Surpêche, pression touristique, braconnage… les mers françaises à la peine

Jeudi 4 juin 2020, Avec seulement 1,5% des mers françaises réellement protégées (malgré les 23,5% annoncés) et des moyens humains et financiers bien trop faibles, la France peine à préserver la santé de son espace maritime. Justement : la nouvelle Stratégie des Aires Protégées est actuellement en préparation, et sera présentée à l’automne 2020. En vue de la Journée mondiale de l’océan qui se tient le 8 juin, France Nature Environnement met en exergue les problématiques locales liées à la mauvaise protection des océans et donne ses recommandations pour une stratégie de protection efficace.

L’océan dans un état préoccupant, la France ne parvient pas à inverser la tendance

La France dispose du 2e plus grand espace maritime au monde : la responsabilité est de taille. Pourtant, entre les pollutions terrestres, l’extraction de sable et le transport maritime qui entraîne une pollution de l’air et du milieu marin tout en déversant illégalement des déchets et du pétrole dans nos océans… les pressions sont nombreuses. Les scientifiques[1] sont formels, l’état de la biodiversité marine française est préoccupant ; et la première cause[2] de cette dégradation est la surpêche et le recours à des techniques de pêche destructrices.

Malgré les alertes, les activités néfastes se multiplient même dans les aires marines dites « protégées ». Le faible niveau de protection dont elles bénéficient ne permet pas à nos océans de se restaurer. Résultat, avec des habitats marins et côtiers fortement dégradés et seulement 6% des espèces marines fragiles dans un état de conservation correct[3], la France n’atteindra pas le bon état des écosystèmes marins en 2020. C’était pourtant l’objectif de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin.

La biodiversité marine en danger même dans les aires « protégées »

En Méditerranée, le CNRS dresse un constat alarmant : seulement 0,23% du bassin méditerranéen est efficacement protégé. Sur l’ensemble du littoral français, à la fois hexagonal et ultramarin, les exemples du faible niveau de protection des aires marines françaises dites « protégées » sont nombreux :

En Corse, dans la réserve naturelle nationale de Scandola, la fréquentation touristique atteint jusqu’à 430 passages de bateaux par jour. Une pression touristique qui a notamment provoqué l’effondrement de la reproduction des balbuzards-pêcheurs : seulement deux poussins se sont envolés en 2019, dans ce site pourtant inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité ! Les atteintes à la biodiversité sont telles que Scandola vient de perdre son label européen des espaces protégés, qui lui avait été attribué en 1985.
Dans la réserve naturelle nationale du Banc d’Arguin, au large du bassin d’Arcachon, de nombreux bateaux et jet-ski perturbent les oiseaux et dégradent les fonds marins[4], censés être protégés. Alors même que les effets néfastes du chalutage et de la drague sur les fonds marins sont connus[5], ces types de pêche ont été autorisés sans avoir fait l’objet d’une évaluation des incidences préalable. Cette évaluation est pourtant obligatoire puisque ce site est aussi classé Natura 2000.
Dans le golfe de Gascogne, chaque année, des milliers de dauphins sont capturés dans les filets de pêche, mettant en péril la survie de cette population. Comme dans de nombreux autres sites Natura 2000, l’absence d’évaluation des incidences de la pêche professionnelle, au détriment de la législation européenne, s’y fait grandement ressentir.
Dans le parc naturel marin de Mayotte, pendant le confinement, plus de trente cadavres de tortues marines (espèce protégée) ont été retrouvés sur les plages, victimes de braconnage. Deux braconniers avaient été interpelés avec plus de 60kg de viande de tortue mais ont été relaxés pour vice de procédure.

Vite : une stratégie nationale plus ambitieuse pour le milieu marin

« Le bilan est catastrophique. Même dans les aires dites protégées, avec des statuts de protection forte, la biodiversité marine souffre de l’activité humaine… il ne faut pas rater l’occasion de rectifier le tir ! explique Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau Océans, mers et littoraux de France Nature Environnement. Tout se joue maintenant, avec l’élaboration de la nouvelle Stratégie des Aires Protégées. C’est le moment de prendre des décisions fortes pour en finir avec les effets néfastes des activités humaines sur les océans, mais aussi accroître leur résilience au changement climatique. C‘est également un impératif pour les populations côtières : leurs activités économiques, comme la pêche, l’ostréiculture, le tourisme et la plaisance dépendent de la bonne santé des océans ! »

Pour une Stratégie des Aires Protégées réellement efficace, France Nature Environnement demande de :

-Porter à 30% la couverture d’aires marines protégées[6] dans l’espace maritime français et garantir une véritable protection dans celles-ci ;
-Rendre effective la protection forte, en bannissant toutes les pressions engendrées par les activités humaines dans au moins 10% de chaque façade et bassin ultramarin ;
-Doter les aires marines protégées de moyens financiers et humains suffisants pour la gestion, la connaissance, la surveillance et l’atteinte des objectifs environnementaux des documents stratégiques de façade ;
-Garantir une représentation équilibrée des différents acteurs dans les instances de gouvernance des aires marines protégées en renforçant la représentation des associations de protection de la nature et de l’environnement.

 


[4] Ce site contient un des plus grands massifs d’herbiers de zostères (une plante aquatique) d’Europe
[5] Rapports de l’Agence Suédoise pour la Gestion de l’Eau et de la Mer sur les effets de la pêche au chalut de fond sur les écosystèmes marins ; Rapports finaux du projet Européen Benthis ; Article de Eigaard.

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