De la Révolte des Bonnets Rouges et du papier timbré à la presse papier

100 lur_Ar BalpLors de mes études en faculté d’Histoire, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres : Histoire de la « Nââtion fraaaançaise », histoire des nationalismes vue à travers le prisme des bien-pensants, une vision tronquée, manipulée, dans laquelle des pans entiers étaient omis et surtout une fabrique de clones sur le modèle de la professeure du département fraîchement parachutée de Paris à Lorient.

J’eus l’occasion de présenter un dossier sur les Bonnets Rouges – puisqu’il était question de choisir un thème concernant les révoltes sous Louis XIV – et là, on ne put rien me dire sur l’étude menée, sinon qu’on n’a jamais voulu me restituer le dossier… Or, personne n’oserait remettre en cause des faits. Qui oserait trahir un sujet qui pourrait réveiller nos compatriotes bretons ? Pourtant, Ouest-France l’a fait dans un article, signé de Gilles Kerdreux sur le format papier du quotidien.

L’ouest ?

Ce terme matraqué dans l’article est complètement anachronique. Il n’était d’ailleurs nulle question d’un quelconque Ouest de Paris à cette époque pour une « province réputée étrangère » mentionnée sur les cartes de l’Ancien Régime. Ce pays vaincu militairement en 1488 mais non soumis après le traité d’annexion de 1532 n’allait pas oublier son identité du jour au lendemain. La Bretagne n’avait pas plus été redécoupée par l’Etat-major militaire nazi, décision validée bien après-guerre par les gouvernements français successifs (entérinée surtout en 1964, 1972 et 1982), qu’elle devait être noyée dans une vaste zone ouest francilien.

Un nouvel impôt décidé par Louis XIV ?

Sur fond de crise économique, les paysans principalement de Bretagne occidentale, avec des échos en Haute-Bretagne de Rennes à Nantes, les Etats de Bretagne se lèvent contre douze nouvelles taxes de Louis XIV pour soutenir les guerres menées par le monarque absolu. Le Duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, représentant du roi, explique à Colbert, ministre des finances de la France, que la révolte gronde dans les villes et les campagnes.

La guerre de Hollande ! La privation de débouchés commerciaux

Là, le quotidien dit vrai. En pleine guerre de Hollande, l’opposition aux Habsbourg en Autriche, en Hongrie, en Sicile… Les combats maritimes privent bel et bien la Bretagne de débouchés commerciaux. Le royaume est sur tous les fronts. Contrairement à ce qu’a écrit récemment un leader régionaliste de l’aile bretonne de la gauche française (http://7seizh.info/2013/10/29/christian-guyonvarch-les-bonnets-rouges-cest-aussi-le-code-paysan-pas-deconomie-durable-sans-justice-sociale/), tout ressemble à la situation actuelle, en s’adaptant un minimum à l’esprit des époques bien évidemment. Placez en toile de fond le financement de guerres et le commerce gêné par la concurrence incitée par Louis XIV (disparitions des manufactures de toiles de Quintin à titre d’exemple, notamment par l’installation volontaire de Hollandais comme Van Robais), « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » ?

Alors, « guerre de Hollande », trop de fiscalité, privation de débouchés commerciaux, décisions prises dans l’intérêt de Paris… Ca ne vous dit rien ?

Des « statuts à part » en terme d’impôts ?

Il ne s’agissait pas de statuts à part mais de la violation successive des droits du peuple breton, mentionnés dans le traité de 1532. Actuellement, la Bretagne sacrifie plus que jamais ses finances et sa fiscalité pour l’Ile-de-France ; la création du grand Paris est à l’origine de nombreuses nouvelles taxes, du gel des dotations aux collectivités territoriales : aux départements et aux régions. Nous payons des impôts qui ne reviennent pas, c’est pour cela que la Bretagne a un budget ridicule face aux autres pays émergeant d’Europe : Catalogne, Pays de Galles, Ecosse, Flandre… C’est ce hold-up qui empêche de construire nos bonnes infrastructures, d’aider et de choisir nos productions donc de permettre un développement régulier et respectueux des hommes et de l’environnement.

« Les codes paysans » ?

Ici, l’auteur de l’article dilue des revendications précises tout comme on voudrait diluer la Bretagne dans un far-west francilien. On peut même ricaner ensemble sur la revendication de « la gratuité du tabac » à cette époque où il n’y avait que peu d’autres « opiums du peuple » mais la profondeur des écrits revendicatifs du peuple était tout autre. D’ailleurs, l’article d’Ouest-France se sent tout de même obligé d’effectuer à juste titre une comparaison avec la réclamation de l’abolition des droits seigneuriaux, 114 ans avant la Révolution. Une revendication qui avait d’ailleurs été portée par les Bretons à Paris.

Le Code Paysan rédigé, on y trouve des revendications liées à :

–        l’organisation d’un système de représentation ;

–        la suppression de droits de propriété sur les domaines congéables au nom d’un idéal, la Liberté Armorique ;

–        l’abolition des ordres féodaux par mariages mixtes et dispersion des héritages ;

–        Le droit des femmes ;

–        L’abolition d’impôts abusifs ;

–        La conservation mais limitation de l’impôt royal sur le vin ;

–        l’utilisation d’un impôt pour un service public sur le bien-être ;

–        la suppression des impôts cléricaux et octroi d’un salaire fixe aux clercs ;

–        la suppression du papier timbré, le timbre étant une taxe sur les actes légaux ;

–        le droit de chasse et une revendication « écologique » avant l’heure de limitation de la saison de chasse ;

–        la liberté et la loyauté dans les relations avec les services seigneuriaux, les services publics de l’époque.

Ce code s’appuie par ailleurs clairement sur la « Liberté Armorique », expression faisait référence aux clauses du traité de 1532.

La répression

L’auteur de l’article d’Ouest-France cite Mme de Sévigné quelque peu troublée par les exactions des soldats du Roi de France. Quelle hypocrisie Mme de Sévigné qui appela fin 1675 à pendre ou à condamner à la galère tous les révoltés !

Le duc de Chaulnes résuma bien la situation : « Les arbres commencent à avoir le poids qu’on leur donne ».

Tous les témoignages convergent pour mettre à jour une répression, des incendies, des massacres, des viols et des tortures à l’encontre de la population de Bretagne auxquels, beaucoup plus tard, la riposte militaire française en Algérie ou son écho islamiste contemporain n’auront rien à envier.

L’Histoire est constituée de cycles, sa connaissance permet d’améliorer le quotidien et de préparer l’avenir. Depuis la fin de l’Ancien Régime, nous connaissons le suffrage universel, c’est l’arme pacifique que nous devons prôner.

Bertrand Deléon.

4 COMMENTS

  1. Contacté l’historien Jean-Jacques Monnier précise :  » Mon propos était sur la Bretagne et non l’Ouest et je disais que le 44 était frappé deux fois,par l’écotaxe avec l’absence des rabais et correctifs accordés à la Bretagne administrative. Je parlais bien sûr du sel de Guérande et pas de la Vendée, mais du Bas Poitou. » le quotidien rennais est le plus fidèle allié du pouvoir central en Bretagne

  2. Contacté l’historien Jean-Jacques Monnier précise :  » Mon propos était sur la Bretagne et non l’Ouest et je disais que le 44 était frappé deux fois,par l’écotaxe avec l’absence des rabais et correctifs accordés à la Bretagne administrative. Je parlais bien sûr du sel de Guérande et pas de la Vendée, mais du Bas Poitou. »

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