coque retournée, en plein air, à La Trinité-sur-Mer. Puis les charpentiers du chantier Costantini avaient vidé et reconstruit l’intérieur du bateau : membrures, varangues, barrotage, aménagements…

La restauration actuelle a commencé au Chantier du Guip à Brest, qui a travaillé en liaison avec le chantier de Keroman d’Arnaud Pennarun pour la partie polyester.
La tâche n’a pas été aisée. Le bateau était arrivé avec une coque délaminée et une structure en bois très affaiblie. Ses lignes se déformaient lorsque la mer s’agitait.
Le maître d’œuvre du chantier, Arnaud Pennarun, qui était l’ami d’Éric Tabarly, a restauré la coque polyester en utilisant les techniques modernes de composites : la résine époxy mise en œuvre par infusion.
La restauration impliquait de refaire l’entièreté de la structure intérieure en bois, de réduire les déformations pour enfin retrouver les lignes d’origine du bateau.
« Plus que d’une restauration, il s’agit d’une véritable reconstruction », estime Yann Mauffret.
Pen Duick navigue depuis en Bretagne sud, enchantant les rassemblement de yachts classiques.

Après 18 mois de rénovation à Brest, Sumurun a retrouvé la mer
Le Sumurun, plan William Fife de 1914, a été remis l’eau le vendredi 19 juillet 2019, quai Malbert à Brest. Le grand yacht a touché l’eau au son de la sirène de L’Abeille Bourbon et des applaudissements des nombreuses personnes venues assister à son grutage, pour lequel 2 grues de 120 et 150 tonnes avaient été affrétées.

Construit sur les plans de William Fife et considéré comme l’une de ses plus belles réussites, ce bateau de 28 mètres a été lancé en 1914 au chantier de l’architecte à Fairlie, en Écosse. Il a récemment été acquis par un amateur de yachts classiques, d’ailleurs présent quai Malbert pour assister à la mise à l’eau. Le bateau avait besoin de gros travaux pour retrouver ses lignes d’origine, parce qu’avec le temps, différentes rénovations l’avaient un peu dénaturé, notamment par l’ajout d’un nez d’étrave.

« Nous avons changé l’étrave entière, soit une pièce de bois de 12 mètres de long. Nous avons beaucoup travaillé sur la forme du bateau, redessiné l’avant pour lui redonner l’aspect d’origine, repensé un nouveau plan de voilure et de mâture, pour retrouver son gréement des années 30», précise Yann Mauffret.

Le nouveau propriétaire souhaitait retrouver le gréement de ketch des années 30, ce qui a nécessité un renforcement de la coque au niveau des emplantures de mâts. Ajoutons qu’au fil du temps, diverses modifications avaient généré un transfert des poids vers l’arrière, et il a fallu les recentrer pour retrouver les lignes d’origine. La réalisation des mâts — le grand mât fait 36 m — a été confiée au chantier Pasqui de Villefranche-sur-Mer.
De plus, la sortie d’eau du bateau a permis au Chantier du Guip d’effectuer toutes les adaptations et vérifications des systèmes techniques avec son partenaire, le chantier Navtis.
Le Sumurun, avec sa coque de 28 mètres en teck dans les hauts et en orme dans les fonds, mesure 36 mètres hors-tout, pèse 68 tonnes et dispose de plus de 1 000 m2 de voilure. Il a rejoint à la voile dès fin septembre la Méditerranée pour participer aux régates de Cannes et de Saint-Tropez.

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