Des milliers de livres conservés par la BnF… prennent l’eau

10 000 livres touchés selon les responsables de la BnF,  35 à 40 000 selon la Fédération syndicale unitaire (FSU)…

L’information a mit du temps à circuler – mardi soir, le site internet Actualitté était le premier à la révéler. Entre 10 000 et 40 000 ouvrages, livres et manuscrits, ont été endommagés suite à une inondation des locaux de la BnF dimanche soir, la bibliothèque François Mitterand à Paris – Tolbiac. La rupture d’une canalisation en est à l’origine.

Entre cachotteries et bataille des chiffres

photo de LPLT, licence Creative Commons 3.0
la bibliothèque François Mittérand, photo de LPLT, licence Creative Commons 3.0

Expliquer aux habitants d’un pays que son patrimoine commun est perdu ne se fait pas, surtout en période de contestation. Est-ce pour cette raison que les déclarations sont si contradictoires ? … 12 000 livres selon les sources officielles, qui signalent que les ouvrages concernés sont surtout postérieurs à 1850, que « ce sinistre n’entraînera pas de perte irrémédiable pour le patrimoine », et que « plus de la moitié des livres auront réintégré les magasins en fin de semaine ». Elle insiste aussi sur des travaux de mise en conformité progressifs, réalisés depuis 2001.

Mais les personnes qui travaillent actuellement à tenter de sauver ce qui peut l’être donnent d’autres chiffres : 35 à 40 000 ouvrages. Les livres sortis de la bibliothèque mardi soir représentaient… un kilomètre, mis bout à bout. Elles ajoutent que la BnF a déjà subi une inondation en 2004, et que la direction savait dès 2007, grâce à un audit, que les infrastructures liées à la circulation de l’eau étaient vétustes. Enfin, le syndicaliste Jean-François Besançon signale que « contrairement à ce que dit la direction, il n’y a pas de double » de ces ouvrages.

De quoi jeter le doute sur la compétences des institutions françaises dans la gestion de patrimoine… car dans le même temps, la BnF communique largement en faveur du projet ReLIRE. Pour la modique somme de 30 millions d’euros d’argent public (quand 1 ou 2 auraient suffit à réparer les canalisations de la bibliothèque François Mitterand), ce projet permet la numérisation des livres du XXe siècle… sans l’accord de leurs auteurs, et sans avoir la diligence de les en prévenir, bien sûr. Le but est d’en vendre les droits aux principaux éditeurs français via la SOFIA (les auteurs sont rémunérés par quelques miettes, qu’on se rassure), une société de gestion de droits comparable à la Sacem pour la musique. Ce projet est si controversé dans la manière dont il est mis en place que ses défenseurs font actuellement l’objet d’une procédure de recours pour abus de pouvoir. Des actions de communication pour ReLIRE se poursuivent au moment même où les locaux de la BnF sont en ébullition afin d’effacer les conséquence de l’inondation. Ça fait un peu tache…

Un bâtiment mal conçu

Car la bibliothèque François Mitterand, créée par l’architecte Dominique Perrault (qui a été récompensé en 1996 du très prestigieux prix Mies van der Rohe, attribué à la meilleure qualité architecturale d’une construction en Europe), regorge de problèmes. On passe sur l’idée de construire une bibliothèque au bord de la Seine, qui aurait pu être pardonnée si la sécurité anti-inondations y avait été optimale. En plus du système de canalisations incriminé, la bibliothèque François Mitterand a hérité d’une passerelle en bois terriblement glissante les jours de pluie, et n’offre pas de Wifi ailleurs qu’au rez-de-chaussée – ce qui rend le travail sur des documents plutôt inconfortable… Il y a mieux : les concepteurs, visiblement grands amateurs de ces bâtiments lumineux tellement à la mode, ont vraisemblablement oublié que les livres et le soleil ne font pas bon ménage. Le résultat, très classe, prend la forme de planches de bois (voire de couvertures) posées sur les fenêtres pour les obstruer, et protéger les livres de la lumière…

Le patrimoine breton amputé ?

Les ouvrages touchés seront indisponibles pour au moins six mois. Ils peuvent être assez anciens, certains datent du XVIe au XIXe. Le syndicat parle de « livres magnifiques avec des couvertures en cuir » et de « collections royales ». Mais y avait-il, parmi ces ouvrages, des trésors du patrimoine breton ? Certains de ces ouvrages sont-ils à jamais perdus ? Difficile de répondre à ce stade. D’après les sources officielles, le département littérature et arts contient :

  • Langues et littératures classiques, arts
  • Langues et littératures étrangères
  • Langue française et littératures d’expression française
  • Littérature de jeunesse
  • Histoire et métiers du livre, lecture, presse
  • Documentation sur le livre, la presse et la lecture
  • Langues et littératures étrangères
  • Linguistique, langue française et littérature d’expression française
  • Littératures classiques, littératures orientales et arts

Comme on peut le vérifier en ligne, certains ouvrages y sont consacrés à la Bretagne. En attendant davantage de détails, on se demande – douloureusement – à quel point celà pourrait amputer (un peu plus ?)  le patrimoine breton… Face aux « accidents » qui se répètent, une décentralisation apparaît plus que nécessaire…

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