Bilan 2015 et perspectives 2016

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Le 1er janvier 2016 marque le maintien d’un statu quo. Cette date est celle de l’officialisation de la carte de France à 13 régions. Il n’y a pas de changement pour la Bretagne. La revendication sur la Loire-Atlantique continue. Le spectre d’une fusion forcée avec les Pays-de-Loire s’éloigne, pour l’instant. La Charte des Langues régionales, promesse de campagne du candidat Hollande, n’a pas été signée en 2015. Le Breton et le Gallo continuent à disparaître. Les régionalistes n’ont pas fait mieux aux élections régionales 2015 qu’aux européennes de 2014. La Bretagne reste à gauche en lui offrant son meilleur score de métropole. Elle a élu comme président le ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian a bénéficié de sa bonne image dans les médias. Un sondage Ifop du mois d’aout le désignait comme « ministre préféré des français ».

L’année qui s’achève a été placée sous le signe de l’accélération du raidissement sécuritaire et de la dégradation de la démocratie. Les citoyens français semblent pressés de troquer une partie croissante de leur liberté contre une impression de sécurité. L’effet d’engrenage ne semble pas les inquiéter. Après le contrôle d’internet sans besoin d’un juge, les dramatiques évènements du 13 novembre se traduisent par un état d’urgence prolongé et l’inscription précipitée de nouvelles dispositions dans la constitution. Il s’agit notamment de l’adoption de la mesure d’extrême-droite qu’est la possibilité de déchéance de nationalité pour les binationaux. Le climat de peur face au terrorisme et à la vague des migrants favorise le repli identitaire nationaliste en France. Les élections régionales sont de plus en plus un enjeu national.

Le FN a triplé son score en Bretagne par rapport à 2010 mais reste au niveau quasiment le plus bas de métropole. Cette progression se fait sur un programme non spécifiquement régional et la mise en avant de la problématique nationale des migrants. En Bretagne comme ailleurs, se développe une envie de sanction de l’inefficacité des gouvernements centraux face aux problèmes sociaux et économiques. En mai dernier, l’INSEE a annoncé que « la part des immigrés dans la population bretonne reste une des plus faibles des régions françaises ». Cela ne prend en compte que la Bretagne administrative, mais peut contribuer à expliquer les limites de la progression du Front National. La résistance bretonne s’illustre également par les presque 8% de vote régionaliste ou indépendantiste au premier tour des élections de décembre. Le score n’est pas si mal pour des alternatives qui, contrairement aux théories du parti Lepéniste, ne font l’objet d’aucun affichage dans les medias dominants.

Une grande partie des électeurs bretons semblent avoir voté sur des considérations nationales pour élire des conseillers régionaux. L’aura d’un ministre « qui fait le job » à la Défense et la problématique du FN sont de ce niveau. Cela pose la question de la vision qu’ont ces électeurs, et donc de celle qui leur est donnée, sur leur région. La Bretagne ne peut que souffrir d’une image renvoyée en permanence de la capitale. Ce renvoi s’accompagne de considérations condescendantes sur les identités régionales. Il peut également s’accompagner des défauts des chaînes d’informations en continu : remplissage d’antenne à tout prix, détails répétés à l’envi, matraquages de citations hors contexte d’interviews, d’articles de presse écrite voire de réseaux sociaux, etc., etc. Dans un système centralisé, essayer d’apporter à ses habitants un point de vue autonome sur la Bretagne est un défi en soi. Le choix de l’angle de vue en est un autre.

Ne focaliser que sur ce qui ne va pas, à l’unisson des psychodrames nationaux, reviendrait à en exagérer l’importance dans notre région et à gommer l’identité bretonne. Ce serait favoriser la progression d’un parti comme le Front National. Son message laisse présager un raidissement jacobin et une simplification identitaire. Sous les critiques des partis en place se cache l’absence totale de remise en question de ce qui nuit aujourd’hui au fonctionnement de la France en Europe : l’idéologie centralisatrice. L’économie bretonne profiterait d’une plus grande autonomie d’action au sein de la France, dans un cadre européen. Christian Troadec déclarait au soir du premier tour des dernières élections que le régionalisme est l’antidote au FN. Il sera intéressant de suivre en 2016 son projet de fédérer des mouvements régionaux en vue d’un candidat aux présidentielles de 2017.

Aujourd’hui la dimension numérique sert de lieu d’information et de vie sociale. Faire vivre la Bretagne c’est aussi contribuer à son existence dans cette dimension. Dans le monde de l’information, informer c’est exister. Cela permet d’essayer de donner aux bretons une vision de leur propre identité. Cela favorise également la prise de conscience d’un regard breton autonome sur les évènements. C’est le défi que peut essayer de révéler un site d’information. Cette démarche, bien que modeste, s’associera à celles des nombreux acteurs qui ont la Bretagne au cœur.

8 Commentaires

  1. Bon “papier” mais alors pourquoi dire cela : “Les régionalistes n’ont pas fait mieux aux élections régionales 2015 qu’aux européennes de 2014”, puis son contraire : “presque 8% de vote régionaliste ou indépendantiste au premier tour des élections de décembre. Le score n’est pas si mal pour des alternatives qui, contrairement aux théories du parti Lepéniste, ne font l’objet d’aucun affichage dans les medias dominants”. Pour ma part, je crois que ce score est, somme toute, encourageant, compte tenu de plusieurs facteurs :1) le matraquage “Marseillaise” et “bleu-blanc-rouge” pendant trois semaines avant le vote 2) l’image positive (comme souligné dans l’article) de Le Drian, renforcée par le traditionnel “légalisme” du vote breton en général 3) La présence de patriotes bretons sur les listes Le Drian et aussi Le Fur, avec une posture très bretonne de ce dernier, en surenchère sur la réunification, détournant de nombreux votes des listes autonomistes 4) le fait que nombre de votants, des couches socio-économiques les plus touchées (élevage, agriculture…) ont pu voter FN malgré leur sensibilité ‘Bonnet Rouge’ potentielle ou réelle. 5) la désunion de la mouvance bretonne éclatée en trois listes 6) Comme bien souligné -à très juste titre- une sphère médiatique et télévisuelle complètement “parisianocentrée”, laissant une place résiduelle à la problématique “régionale”. Etudions et analysons donc maintenant en détail les raisons du succès corse..!

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