« Alter-noz » ou la gestion de la nuit à Lorient

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En ce mois de mars, se déroulent trois journées de « prévention des conduites addictives dans les établissements d’enseignement supérieur » coorganisées par l’Etat, l’UBS et le CIRDD  à Lorient, Vannes, et Pontivy. Une action qui ressemblerait à s’y méprendre à une opération de communication en période électorale.

A en croire la présentation officielle, il n’existe aujourd’hui dans le Morbihan rien ou quasiment en direction des publics étudiants sur ces problématiques. Et dans la réalité ? Gros plan sur « alter-noz » une politique originale mise en place par la commune de Lorient, démarrée début février, pour renforcer la politique publique de la nuit. Loin de l’angélisme et des tentations simplistes de l’Etat ?


Alter-noz ? Un nom en référence à l’altérité, au croisement des regards et au dialogue entre les acteurs des nuits lorientaises. Pour la ville de Lorient, il s’agit d’aborder un sujet relativement sensible : les nuits en ville et leurs débordements festifs occasionnels, de manière dépassionnée et transversale. But affiché : la compréhension réciproque des acteurs et la perpétuation de l’esprit de la fête tout en maîtrisant mieux les désagréments. Le dispositif comprend trois volets : une charte d’engagement réciproque entre acteurs de la vie nocturne, une cellule de veille et de coordination partenariale et une équipe de médiation de nuit.

Pour Yann Syz, adjoint à la santé et initiateur de l’opération, «Aujourd’hui les villes vivent 24/24 h ou presque. Il faut adapter les politiques publiques à cette donne pour prendre en compte des contradictions que cela suppose. En effet, le centre-ville est à la fois un espace attractif, aspect renforcé par l’aménagement qualitatifs des places et bientôt des parcs, un espace de vie économique et d’emplois nocturne et, dans le même temps, la nuit un espace de repos et de tranquillité pour les résidents. A cela, il faut ajouter que la nuit en ville c’est aussi le travail de ceux qui « réparent » les débordements de la fête au petit matin ».

De fait, même si Lorient ne connaît pas des débordements de même ampleur que les plus grandes villes universitaires bretonnes, il existe ponctuellement des plaintes de riverains suite à une vie nocturne agitée. Et par ailleurs, le binge drinking, même s’il se fait – parait-il – plus rare qu’il y a quelques années, existe encore. L’alcoolisation sur la voie publique peut aboutir à des situations de mise en danger qui font désordre, surtout s’il s‘agit de mineurs.

La démarche ? Tout d’abord, une équipe de sociologues et d’éducateurs a arpenté pendant six mois les différents secteurs de la ville (port, campus, quartiers périphériques) pour dresser une cartographie des espaces de vie nocturne de la ville. « L’analyse produite depuis un an et demi montre que les nuits lorientaises sont globalement calmes, mais que les difficultés peuvent survenir des phases de transition, que ce soit les moments de trajet retour, ou les phases de transition entre le jour et la nuit, notamment quant à la gestion des traces de la fête. »

La municipalité a ensuite rencontré successivement les différents acteurs concernés : service de sécurité de l’Etat, prestataires de nettoiement de la ville, groupe de riverains, syndicat hôtelier, festival interceltique, associations étudiantes, ou encore acteurs de prévention.

« Chacun a ainsi formulé des propositions et des attentes réciproques qui ont, peu à peu, constitué l’ossature de la charte de la vie nocturne signée le 8 décembre 2011, par l’ensemble des partenaires. « Cette charte a notamment été signée par l’Etat, la Ville, l’Université, le CROUS, les Taxis, ou encore la Compagnie des transports urbains. Le sujet étant largement transversal, plusieurs adjoints (sécurité publique, culture, jeunesse, politique sociale) ont également été associés à la démarche.

Depuis février, la ville anime une instance de concertations entre ces différents partenaires, pour détecter et résoudre d’éventuels problèmes à la source. Surtout, elle a mis en place une équipe de médiation qui devrait travailler jusqu’à 36 nuits dans l’année. Composée d’agents de la ville ainsi que de certains partenaires, elle aura pour but « de réguler par le dialogue, d’être vigilent aux prises de risques, de travailler en lien avec les autres intervenants de nuits… surtout il s’agira pour eux d’être identifiés comme personnes ressources par tous les acteurs concernés et de faire remonter les observations de terrain à l’instance de veille et concertation. »

 « En effet, dans certains cas, il suffit de penser différemment aux petits aménagements d’espaces publics ou des temps de passages des services prestataires de la ville (nettoiement, transport) pour permettre l’esprit de la fête tout en veillant à son insertion urbaine », précise Yann SYZ.  « En quelque sorte, dans une époque de plus en plus individualiste, « Alter-Noz » est un dispositif qui se veut une contribution au renforcement des qualités de la ville, entre attractivité, économie et tranquillité, en un mot, une manière de faire ville, de penser et d’agir ensemble. Tous les acteurs, y compris les professionnels de la fête ont à y gagner  »

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