Publié le: mar, avr 23rd, 2013

Bertaèyn Galeizz change de nom. Un évènement pas si anodin.

L’information peut paraître anodine mais elle a une certaine importance dans le paysage linguistique breton. Bertaèyn Galeizz change de nom pour devenir « Bertègn Galèzz ». « Bertègn Galèzz », selon la nouvelle terminologie donc, est la plus ancienne association de promotion et de défense du gallo. Ce changement de nom n’est pas le premier puisque l’association s’est d’abord appelé « Les amis du parler gallo » à sa fondation en 1976, pour ensuite devenir « Bretagne Gallèse » et enfin « Bertaèyn Galeizz » en gallo.

Querelles politiques pour le breton

Cette dernière dénomination était écrite en écriture dite « ELG » que Bertaèyn Galeizz était la dernière à utiliser depuis la liquidation d’une autre association proche appelée « Maézoe ». En gallo comme en breton, la question de l’écriture a toujours été une question prépondérante. En breton, les différentes écritures auront longtemps caché de profondes divergences politiques : les nationalistes/indépendantistes portant la bannière du Peurunvan de Roparz Hemon pendant que les tenants de l’orthographe universitaire dit « falc’huneg » regroupaient les « régionalistes » héritiers de la Résistance mais… dont aucun (à une exception près) n’a été résistant. Une troisième écriture dite « etrerannyezhel » fut créée en 1975 pour réunifier tout le monde mais elle n’apporta finalement qu’une confusion supplémentaire. Celle-ci finit par tomber dans l’oubli après avoir été portée à bout de bras par l’UDB (gauche autonomiste).

En 2013, le problème des écritures du breton est résolue : 99% des néo-bretonnants et notamment des enfants en écoles bilingues ou par immersion utilisent l’écriture dite « peurunvan »*.

Querelles linguistiques pour le gallo

En gallo, la querelle des écritures n’a jamais caché des querelles politiques. Des « nationalistes » et des « régionalistes » se trouvant dans toutes les chapelles. La querelle des écritures cache plutôt des enjeux linguistiques et un étonnant paradoxe : plus l’écriture est compliquée et s’éloigne de l’écriture du français, plus le gallo est chimique et proche du français. Et son corollaire : plus l’écriture est proche de celle du français, plus le gallo est traditionnel et éloigné du français.

Ainsi, Bertaèyn Galeizz a longtemps été une association de promotion de l’ELG, écriture fort éloignée de celle du français, mais dont la quasi-totalité des communications, des productions et des échanges internes et externes se déroulaient… dans la langue de Voltaire. Chubri, l’association du chanteur Bertrand Obrée, a également suivi la même voie : l’association a créé sa propre écriture : le MOGA. Or cette trouvaille cache une certaine pauvreté linguistique, un incompréhensible besoin de patoiiser le gallo à outrance et une incapacité à s’exprimer en gallo autant en privé qu’en public.

Et pourtant, ce sont bizarrement ces deux associations qui ont été choisi comme interlocutrices  auprès des pouvoirs publics notamment le conseil régional. En résumé : deux associations aux compétences linguistiques douteuses, aux écritures souvent burlesques et dont les membres ne s’expriment pratiquement jamais en gallo sont devenues les associations référentes des autorités françaises et bretonnes en matière de politique linguistique du gallo !

Ecrivains gallos

A côté de cela, les auteurs en langue gallèse, dont les principaux : Patrik Deriano, Régis Auffray, André Le Coq et André Bienvenue, se sont réunis en 2006 pour mettre au point une nouvelle écriture : l’ABCD (pour Auffray, Bienvenue, Coq, Deriano). Plus proche de l’écriture du français et des autres langues romanes, cette dernière est utilisée pour la production d’ouvrages et de textes de fort bonne tenue au niveau linguistique. C’est d’ailleurs dans cette écriture ou assimilée qu’a été traduit la majeure partie des Tintins et des Astérix et c’est également dans cette écriture qu’ont été réalisés les deux grammaires et les deux dictionnaires de Régis Auffray et Patrik Deriano. Au niveau politique, rien ne relie vraiment ces écrivains. L’un est même membre du PS alors qu’un autre est un nationaliste breton affirmé ! Seul l’amour de la langue gallèse et l’envie de produire des textes dans une langue gallèse de bonne facture réuni ces 4 personnes.

En 2011, cette écriture a également été adoptée par l’association « L’Andon dou Galo » (Mickael Genevée, Romaen Ricaud, etc…) qui produit notamment des ouvrages en gallo pour enfants et qui se positionne en même temps sur un terrain plus revendicatif avec l’organisation de rassemblement devant les mairies ou de poses « sauvages » de panneaux en gallo à l’entrée des bourgs.

Mais nos hommes politiques ont des raisons que la raison ignore puisque, bizarrement, ces écrivains, linguistes et militants aux compétences affirmées et reconnues n’ont jamais été consultés dans les politiques mises en place par le conseil régional de Bretagne administrative (sans la Loire-Atlantique).

Lena Louarn et la mort du gallo

Lena Louarn et avant elle Kaourintine Hulaud ont, depuis que le Parti Socialiste est au pouvoir en région administrative, conduit les politiques linguistiques. Alors que Kaourintine Hulaud était favorable au gallo, Lena Louarn n’a jamais caché son opposition à la langue romane de Bretagne. En privé, elle ne se cache d’ailleurs pas pour souhaiter « la mort du gallo » à brève échéance. Sa nomination à la politique linguistique, regroupant de fait les compétences pour le breton et le gallo, a d’ailleurs rencontré l’opposition des milieux gallos. On se souvient notamment de la manifestation du collectif « Chom tai » en pleine séance du conseil régional lors de l’intervention de Lena Louarn.

Processus de « visibilité »

Or, malgré son opposition au Gallo, celle-ci n’a cependant pas pu empêcher le processus de « visibilité du gallo » dans les instances du conseil régional. En effet, alors que le breton est largement présent dans la communication interne et externe de l’assemblée régionale, le gallo était beaucoup plus discret. Pas de panneaux en gallo, pas de gallo sur les feuilles à en-tête, les cartes des conseillers régionaux, sur le site internet, dans le magazine du CG, etc… Pourtant dès 2004, les deux langues ont été reconnues, à parts égales, comme « langues de Bretagne » par le même conseil !

L’argument employé dans les couloirs de l’assemblée était toujours le même : « les gallos n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’écriture, on ne peut donc lancer aucune communication en gallo, même Bertègn ils ne l’écrivent pas tous pareil ! ». L’argument est assez cocasse car le « rapport Broudic » remis en 2011 au recteur d’académie de Rennes proposait de réformer l’écriture… du breton en changeant notamment le sacro-saint ZH, ce qui aurait, par conséquent, changé l’écriture de « Breizh » et de « Roazhon ».

Bref, l’argument de l’écriture a été utilisé et sur-utilisé par les opposants au gallo, Lena Louarn en tête, pour empêcher tout emploi de la langue dans la communication du Conseil Régional de Bretagne administrative. Tactiquement, Bertaèyn Galeizz a donc dû se résoudre, après 20 ans de promotion effrénée de l’écriture ELG et de son « Bertaèyn », à adopter l’écriture MOGA (et le « Bertègn ») inventée par Bertrand Obrée. Ce sacrifice permettant enfin d’ouvrir la perspective d’une utilisation du gallo dans la communication de l’assemblée régionale, les deux associations adoubées utilisant la même écriture et, donc, la même façon d’écrire « Bertègn ».

Au-delà de ces querelles stériles, reste donc la question qui fâche : les auteurs, linguistes et grammairiens en gallo auront-ils leurs mots à dire dans les futures traductions à effectuer ou l’institution régionale laissera t’elle encore et toujours la main à deux associations dont les compétences en gallo ne sont pas évidentes à première vue ?

* Peurunvan : « totalement unifiée » et non pas « sur-unifiée » comme on peut le lire parfois. « Parfait » ou « parachevé » ne signifiant pas « surfait » ou « surachevé » en français.

A propos de l'auteur

Fabien Lécuyer

- Actualité politique bretonne et française

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