Autodétermination – 
Dimanche 3 décembre, les Corses étaient appelés aux urnes pour le premier tour de l’élection territoriale de l’île. La liste nationaliste de l’actuel président du conseil exécutif de la région, Gilles Simeoni, est arrivée largement en tête avec 45,36% des suffrages selon les résultats définitifs. 20% de plus qu’en 2015.  Jean-Guy Talamoni, allié de Simeoni et actuel président de l’assemblée de Corse, a constaté « Nous avons rassuré les Corses qui n’avaient pas voté pour nous en 2015 ».

Pourtant, depuis hier soir, les médias hexagonaux assurent que “la faible participation” fausse le résultat du scrutin. Il suffit de faire une recherche sur Google News avec le terme “la faible participation Corse” pour le constater.

“La faible participation a abaissé le seuil de qualification au second tour.” dit Le Point. Et les médias français sont unanimes sur “la faible participation” au scrutin corse.

“La faible participation”, l’épouvantail de médias hexagonaux

En France, une constante : quand l’ordre établi risque de basculer, on jette le discrédit sur la source du problème. Et quand le résultat d’un scrutin déplaît aux médias hexagonaux, “la faible participation” -qui discrédite le vote populaire- apparaît pour que rien ne change. C’est le système de défense d’un concept déclinant.

Lors de la consultation catalane sur la volonté d’indépendance, “la faible participation” avait été utilisée pour orienter le sentiment des Français.
Oui, le scrutin n’était pas légal. Oui, il avait été organisé hors de tout cadre. Non, le peuple ne s’était pas vraiment exprimé. Et non, il ne fallait pas croire que le résultat du scrutin était la vraie volonté populaire.
Pourtant, le vote avait été organisé sous la houlette de Carles Puidgemont, Président catalan élu démocratiquement, scrutin annoncé depuis plus d’un an et non contesté dans la rue ou ailleurs par les Catalans eux-même. Le 1er octobre 2017, la presse française s’est exprimée avec le point de vue de “Madrid”, sans tenir compte de la volonté populaire catalane. Ignorance ou parti pris, je vous laisse choisir.

En Corse, “la faible participation” : 52.17%

En Corse, l’ombre de “la faible participation” fait de nouveau son apparition. A l’issue du dépouillement, la préfecture de Corse a publié le taux de participation ainsi que les résultats par liste. Participation au scrutin : 52.17%. Avec un score de 45,36% des votants pour Pè a Corsica le parti de Simeoni, il ne s’agit pourtant pas d’une simple anecdote. Mais la presse hexagonale a sorti “la faible participation” pour orienter l’opinion et tenter de minimiser l’aspiration des Corses à décider pour eux-même.

En France, des députés élus avec une participation de 42.64%

Pourtant, lors des élections législatives françaises, le taux de participation n’était pas supérieur : 48.70% au premier tour. Ni au premier, ni au second tout, la participation au scrutin des législatives 2017 n’a dépassé celle des Corses ce dimanche. Et aucun média n’a noté que la représentativité des députés élus était discutable. Tous ont pris leur poste, sans voir l’ombre du discrédit de “la faible participation” les inquiéter.

Les chiffres n’ont pas de parti-pris

Taux de participation au référendum d’autodétermination 2017 en Catalogne : 42,3% (scrutin perturbé par l’Etat espagnol, bureaux de vote fermés avant l’heure par la police espagnole, etc.)

Taux de participation au premier tour des législatives françaises 2017 : 48,70% des inscrits
Taux de participation au second tour des législatives françaises 2017 : 42,64 % des inscrits

Taux de participation au premier tour des territoriales corses 2017 : 52,17 % des inscrits.

Moralité
“La faible participation” n’est ni objective ni basée sur la réalité des chiffres. Et chacun est libre d’en penser ce qu’il veut.

Alors Français, êtes-vous des veaux* ?

Pendant combien de temps encore, les médias hexagonaux pourront-ils renier la démocratie et taire la volonté des peuples ? De tout temps, les sociétés humaines ont évolué. L’ordre établi ne l’est jamais pour toujours et nous sommes sans doute à la veille de bien des changements en Europe. Il ne sert à rien de le nier ou de le cacher sauf à attiser la haine entre les uns et les autres.

Comprendre et accepter que le monde change permettra des mutations sans haine et sans violence. Après tout, personne aujourd’hui n’imagine que l’humanité aurait pu faire le choix de se figer dans l’antiquité ou le moyen-âge. Alors, j’aimerais lire dans les semaines à venir “Je ne suis pas un veau, je suis Breton” “Je ne suis pas un veau, je suis Alsacien… Corse… Basque… Occitan… Picard…”. Parce que l’avenir de l’Europe ne peut être que celui des peuples.

Le 10 décembre prochain, les urnes parleront en Corse et nous devrons respecter ce qu’elles diront !

*Notez bien que je n’ai rien contre l’animal. Non, je ne fais que reprendre un constat déjà célèbre. Dans “De Gaulle, mon père”, Philippe de Gaulle indique qu’en 1940 à Londres, le Général aurait dit après la signature de l’armistice “Les Français sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent.”

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour. Sur la légalité du scrutin catalan… Il semble que l’Espagne ait signé les traités qui reconnaissent le droit à l’autodétermination. Dans ce cas, il y a contradiction entre deux niveaux de droit : le droit constitutionnel espagnol qui ne permet pas le choix et le droit créé par les traités. Le second prime sur le premier. C’est donc l’Espagne qui était dans l’illégalité en interdisant le référendum. La communauté internationale aurait du réclamer un nouveau référendum, suivant les formes requises, et condamner l’Espagne pour son obstruction au droit d’expression et de détermination.
    La France, l’Allemagne, les Etats-unis ont menti sur la légalité. A part ces pays, peu d’états se sont exprimés, tout simplement parce qu’ils n’ont rien à dire. On a évidemment beau jeu de prétendre que personne ne reconnaîtra l’indépendance de la Catalogne, mais ce n’est justement pas aux états d’en décider, c’est aux Catalans et à eux-seuls. Le reste n’est qu’affaire judiciaire qui finira devant le tribunal international et ne devra alors être considérée que sur le plan juridique et non selon les intérêts de l’Otan. Ensuite les états n’auront plus qu’à entériner la décision de la justice. De bon gré, ou pas.

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