Bretagne : Reprendre nos terres

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C’est fait, approuvé, entériné : grâce à la nouvelle loi sur le renseignement, tout militant breton qui désapprouve publiquement la politique nationale sera traité comme un terroriste en puissance. Toute notre vie privée d’internautes sera analysé par l’Etat. Peur ?

La loi sur le renseignement fait couler des sueurs froides du front jusqu’au bas des pieds à un paquet de gens. C’est vrai qu’en tant que militants bretons, automatiquement, on est suspects. Mieux vaut être suspect que lèche-c… alors histoire que ce message soit reniflé par les copains du renseignement : terroriste, bombe, attentat, meurtre, massacre, François Hollande, mort, tuer, arsenic. Ça devrait suffire aux robots chargés de nous fliquer. J’ai votre attention ? Pardonnez ces manières peu cavalières…

Je me dis que si vous déployez tous ces efforts et ces moyens pour surveiller les concitoyens de votre propre pays, c’est que vous avez peur. Peur de perdre vos places. La soupe est bonne, et puis ce gouvernement n’a jamais été aussi impopulaire. Les votes « extrémistes » s’envolent, enfin, vous le savez déjà tout ça… Pendant un temps, j’ai cherché pourquoi on vous ferait peur. Ce n’est pas du mal qu’on dit de François Hollande ou de Manuel Valls sur internet que vous avez peur, non. Vous vous en fichez, et d’ailleurs, pour traiter la somme des insultes qui les visent sur le web, une équipe d’un millier de personnes à temps plein n’y suffirait pas. Vous avez peur qu’on utilise internet pour s’organiser. Nous, les simples citoyens.

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“Des mesures de sécurité, en vêtement de sécurité !” © Frilouz

C’est marrant, l’Histoire. Elle se répète. Longtemps, très longtemps, posséder des terres fut la source ultime de pouvoir. On s’est battus pour ça jusqu’en 1945. Après, ç’a été l’argent – il le reste pour beaucoup. Maintenant, c’est l’information. Enfin, vous croyez ça peut-être ? L’argent et l’information ne nourrissent pas. Ils n’apportent pas le bonheur, ce truc auquel on aspire en tant qu’êtres humains. Par contre, vivre sur une terre que l’on aime et avec laquelle on se sent en harmonie, ça n’a pas de prix. Partout, vos concitoyens le ressentent. Ils commencent à reprendre leurs terres. Ça passe par les ZAD – les Zones à Défendre – qui se multiplient. Par le combat contre les projets de décharges, de centrales, d’élevages à 100 000 poules, de lignes TGV inutiles, toute destruction des terres agricoles. On achète de plus en plus « du coin » et du produit en Bretagne. On fait pousser des légumes dans nos jardins, on créée des monnaies locales. On replante des haies. On relance l’économie sociale et solidaire. On covoiture – en Bretagne plus qu’ailleurs. On accepte (ou pas) les hordes de touristes qui viennent chercher dans la forêt de Paimpont-Brocéliande, dans le golfe du Morbihan ou la baie du mont Saint-Michel la beauté, la paix et la spiritualité qui leur manquent.

Avant tout, on reprend nos terres.

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“Au cas où il crierait Allahou Akbar” © Frilouz

Celles que vous essayez de nous voler, d’enlaidir, de massacrer avec la complicité de quelques super-riches ou « gros industriels » qui se croient tout permis. Nos terres de Bretagne, c’est ce que nous avons de plus précieux.

Pourquoi vous essayez de détruire avec tant de force ce qui fait le ciment de l’identité régionale ? De quoi vous avez peur, au juste ? Que l’on dise « nous » ? « Nous » les Bretons, « nous » les Basques, « nous » les Catalans, « nous » les Corses. Pour conserver votre bonne soupe, il faut que les administrés soient aussi isolés et individualistes que possible. Qu’ils ne s’unissent jamais, qu’ils se bouffent les uns les autres pour vous épargner. Que les survivants au SMIC tapent sur les survivants au RSA, pendant que vous maintenez l’illusion que l’UMP – pardon, « les Républicains » tape sur le PS. En fait, vous mangez de la même soupe – et le FN aimerait vous la piquer.

A cette dissolution de nos terres et de notre unité que vous essayez de distiller, nous répondrons « nous ». De plus en plus fort. Nous sommes de plus en plus nombreux à voter Breton. A l’espionnage, nous répondons que personne ne nous privera de nos terres. Nous sommes en Bretagne parce que nous aimons les terres de Bretagne. « Est Breton qui veut l’être », dit une expression populaire. J’aimerai y ajouter « Est Breton qui respecte la Bretagne ».

Vous tremblez à l’idée que « nous » descendions dans les rues remettre des hermines à Nantes, à l’idée que nous apprenions la réelle histoire de la Bretagne à nos enfants, à l’idée que nous soyons encore plus nombreux à parler la langue que vous avez tenté de détruire voici un siècle.

Cette nouvelle loi du renseignement ne vous apportera aucun apaisement.

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