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NDDL : Dominique Voynet (EELV) fait un virage à 180° et écrit à Jacques Auxiette (PS)

Ce texte publié aujourd’hui jeudi sur le site de Dominique Voynet résume à lui seul l’embarras qui règne à Europe-Ecologie Les Verts au sujet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Après avoir défendu en tant que ministre du gouvernement Jospin le projet d’aéroport à l’assemblée nationale française (voir le document publié par 7Seizh : http://7seizh.info/2012/11/29/notre-dame-des-landes-les-verts-nont-pas-toujours-ete-contre-laeroport/), Dominique Voynet, ancienne porte-parole des Verts écrit à Jacques Auxiette pour lui faire part de sa volte-face et lui expliquer par le menu sa soudaine et farouche opposition à l’aéroport.

Cette comédie durera encore combien de temps ? Etre présent dans le gouvernement Ayrault et se rouler par terre à Notre-Dame-des-Landes en jurant ses grands dieux que l’aéroport est une abomination est intenable. Les Verts, sur ce sujet, se comportent en escrocs.

Et l’autre question que tout le monde se pose est encore plus cruelle : Les Verts auraient-ils fait preuve du même zèle si l’opposition à « NDDL » n’était actuellement pas aujourd’hui si intense ? Car c’est un fait, la lutte contre l’aéroport ne date pas du 16 octobre 2012. A la fin des années 90, les seuls opposants sur le terrain étaient les locaux de l’ACIPA (aidés, entre autres, par des militants Verts locaux il est vrai) et les indépendantistes bretons. A l’époque le gouvernement Jospin était aux manettes et la question de l’aéroport n’intéressait ni Madame Voynet ni les amis de M. Mélenchon.

Notons cependant que certains des opposants historiques à l’aéroport tel Morvan Coarer qui s’est présenté plusieurs fois aux élections en tant qu’indépendantiste breton et « candidat anti-aéroport » dans le canton de Nort-sur-Erdre et le conseiller municipal indépendantiste de Saint-Herblain Primael Petit était, eux, déjà présents sur le terrain dès le début des années 2000.

« Seule la lutte paie » ? Seule la lutte fait bouger les lignes en tout cas….

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LETTRE OUVERTE DE DOMINIQUE VOYNET,

ANCIENNE MINISTRE DE l’ENVIRONNEMENT,

A JACQUES AUXIETTE,

PRESIDENT DE LA REGION DES PAYS DE LA LOIRE

 

 

Cher Jacques Auxiette,                                                                                  Jeudi 29 novembre 2012

 

 

 

Nous nous connaissons bien, et depuis longtemps.
Nous avons eu à travailler ensemble sur bien des sujets qui relevaient de nos compétences respectives. Tu étais considéré, parmi les présidents de région, comme l’un des plus attentifs aux questions soulevées par les écologistes ; et moi, parmi les écologistes, comme l’une des plus capables – sans doute faut-il y voir la raison pour laquelle Lionel Jospin m’a proposé de rejoindre son gouvernement – de concilier des exigences jusque là considérées comme incompatibles : l’égalité des territoires, la qualité des emplois, la qualité de la vie, la responsabilité écologique.

Nous avons affronté des coups durs ensemble, nous avons conduit des campagnes électorales ensemble, et convaincu les militants de nos partis de poursuivre côte à côte, pendant un mandat de plus, le travail engagé dans la Région… ce qui supposait que soit mise de côté la loi du plus fort, au profit d’échanges intellectuels nourris, entre pairs respectueux les uns des autres.

Quelle mouche t’a donc piqué ? Pourquoi a-t-il fallu que tu exhumes, sorties du contexte, des phrases du siècle dernier pour (tenter de) disqualifier ceux qui, aujourd’hui et dans un contexte économique, social et énergétique radicalement différent, tentent d’alerter sur l’inutilité de ce projet conçu à une époque où ni toi, ni moi n’avions l’âge de voter ?

En vérité, cher Jacques, seule ministre écologiste dans un gouvernement qui ne l’était pas, je me suis battue pour faire changer des lois qui prévoyaient, par exemple, qu’aucune partie du territoire métropolitain ne devrait être située à plus de 50 km d’une autoroute en 2015 ! J’ai mobilisé toute mon énergie pour convaincre ministres et grands élus de transformer radicalement leur approche en matière de politique des transports, pour éviter les concurrences coûteuses et dévastatrices entre « grands projets », alors que montaient en puissance la préoccupation civique sur deux sujets longtemps négligés : la raréfaction des ressources en gaz et en pétrole, et la menace du changement climatique.

A l’époque, nous nous battions, déjà, contre un aéroport, celui que certains auraient voulu bâtir – c’eût été le troisième ! – dans le grand bassin parisien, à Beauvilliers, à Chaulnes ou à Vatry. Nous trouvions cela idiot. Nous aurions préféré une offre mieux répartie, sur quelques aéroports de dimension interrégionale. On parlait de Toulouse (pour admettre que l’aéroport construit en zone dense ne pouvait s’étendre sans nuisances terribles pour les riverains), de Lyon (pour constater que l’aéroport de Satolas était… loin de tout) ou… de Nantes. Nantes, pourquoi pas ? Nantes, faut voir… La discussion fut vive entre les ministères… comme en témoigne le texte que tu me mets en bouche, écrit à la 3ème personne, sans que jamais le Je ne soit utilisé… Qu’en déduire ? Que j’étais respectueuse du travail interministériel ? Oui, sans doute, c’était la règle du jeu. Que j’étais convaincue ? Tu sais bien que non. Et je me réjouis qu’aucune décision concrète ne fût prise alors…

Depuis, le monde a bien changé. Les mesures de régulation du trafic aérien ont été radicalement améliorées, au point qu’un trafic bien supérieur à celui de Nantes peut être traité en toute sécurité, sur une seule piste, à Genève ou à Glasgow. L’emport moyen des avions a augmenté, leurs moteurs sont moins bruyants. Et surtout, nous avons désormais compris que le vieux monde, gaspilleur et vorace, sera bientôt derrière nous et qu’il devient urgent de gérer de façon plus économe et plus sobre, et notre argent et nos ressources énergétiques et nos terres cultivables.

Tu l’auras compris, mon cher Jacques, je n’ai pas l’intention de me fâcher avec toi, même si tu me prends pour cible aujourd’hui. Et je reste à ta disposition pour poursuivre sur ce sujet et sur d’autres un débat qui n’aurait jamais du être interrompu. Avec l’espoir, évidemment, de te convaincre, et la certitude que cette sottise ne se fera pas.

 

Dominique VOYNET

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