Bienvenue en Bretagne et maintenant barrez-vous !

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-TRIBUNE LIBRE-

Ah l’été ! Les deux autres mois noirs ! L’invasion saisonnière ! Chaque année, faut que ça recommence. Cent mille fois sauterelles ! Mildiou balnéaire ! Pollution bronzouillante ! Alors attention. Je ne critique pas le tourisme. Economie, “ouverture aux autres”, “faire connaître nos produits”…bon….faut pas être nord-coréen non plus. Et puis, chez nous c’est beau. C’est même magnifique ! Et puis nous les bretons, nous sommes beaux naturellement. Surtout les bretonnes ! Des cartes postales à nous tout seuls ! Dans les Yvelines ou en Seine-et-Loire, ça sent l’égoût, tout le monde est moche, faut bien que tous ces malheureux voient un peu de beau dans le ciel de temps en temps. Les honnêtes travailleurs. Les bons citoyens. Les gens qui triment 11,5 mois de l’année pour se payer 15 jours avec leurs gosses dans un camping à Erquy. Ceux-là sont toujours les bienvenus chez nous ! Origine ? Profession ? Pouvoir d’achat ? Foin, foin ! Celui qui se comporte bien chez nous est notre hôte. Sacré ! Respecter la Bretagne et le peuple breton, voilà la clé ! Le secret de tout.

Mais alors… ah mais alors, il y a deux populations dont on se passerait vraiment. Autant que l’écotaxe !…

En tête d’affiche : les racailles. Chaque année, des campings entiers sont infestés par cette gangrène wechwechante. Ca descend des cités parisiennes où ils font déjà chier les besogneux du mardi gras au mardi maigre. Au bout de 3mn de leur dégoulinante présence, ils te transforment la moindre plage en reconstitution de moyen-âge. Arrogants, agressifs, sonores, les verrues du monde moderne ! Tellement habitués à emmerder le monde que ça en devient une vraie passion. Au moins avec les blousons noirs on avait du rock n’roll, du cuir et de la chaîne de vélo. Avec eux, c’est l’abomination de la désolation du pire navrant ! Fric ! Tape à l’oeil ! Flashy ! Morgan Stanley avec de la colle dans les cheveux ! Le capitalisme le plus hyénoïde ! Bernard Madoff en maillot du PSG !  Ah puis y’a l’accent ! Rien que ça, ça te pollue l’atmosphère. A faire dégueuler un rat ! Pire que 20 000 centrales à charbon mexicaines ! Et dire qu’on va se les fader d’ici 15 jours. Ah, l’horrible punition ! J’ai déjà la fourche qui me démange.

Et il y aura toujours des cons à les trouver très exotiques. “Stigmatisés” comme on dit de nos jours, opprimés de nature. A voir en eux, la nouvelle classe héroïque ! Même François Dolto elle en aurait écrit un livre d’amour. Ah non de Dieu, ce qu’on peut être con quand on lit Télérama…

Donc sorti de ces joyeux lurons qui fascinent tant ce qui ne vivent pas avec eux, en Bretagne on a aussi une autre invasion de criquets de juillet à août : les bourgeois parisiens.

Les deux sont liés d’ailleurs. L’un achète son shit et sa coke à l’autre. Saint-Briac, Saint-Malo, Locmariaquer, Belle-île, La Baule, Saint-Brévin, Le Pouliguen, Trinité, Carnac, le Golfe. De fin juin à début septembre, territoires occupés ! Ils nous font monter le prix de l’immobilier, pire que le chômage, c’est dire. Ah l’horreur ! Pareil que les autres zoulous : arrogants, fric, pantalons blancs. Ah l’accent là aussi. Une patate chaude dans le bec. Surtout les femmes !  Et puis faut que ça fasse des phrases pour tout. Sur le marché, jamais assez bios et issus du commerce équitable les poulets à René de la ferme de Lost-ar-C’hoad. Et leurs voiliers, dans le port de Bénodet. “On va tirer quelques bordées”. Putain, je te reconstituerais bien un régiment de pirates pour aller rançonner ces Master Card sur pattes, moi.

Et puis ils sont tous à moitié médecin de quelque chose. Ou dans la pub. Les pires dans la pub ! Lunettes carrées et barbe de trois jours ! En Bretagne, ils viennent faire du “ressourcing”, du “deconnecting”. “L’air pur”, “les flots déchaînés”, “la nature brute”, le “vent farouche”, tout les clichetons ! Nous on écoute et on rigole. Et puis faut que ça joue au breton. Fringues bleus délavés, pompes ‘sailer’s” tout ça. Cette année, vous allez voir, il vont tous vouloir s’acheter des bonnets rouges. Pour faire “Breizh”. Ou “Braïzh”. Faut toujours qu’ils mettent un A, comprendrai jamais pourquoi. Avec tout ça, Armor Lux va encore être obligé de faire tourner les écossais. Surtout pas malheureux ! Laisse ce bonnet rouge sur le comptoir ! Les Bonnets Rouges c’est breton uniquement ! Eventuellement occitan, basque, catalan. Mais jamais français ! Eure-et-Loir, Oise-et-Rhône, Hauts-de-Seine, jamais ! Jamais ! Impossible ! Laisse ça que j’ti dis. Ca te va pas de toute façon ! T’as l’air encore plus gourdasse que d’habitude ! La grosse doudou ! On voit ton double menton ! Dans la rue, les gosses vont t’appeler mémère !

Ah et puis c’est une constante, le bourgeois parisien, ça a toujours une arrière-grand-mère qui venait de Ploudal. Et que je t’en rajoute dans l’histoire larmoyante : “tu vois elle est montée à Paris… tu comprends… il fallait bien qu’elle sorte de sa misère…. En Bretagne il n’y avait rien.” Non je ne comprends pas ! Tu sors ta carte bleue, tu prends tes “cahiers du cinéma” et tu la boucles. 60 ans après, on fait vivre la moitié de la France, nous les bretons !

Et puis là… écoute moi bien “Fred” ou “Cyprien”… Là ce qui me ferais plaisir c’est que tu  fasses le même chemin que mémé, bouseux ! Direction Périph ! Rentre chez toi ! Dès le 3 juillet ! Prends ton pote la racaille au passage et bouffez-vous bien la gueule 11 mois de l’année. Nous, de notre côté, on se prépare à recevoir les vrais touristes. Les respectueux. Les polis. Les ceux qui méritent

Toi si tu veux rester 2-3 jours chez nous, va falloir filer doux et dire bonjour à la dame. Les bretons c’est pas Arcachon. Bienvenue en Bretagne, t’as vu, c’est beau. “On est des gens tellement gentils” tout ça. Ca on le sait. Et beaux comme des dieux aussi. T’as bien regardé ? Alors maintenant achète ton menhir en plastique et barre toi !

58 Commentaires

  1. Je suis né a Guérande et j’habite a La Baule et c’est exactement cela,il y a toujours cette racaille de banlieue parisienne,vacance payé par l’état qui nous pollue.Vive le B5.

  2. Moi je l’ai trouvé pertinent et réaliste (de par mon expérience) et j’attend une suite sur les retraités nantis de Versailles, Paris etc…qui viennent racheter tout ce qui peut l’être pour leurs résidences principales et/ou secondaires au détriment des locaux obligés de s’expatrier de plus en plus loin car ils ne peuvent pas suivre. Désolé de penser d’abord à mes enfants plutôt qu’aux agences immobilières et à tous ceux qui profitent du tourisme !!!

  3. Haaaa polémique… polémique….quand tu nous tiens !! 🙂
    C’est un beau texte. Bien écrit. rythmé et j’y ai surtout lu beaucoup d’humour… cynique peut-être, mais tellement représentatif de ce que beaucoup de bretons…. les “vrais”… les “chez eux” 😉 pensent et disent parfois entre “pays”… quand les tempêtes reviennent et que seuls les zinzins viennent se faire des frayeurs en baguenaudant sur les jetées…. ^_^

  4. Je partage l’avis de René Moullec et j’ajouterai que lorsque Maël Pellan et 7seizh publient un texte comme celui-ci ils sont libres de s’exprimer en employant les mots qu’ils veulent et que leur libre arbitre leur fait choisir. Mais il faut aussi qu’ils s’attendent à des retours critiques exprimés par des personnes libres connaissant le sens des mots et capables d’autonomie. C’est un peu trop facile de balancer un texte et de dire ensuite que ses lecteurs ont le droit de le critiquer et d’apporter des arguments au débat mais que d’une part ils n’ont pas très bien compris et que d’autre part en s’exprimant ces dits lecteurs seraient suspectés de n’être pas dans l’échange. Cette rhétorique toute journalistique commence à être bien connue. Elle est très parisienne. Et elle nuit gravement à la santé de la liberté d’expression et à la qualité de l’information. Ah, pour finir en ce qui me concerne, pour écrire une tribune de ce genre il faut un talent qui manque encore à son auteur.

  5. Je conçois que cette page puisse vous déranger. Et je conçois tout autant que vous exprimiez votre pensée. C’est le but. Aucun soucis faites-le !

    Maintenant, et pour rester dans l’échange, il est important de donner aux mots le sens qu’ils ont réellement pour ne pas tomber immédiatement dans une foire d’empoigne où chacun ne fait que s’écouter sans même entendre ce que dit l’autre.

    Pour gagner en qualité dans l’échange, il est important de ne pas fermer une conversation avec des mots galvaudés, sinon le dialogue ne sera pas. Deux sourds peuvent hurler très fort, jamais ils ne s’entendront.

  6. C’est juste, ce que vous dites. Mais ne correspondant pas à la réaction que cette tribune m’a inspirée.
    On peut aussi, et je prends cette position, donner à son blog, ou à sa tribune, une référence à certaines valeurs. Comme le débat, l’échange d’idées, la confrontation, c’est ce que vous défendez, mais on peut aussi ajouter le respect des autres même si on n’est pas d’accord, le refus du rejet de principe, la référence à une base où on tentera d’objectiver plutôt que de dénigrer et d’apporter des arguments plutôt que de délivrer ses vérités (si elles ne sont pas racistes, elles sont) haineuses (je trouve).
    Votre page semble parler de la Bretagne (et au hasard des rencontres en France je constate l’image enviée que notre région génère), et en donne une image repoussante.
    Ceci, je pense, aurait l’avantage de pousser les lecteurs de passage par hasard à revenir en y cherchant un espace intéressant, constructif.
    C’est un avis.

  7. Rappel :

    Qu’est- ce qu’une TRIBUNE LIBRE ?
    Une tribune libre désigne, dans la presse écrite, un article d’opinion publié dans une rubrique ouverte au public.
    Ce mode de publication permet à une personne qui n’appartient pas à l’équipe de rédaction d’exprimer publiquement ses idées. Dans la presse écrite, il s’agit d’un article d’opinion, de commentaire ou de réactions qui permet, dans la mesure du respect des autres et du bon sens, d’aborder des thèmes très divers.

    Qu’est-ce que la LIBERTE D’EXPRESSION ?
    La liberté d’opinion et d’expression est l’une des premières libertés politiques et plus généralement des libertés fondamentales.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9_d'expression

    Un rappel sur le bon usage des mots :

    “Ils sont forts, puissants et suaves. Les dénaturer les vulgarise, les vider de leur essence les soustrait de la pensée dont ils cherchent à se faire le meilleur ami.” MARTINE THÉVENOT, OMPI

    Et sur le racisme :
    “Le racisme est une idéologie qui, partant du postulat de l’existence de races humaines,considère que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d’autres”
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Racisme

    Parce que les mots ont un sens, et à la lecture de cette TRIBUNE LIBRE, aucune trace de racisme, mais bien l’expression d’une pensée ce qui relève de la liberté d’expression.

    Et puisque les mots ont un sens, commençons par le respecter. Ce sera déjà un bon début plutôt que de jeter l’anathème sur tout ce qui ne pense pas comme soi, … Quand une société pratique le déni de liberté d’expression et la censure, on n’est pas loin du système totalitaire et même très proche de la dictature !

    PS : Et s’il fallait plutôt se pencher sur la disparition du LIBRE ARBITRE ?
    (Le libre arbitre est la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser.)

    • J’apprécie ce qui croque sous la dent, le cinglant, le cynique , la contradiction, la confrontation. La dispute, au sens premier du terme. Finalement, j’ai même quelque tendresse pour la connerie, quand elle ne se présente pas savante, autoritaire, péremptoire. Alors qu’on fasse du faux machin, c’est mieux à mon goût qu’être faux cul. Nullissime? c’est peut être aussi revalorisant que ramasser les miettes de ceux qu’on sert, pour faire son pain. Laissez donc vos lecteurs s’exprimer. Les râleurs râleront. Ce n’est pas grave, c’est même amusant quand on découvre en filigrane, quelque intention politique.

  8. les tribunes libres chez 7seizh c’est souvent du niveau du café du commerce, comme d’hab bien beauf et digne d’une rédaction d’un ado en pleine rebellion juvénile, restez en à diffuser des infos c’est bien plus intéressant.

  9. Sacré Pellan, d’un revers de gaffe, il me tire une baffe qui me laisse séant. A première vue, la sienne, je suis une pièce rapportée, une sorte d’helveto-breton au fort accent vaudois, à la gueule culottée par le chasselas. Mais à regarder de plus près, je retrouve des traces encore fraîches en mémoire akashique de ces protestants qui abandonnèrent à l’époque la région de Morlaix. Après t’avoir lu, oserai-je encore dire, quand la Faculté me condamna à rencontrer l’Ankou, que ce que je fus dans l’Antique réflexe, l’ultime instinct, que j’abandonnais tout la-bas, pour refaire surface, ici. Oui, mes gènes m’ont ramené instinctivement au pays d’où je suis. Et tout comme toi, je charogne contre les furoncles qui polluent notre chez nous. Je n’y mets pas plus de nuances, je n’ose tout simplement pas le dire autrement qu’avec mon bonnet rouge, devant le pare-brise de mon automobile. Encore qu’en Morbihan, c’est peut-être déjà une preuve de courage. Tu m’invites à la boucler. Je vais le faire, parce que je viens, enfin, de trouver plus borné que moi. Je suis admiratif. Kenavo

    • Je ne suis pas anonyme, je m’appelle Philippe Rajalu, suis Breton, et avais commenté de la façon suivante : “Ce n’est pas très drôle et ça enfonce des portes ouvertes depuis l’invention du tourisme et la découverte des bains de mer. Sans compter les clichés mal digérés que ça comporte. Très française en fait comme tribune.”

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