Le passé peut-il être instructif ?

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On se souvient de cette nouvelle qui avait fait les choux gras de l’Obs et des médias en général : en février de cette année, un restaurateur de Rueil avait placardé à la porte de son établissement une annonce provocatrice : « Chiens acceptés, banquiers interdits ». Il avait reçu le soutien véhément de quantité de personnalités dont, bien évidemment, du gentil provocateur national Jean-Luc Mélenchon.
En fait, il n’avait fait que reprendre en les adaptant les propos de François Hollande quand, à la pêche aux voix, celui-ci jouait encore les va-t’en guerre. Rappelez-vous le fameux discours de campagne à péter le feu du candidat Hollande ! On en avait peur pour les banquiers et, à l’horizon de nos souvenirs scolaires, se profilaient  les silhouettes de tous ces fermiers généraux raccourcis sous la Révolution… En réalité, l’élection remportée, François a fourré son bonnet rouge dans sa poche et s’est contenté de ce que l’économiste Gaël Giraud, a propos de la loi de réforme bancaire française, a qualifié d’« un simulacre de régulation ». Le président est vite passé du discours ferme et engagé du candidat Hollande à une loi poudre aux yeux et, personnellement, j’ai bien ri quand notre monarque sur le départ a récité l’autre soir la complainte des réussites qu’il s’est attribuées, toute en anaphores monarchiennes : J’ai…, J’ai…, J’ai. Si je l’ai bien compris, il a même osé dire, droit dans ses escarpins : « J’ai réformé le secteur bancaire » ou quelque chose d’approchant !
Je pense que trop préoccupé par ses virées en scooter et par ses implants, par ses rencontres avec le monde des médias, François-aux-bras-courts, ne prend pas assez le temps de se cultiver, de lire. Par exemple, je lui aurais conseillé une brochure très instructive, le mode d’emploi de la réussite, lui qui va avoir désormais des loisirs. Quand il l’aura lue, il pourra la passer à Fillon ou Valls. Ça pourra toujours servir :

L’anti-banquier ou Moyen très simple d’éteindre à l’instant toutes les dettes de la France, sans augmenter les contributions publiques, et même de les diminuer de près de moitié dans vingt ans d’ici

On peut y lire, par exemple sur les causes et la pérennisation de la dette, après quelques exemples très parlants :

C’est ainsi Messieurs que par les funestes secours des Financiers, Banquiers […], la France, après avoir payé depuis 10 ans près de trois milliards en intérêts, primes, provisions, pots-de-vin, marchés onéreux, se trouve encore en ce moment débitrice environ de trois milliards outre cent millions annuels de rentes viagères, le tout, parce qu’ […] elle a été obligée d’emprunter trois milliards. C’est ainsi que pour payer les intérêts de ces trois milliards on vous propose encore aujourd’hui d’emprunter. Dans six mois, on vous proposera d’emprunter pour payer les intérêts de ces intérêts, et si l’on continuait sur ce pied-là, comme tout semble l’annoncer, la Nation, dans dix ans d’ici aurait encore  payé près de trois milliards en intérêts, et devrait toujours trois milliards de capital. Ainsi, vos prêteurs, dans l’espace de vingt ans, auraient tiré de vous 6 milliards et, au bout du compte, vous leur devriez encore ces trois malheureux milliards. Ce serait donc 9 milliards qu’il en aurait coûté à la France pour 3 qu’elle aurait réellement employés.[…]

Et plus loin à propos des « capitalistes » (entendons de ces personnes qui engagent leurs capitaux dans des entreprises) :

« … ce ne sont pas eux qui ont intérêt à perpétuer la dette nationale, ce sont leurs agents, les banquiers, les agents de change […], les agioteurs et tous ceux qui en un mot ont profité des primes et autres avantages accordés par les Ministres emprunteurs et qui ont su déterminer leurs Correspondans capitalistes à placer leurs fonds sur l’État, au lieu de les placer dans les Commerces […]

Ce texte dû à Jean-Pierre Solomé, éditeur de plusieurs journaux à Deux-Ponts, écrivain, philosophe, date de 1790.  La recette proposée était alors simple : introduire, sagement, le papier monnaie, en faire un moyen de paiement sûr. Une fois la situation stabilisée, retirer chaque année le trop de billets équivalent aux anciens intérêts et, en 20 ans, l’ « alchymiste » qu’il fait parler souvent avec humour redresse les finances du pays ! Une recette qui ressemble à une politique qu’on a longtemps connue en France avec les dévaluations à répétitions de feu le franc (mais sans la sagesse ni la prudence dont Solomé fait un dogme !). Aujourd’hui, évidemment, c’est une autre paire de manches avec l’Euro. Les mains liées et des « capitalistes » qui préfèrent « agioter » ou investir à l’étranger. Résultat : malgré un prix du baril au plancher, un euro pas cher, rien ne change vraiment chez nous et le chômage est loin de baisser malgré l’impression que donnent les statistiques traficotées. Le pays est en effet en passe d’être sous industrialisé, ce qui annule toute velléité de relance par la consommation puisque consommer c’est aussi beaucoup importer, donc nourrir la dette. Cela me rappelle une conférence de Jean-Marie Pelt en Bretagne où celui-ci démontrait que depuis une quinzaine d’années, même en matière de production agricole, la France était loin d’être autosuffisante ! Un comble tout de même, mais qui s’explique quand on suit un peu la politique de la FNSEA !
Pour en revenir à Solomé, il n’est pas réservé à François ! Lisez-le tout de même (une vingtaine de pages) de préférence sur Gallica mais à la rigueur aussi sur Google. Une seconde brochure répond d’ailleurs aux objections soulevées par la première.

Bonne lecture !

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