Sept disparitions non résolues dans le conflit basque

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Jeudi 6 septembre 2018, Le Forum Social du Pays Basque a exigé “vérité et réparation” pour les sept victimes de disparition de force dans le cadre du conflit politique. Le mouvement en faveur du processus de paix a demandé que soient mis en place tous les outils nécessaires pour combler les lacunes liées aux recherches faites à l’époque.

En partenariat avec le média Mediabask et avec leur accord nous partageons leur information

José Miguel Etxeberria Alvarez ‘Naparra’, disparaissait à Ciboure le 11 juin 1980.

Depuis 2011, le 30 août est la journée internationale des disparus de force. A cette occasion, le Forum Social du Pays Basque a rendu public son point de vue concernant les disparitions forcées lors du conflit politique.

Très précisément, les Galiciens José Humberto Fouz, Jorge García Carneiro et Fernando Quiroga Veiga, le militant d’ETA-pm Eduardo Moreno Bergaretxe ‘Pertur’, Tomás Hernández, José Miguel Etxeberria “Naparra” et le militant d’Iparretarrak Jean-Louis ‘Popo’ Larre sont les personnes disparues. Tous ces cas n’ont pas encore été élucidés.
 “Les disparitions forcées sont gravissimes et la réponse doit être adéquate de la part des organismes de la société civile et des partis politiques. L’objectif est de conforter le droit des sept familles et de leurs amis de connaître la vérité, d’obtenir justice et réparation”, a fait savoir le Forum Social dans son communiqué.

En ce sens, le Forum Social a souligné que son travail et sa raison d’être sont de concrétiser le droit des victimes à connaître la vérité en ce qui concerne la mémoire et la convivialité. Ainsi, le mouvement en faveur du processus de paix pense que savoir la vérité est le meilleur moyen de reconnaître les faits, faire justice et éviter une récidive.

Après avoir rappelé la souffrance et la douleur causées par l’ignorance à ce jour des causes de ces disparitions, le Forum Social a répété “qu’il faut mettre en place tous les moyens nécessaires pour suppléer les lacunes liées aux recherches, une fois pour toute”.

Les sept cas à élucider

Les Galiciens José Humberto Fouz Escobero, Jorge Juan García Carneiro et Fernando Quiroga Veiga ont disparu en 1973 entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz. Les trois jeunes vivaient à Irun et le 24 mars 1973, ils seraient allés sur la côte labourdine. Ils ne sont jamais retournés chez eux, et depuis, personne n’en a revu un seul en vie.

Aucune organisation n’a communiqué à propos de cette triple disparition. Bien que les familles des trois Galiciens aient intenté des actions en Justice en Espagne, les enquêtes judiciaires n’ont donné aucun résultat. Et, même si en 1974 un tribunal de Donostia et en 2005 l’Audiencia Nacionale espagnole avaient lancé des enquêtes, le dossier a été clos depuis.

Trois ans plus tard, le 23 juillet 1976, le militant d’ETA-pm, le Donostiar Eduardo Moreno Bergaretxe ‘Pertur’ disparaissait à Béhobie. Selon différentes sources, il avait reçu un appel pour un mystérieux rendez-vous, le lendemain. L’interlocuteur n’étant pas apparu, il avait décidé de partir. Il devait aller à Béhobie et les militants qui l’accompagnèrent furent les derniers à le voir.

Quelques jours plus tard, la Triple A (AAA) et le Bataillon Vasco-Espagnol (BVE), organisations para-policières, ont revendiqué le kidnapping et l’assassinat, l’ETA-pm l’attribuant au terrorisme d’Etat. Bien que l’enquête judiciaire soit restée au point mort durant de longues années, à la suite de la plainte de la famille, l’enquête fut relancée en 2008. En matière de terrorisme, il n’y a pas de prescription dans ce cas, et pourtant, l’Audience Nationale espagnole a fermé ce dossier.

Par ailleurs, Tomás Hernández, réfugié d’Hendaye, a disparu le 15 mai 1979. Selon certains journaux de l’époque, il avait été témoin d’un attentat par arme à feu de la part d’un ex-policier. Né à Saragosse, il était réfugié depuis la guerre civile. Aucune enquête n’a été ouverte et personne n’a revendiqué cette disparition.

Un an plus tard, le membre des Commandos Autonomes Anticapitalistes José Miguel Etxeberria Alvarez, “Naparra”, disparaissait à Ciboure le 11 juin 1980. Ce jour-là, il devait se rendre à un rendez-vous. On y a retrouvé sa voiture mais depuis, on n’a rien su de plus. Le BVE fit savoir qu’il l’avait kidnappé, assassiné, puis enterré au quartier Chantaco de St-Jean-de-Luz.

Les recherches des familles n’avaient rien donné et le BVE donna d’autres indications sur les lieux où ils auraient enterré le corps. En 2016, un inconnu en lien avec le terrorisme d’Etat fait savoir que le corps se trouvait dans une chênaie proche de Mont-de-Marsan. A la demande de la famille, l’Audience Nationale espagnole ré-ouvre le dossier mais les recherches entreprises n’ont rien donné à ce jour. Le dossier reste ouvert.

Jean Louis ‘Popo’ Larre, Heletar membre d’Iparretarrak (IK), a disparu le 7 août 1983 à Léon, dans les Landes. Ce jour-là, dans un camping de Léon, les gendarmes ouvrirent le feu contre des militants d’IK qui répliquèrent. Popo Larre s’échappa dans la forêt avant la fusillade et il n’y aura plus de nouvelles le concernant. La police française lança une opération gigantesque avec hélicoptère, chiens et troupes spéciales encerclant les lieux.
 En 2000, le procès de la fusillade de Léon a eu lieu, mais bien qu’ayant le dossier entre les mains, les juges ont décidé d’enlever Popo Larre de façon incompréhensible de ce procès, et ils condamnèrent les autres militants.

La disparition de Popo Larre sera plus tard reliée à une autre disparition. Quelques jours après Léon, un adolescent de 15 ans se noya sur une plage proche. Quand les gendarmes l’emportèrent au cimetière de Carbon-blanc pour l’enterrer, ses parents affirmèrent que ce corps ne pouvait pas être celui de leur fils, que ce cadavre était celui d’un adulte plus âgé. Dès lors, ils durent endurer des pressions de la part de la police. Le cadavre enterré à Carbon-blanc pouvant être celui de Popo Larre, un juge de Bordeaux ordonna des recherches, mais des membres d’IK avaient déjà ouvert la tombe et emporté un os pour faire des analyses d’ADN dans un laboratoire. L’analyse ne donnera aucun résultat. Actuellement, il n’y a aucune enquête judiciaire ouverte et l’éternelle question “Où est Popo ?” reste toujours sans réponse.

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