Le mouvement des Bonnets Rouges, une réaction épidermique mais encore ?

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La France s’enfonce dans son système centraliste, une machine coûteuse à entretenir qui doit pour ce faire réquisitionner les énergies humaines et les richesses pécuniaires pour survivre. Or, c’est un miracle qu’un tel système bâti sur plusieurs siècles, renforcé à la Révolution française, puisse encore tenir. Les territoires exploités, comme l’ont été les colonies à travers le monde, finissent par tirer la langue et ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins. Pourtant, on leur demande un sacrifice plus grand pour engraisser le grand Paris, une agglomération généreuse qu’envers elle-même et sa machine. La machine France s’endette, vit sur des richesses virtuelles, s’accroche à son statut économique et financier dans l’entente européenne et la coalition des Nations Unies, avec le maître américain, et surtout s’arrange pour préserver ses positions à travers le monde. Or, voilà qu’au niveau international, cette assurance de stabilité au détriment de millions de personnes vacille.

Les travailleurs, ces bonnes gens, ces Bonnets Rouges…

Alors, la France prend sur ce qu’elle a de plus stable : le monde des travailleurs, des bonnes gens qui en toute honnêteté se lèvent le matin pour faire fonctionner tout ça. Car, au fond d’eux-mêmes, ces derniers se disent qu’il faut bien assurer un avenir à nos enfants, même dans un mauvais système. Plus encore, l’espoir de réformer ne tient qu’au maintien d’acquis, même mauvais. Certains ont choisi d’être en marge total du système, pour combien de temps et avec quelle influence sur leurs pairs ? Aucune. Un fonctionnement qui s’écroule du jour au lendemain ne laissera place qu’au chaos et ça, l’honnête « citoyen », mot galvaudé, l’a bien entendu. Donc, il se tait, grogne parfois un peu, et trime. Mais c’est lui qui a raison… jusqu’à un certain point !

Cet homme, c’est le Bonnet Rouge, le monsieur tout-le-monde qui subit plus que la moyenne, déjà bien basse, les assauts de l’Etat centralisateur : taxes, impôts, charges, amendes, chômage… sur fond de remontrances coûteuses, infantilisantes et de surveillance due à la délinquance d’un petit nombre. Bien conscient que cet acharnement est dirigé par des magouilleurs, des politiques mafieux, parfois de grands délinquants impunis par la « justice » de ce même pays, le Bonnet Rouge ne sait plus à quel saint se vouer : voter ou non. Certains caressent encore l’espoir d’une once d’honnêteté dans un vote qu’ils croient utile, d’autres refusent d’entendre totalement ce mot « politique » et ne votent plus, et un petit nombre a choisi de faire le grand saut en pensant Bretagne, sans concessions inutiles.

Le point commun étant une usure à l’extrême, la mise en place d’une taxe supplémentaire, comme l’écotaxe, ou des licenciements massifs dans une entreprise poussent patrons et salariés dans la rue. Cette étrange coalition a fait couler beaucoup d’encre en France, elle a suscité de longues critiques des syndicats se sentant dépassés par un mouvement de travailleurs étranglés qu’ils n’attendaient pas… Il faut être les deux pieds au bord du ravin pour saisir. En effet, dans ce système incohérent, tout le monde est attaché au bord du précipice, si l’un tombe, tout le monde tombe ! Le salarié méprisé se retrouve à défendre son existence auprès du patronat ; le petit patron mange quant à lui la même soupe que ses collègues-employés.

Une machine France à enrayer, des Bonnets Rouges qui doivent voir plus loin que le bout de leur nez !

Cette machine France, ennemi de l’égalité, du développement harmonieux n’est pas prête de s’arrêter ! Elle supprime les services publics, les hôpitaux, en mettant en danger la santé publique (sauf à Paris où les hôpitaux sont distants de moins de 15 km les uns des autres) : on privatise, on laisse aux régions ce qui est coûteux et précieux mais sans transfert de budget, l’histoire de ne pas éveiller des velléités d’indépendance par le droit à l’expérimentation ! Les trains TER, les services sociaux, la santé… sont financés par la Région et les départements, avec les maigres miettes que Paris veut bien nous laisser. A ce sujet, il est surprenant de voir combien nos proches sont anesthésiés puisqu’ils ne réagissent plus à l’un des plus gros scandales de ces dernières années : une nouvelle étape dans la centralisation, voire le coup de grâce, par la réquisition encore plus importante de nos ressources par et pour Paris.

C’est une pierre d’achoppement contre laquelle le mouvement des Bonnets Rouges trébuche régulièrement. Sans mûrir politiquement, l’image de la vitalité de ces milliers de Bonnets Rouges réunis à Quimper ou Carhaix autour de ces chefs de file politiques et syndicaux, ne restera qu’une révolte tout aussi sporadique que spectaculaire.

Nombreux en effet sont celles et ceux qui réagissent encore dans un cadre purement franco-parisien. On espère faire changer Paris, modifier, réformer une France irréformable. Alors, on en voit défiler à Paris, pour les artisans français, les routiers français, les salariés de l’agro-alimentaire français… etc. Le serpent se mord la queue, les tenants du corpus revendicatif de Morlaix se tirent une balle dans le pied. Il s’avère que les Bonnets Rouges ont été un excellent laboratoire de conscientisation en réunifiant le trio économie-territoire-culture, inséparable dans l’absolu, mais c’était sans compter sur la puissance médiatique et normalisatrice de la machine France. La révolte fut rapidement dispersée, ses protagonistes divisés et aveuglés. Le mouvement n’a pu voir plus loin que des préoccupations immédiates et de proximité absolue dans un cadre tellement délimité qu’emprisonnant et cloisonnant chaque secteur.

Un pays voisin

Cette France ne nous donne pas d’avenir, nous l’avons vu, mais n’envisage pas d’avenir pour elle-même en sacrifiant les territoires qui l’alimentent. Il est vain de s’y attacher : ses intérêts ne sont pas les nôtres, son avenir est contre le nôtre.

L’économie bretonne ne se relèvera jamais sans lest financier. Il nous faut gérer nos affaires, aménager le territoire selon nos besoins, nous occuper de notre façade atlantique, orienter nos productions, nos circuits économiques courts et longs, et avoir notre place dans l’Europe pour défendre nos intérêts et le bien commun. Cette dimension est propice à la conscience et au respect du bien commun, de l’émulation sociale nécessaire au moral et à l’épanouissement d’une société.

Alan Stivell disait en introduction de son morceau « Spered hollvedel », l’esprit universel : « loin de nous toute idée de vengeance, nous garderons notre amitié avec le peuple de France ». Ce souhait qu’on voudrait prémonitoire est criant de justesse ; la rancune ne mène qu’à l’échec, nous le subissons suffisamment entre les deux empires Est-Ouest du monde et en sommes les premières victimes, sur tous les plans. La France doit être un partenaire voisin, dans une Europe des peuples pacifiée et unie.

Une Bretagne nationale

En conclusion, les Bonnets Rouges symbolisent une réaction spontanée, épidermique, collective et saine destinée à s’inscrire dans l’histoire comme un baroud d’honneur d’une communauté à l’agonie ou, au contraire, le jalon de l’une des étapes cruciales de l’histoire du peuple breton. Pour cette dernière option, chaque breton devra voir plus loin que le bout de son nez de façon à ce que Bonnet Rouge ne rime pas avec « gros nez rouge », l’avant goût d’un héritage « bécassinant » livré à la postérité. Une si vaste pantalonnade annoncerait la venue de l’Ankoù pour notre nation.

La dimension d’une Bretagne nationale est susceptible de faire vibrer toutes les fibres de l’être et de la société, de donner un nouvel espoir individuel et collectif, une émulation qui devrait apporter réussite, assurance et Liberté.

 

Bertrand Deléon.

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