Regard régional : le pôle Mer Bretagne Atlantique

Le technopôle Brest-Iroise
Le technopôle Brest-Iroise

Avec les péripéties, finissant plus ou moins bien, de Tilly-Sabco, les difficultés d’un secteur agro-alimentaire traditionnel en Bretagne ont continué en 2014. Le regard se porte à présent de plus en plus sur les différents acteurs de l’innovation et de la préparation de l’avenir dans notre région. L’un d’entre eux est le pôle de compétitivité Mer Bretagne Atlantique dont le siège est localisé rue Jim Sevellec à Brest, dans les locaux du Technopole Brest-Iroise.

Qu’est-ce que le pôle de compétitivité Mer Bretagne Atlantique ?

La création des pôles de compétitivité a été lancée en France à partir de septembre 2004. Ils ont pour but de développer la capacité d’innovation, la croissance et l’emploi. Leur action a porté principalement sur l’innovation, par le soutien aux projets de Recherche et Développement (R&D), notamment ceux des PME. Un pôle est regroupement de différents acteurs (grands groupes, PME, laboratoires, organismes de formations, chambres de commerces, technopoles, comités divers, etc..) autour d’un même domaine de compétences sur un territoire identifié. L’animation au sein du pôle est assurée par une équipe relativement petite (équivalent à 8 personnes à temps plein en moyenne).

Le pôle Mer Bretagne Atlantique est un des quatre pôles bretons. Il fait partie de ceux à vocation mondiale. Il a été créé sous l’égide du Technopole Brest-Iroise, qui contribue grandement à son animation, et avec le soutien de la CCI Bretagne. Il regroupe environ 350 adhérents, dont la moitié de PME, au sein d’un réseau animé par une équipe de 28 personnes (équivalent à 12 personnes à temps plein)

Ses compétences s’exercent suivant 6 axes stratégiques principaux :

  • Sécurité et sureté maritimes,
  • Naval et nautisme,
  • Ressources Énergétiques et Minières Marine,
  • Ressources biologiques Marine,
  • Environnement et aménagement du littoral
  • Infrastructures portuaires et transport maritime.

Le pôle accompagne les porteurs de nouveaux projets par différentes prestations : information, recherche de financement, soutien à l’accès sur le marché, etc. La reconnaissance de l’adéquation d’un projet se traduit par l’octroi d’un label. 200 projets ont été labellisés depuis la création du pôle. Environ 25% ont abouti à la mise sur le marché de produits et services novateurs. Des innovations diverses qui vont du Drone (Projet ASEMAR) au développement de nouveaux fertilisants azotés à base d’algues (AZOSTIMER) en passant par la peinture marine 100% biodégradable (PAINTCLEAN). La labellisation concerne également des formations allant du lycée jusqu’à BAC+5.

Quelles perspectives pour le couple pôle-région breton ?

En janvier 2014, les pôles ont signé des contrats de performance avec la région et l’état, pour devenir des « usines à produits » plus que des « usines à projets ». Ces contrats résultent de la stratégie 2013-2018 décidée au niveau national et répondent à la volonté de la région de meilleures retombées sur son territoire. La Bretagne maintient le soutien financier à ses pôles, pour l’animation et les projets eux-mêmes, par l’intermédiaire d’un poste budgétaire en 2014 et 2015 d’un montant de 15 millions d’euros (programme 214). Constance louable alors que l’état a décidé une nouvelle réduction de son soutien qui devrait se traduire par une baisse de 10% en 2015 pour les pôles à vocation mondiale. Compte-tenu de l’histoire et du nombre d’adhérents la région est un interlocuteur majeur du pôle, mais celui-ci tend inexorablement à ne pas s’y cantonner.

Le pôle a été officiellement créé en 2005 sous le nom « Sea-nergie ». Conformément au principe d’ancrage territorial, un décret du 13 juillet 2006 définit son périmètre par l’ensemble des communes littorales des départements de Bretagne administrative. Dès 2007, on s’y référait par l’appellation « Mer Bretagne ». La région Basse-Normandie a rejoint le pôle en septembre 2010. Lors de son assemblée générale d’avril 2014, celui-ci décidait de s’appeler Mer Bretagne Atlantique, formalisant l’intégration officielle des Pays de Loire en son sein, dans une démarche commune et réciproque entre la Bretagne et cette région. Sur la côte méditerranéenne, l’autre pôle mer est passé de MER PACA à Mer Méditerranée. En 2012, le troisième département représenté dans les adhérents du pôle Mer breton était certes de Bretagne mais pas administrativement. La troisième région représentée était l’Ile de France. Le rapprochement avec le binôme méditerranéen s’est engagé dès le départ et fait partie du plan d’action 2015 défini par la région Bretagne. A présent, un pôle Mer « national » regroupant les pôles Bretagne Atlantique et Méditerranée apparaît sur internet. Si notre région a été naturellement à l’origine de l’idée, on voit bien que ce pôle évolue par lui-même. Plus que d’un territoire, il est de la Mer, ce milieu qui repousse nos frontières aux côtes des autres pays. Dans ce domaine, la proximité territoriale est en réalité de niveau, au moins, national. L’extension géographique et l’intégration croissante des deux pôles Mer semblent logiques et inéluctables. Le caractère national des grands acteurs, en particulier les groupes industriels, et les reproches sur un nombre trop élevé de pôles jugés trop éparpillés et souvent pas assez efficaces en sont des facteurs supplémentaires.

La Région Bretagne contractualise les objectifs pour ses collectivités et les Pays de Loire. Les différents collèges de gouvernance du pôle sont constitués par des représentants des deux régions. Dans l’édito de janvier 2015, le président du pôle Mer Bretagne Atlantique rappelle que la Basse-Normandie fait partie des territoires du pôle. Cette région ne participe pas à la gouvernance et, de plus, elle n’existe déjà plus depuis la réforme territoriale. Auparavant cette absence de la gouvernance était surtout critiquée de façon relativement marginale par l’Union pour la Région Normande. La réunification de la Normandie pourrait logiquement peser sur l’avenir du pôle. Si l’on regarde plus au sud, maintenant que le grand port maritime de Nantes (dont l’activité représente 10 fois le tonnage annuel de Brest) est dans la gouvernance du pôle, comment ne pas imaginer que Bordeaux puisse s’y intégrer un jour ? Un décalage progressif du centre de gravité du pôle hors de Bretagne est possible, notamment en fonction des soutiens financiers éventuels. En quelque sorte, la Bretagne est susceptible de voir son statut évoluer en celui de « première épouse » d’un Pôle Mer polygame par nature. En attendant, nous pouvons quand même nous réjouir de la localisation brestoise du siège de ce pôle et du maintien de « Bretagne » dans son appellation

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