Le Si et l’histoire de Bretagne par Frédéric Morvan : la bataille d’Auray.

battle_of_auray_2Cette semaine nous avons commémoré un des évènements les plus célèbres de l’histoire de Bretagne : la bataille d’Auray qui a eu lieu le 29 septembre 1364, rencontre où Jean de Montfort, prétendant au trône de Bretagne, avec le soutien de guerriers anglais alors très célèbres (Chandos, Calverley, Knolles) et de quelques bretons (comme Olivier de Clisson) l’emporta sur Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, alors duchesse de Bretagne en titre, appuyé par les noblesses bretonne et française.

Que se serait il passé si Jean de Beaumanoir, le maréchal de l’armée de Bretagne, grand vainqueur du combat des Trente (1351), avait réussi à obtenir des Anglais une trêve ? La guerre de Succession aurait duré encore quelques temps sans doute et une grande bataille aurait fini par arriver. En fait Auray ne pouvait qu’arriver. Chacun était à bout. C’est pour cela que Chandos, le chef de l’armée de Jean de Montfort, repoussa la demande de Beaumanoir et insista pour que l’on se batte et affirma que de cette bataille allait sortir un seul duc de Bretagne.

Que se serait il passé si Charles de Blois l’avait emporté et qu’à la place d’y mourir, c’est son adversaire, Jean de Montfort qui y serait mort ? Charles de Blois serait devenu le seul duc de Bretagne. Les Anglais auraient eu beaucoup de mal à justifier leur présence en Bretagne, même s’ils en avaient un besoin vital pour la sécurité de leurs liaisons maritimes entre l’Angleterre et l’Aquitaine. Jeanne de Penthièvre, épouse de Charles, et duchesse de Bretagne par droit propre, n’aurait pas eu l’obligation de s’exiler à la cour de sa fille, la duchesse d’Anjou, ou à Paris auprès du roi de France. Même si son mari était assez incompétent, elle aurait gouverné avec l’appui de la noblesse bretonne et de cette efficace administration du duché mis en place par ses ancêtres, les Dreux. Elle aurait été bien sûr redevable au roi de France, et encore, car si l’on regarde bien ses soutiens français, ils appartenaient à sa parenté et à son réseau d’amitiés et de vassaux. La Bretagne n’aurait pas connu des années d’incertitudes, de chaos politique et économique. Et si l’on va beaucoup plus loin dans le temps, ses descendants n’auraient pas eu besoin de kidnapper en 1420 Jean V, fils de Jean de Montfort (le vainqueur d’Auray qui après sa victoire devint Jean IV), ou même de vendre leurs droits sur le trône breton à Louis XI en 1480. Normal, ils auraient été les ducs de Bretagne.

Si Charles de Blois avait survécu et gagné, jamais Du Guesclin, son champion, n’aurait rendu ses armes à l’écuyer de Chandos. Il n’aurait pas eu à vendre son fameux bras armé pour payer son énorme rançon. Il n’aurait pas eu à rassembler les routiers, ses pilleurs si dangereux, dont beaucoup provenaient de l’armée de Charles de Blois, qui ravagèrent la France, l’Espagne, l’Italie. Il n’aurait pas eu à rançonner le pape, ni le roi d’Aragon. Il ne serait pas intervenu en Espagne et n’aurait sans doute pas mis sur le trône castillan Henri de Trastamare. Et la révolution trastamarienne n’aurait pas eu lieu, cette révolution qui amena à long terme la conquête des Amériques. Pierre le Cruel n’aurait pas été tué par le breton Olivier de Mauny. Et surtout Du Guesclin n’aurait pas été nommé connétable de France. Plus certainement, il aurait été succédé à son cousin, Jean de Beaumanoir, en tant que maréchal de Bretagne. Déjà fait par le roi de France, comte de Longueville, il serait surtout occupé de ses terres bretonnes et normandes (si son père était breton, sa mère était normande). Il s’en occupa, mais que tardivement et encore car Du Guesclin passa une grande partie de sa vie à chercher de l’argent afin de payer ses rançons et ses hommes.

Et pour finir, si à la place d’être blessé – son œil fut crevé ce qui le rendit ivre de rage – le jeune Olivier de Clisson, le seul breton célèbre à avoir soutenu Jean de Montfort, avait été tué lors de la bataille. Il n’aurait jamais eu l’occasion de se fâcher avec Jean de Monfort, de s’allier avec Du Guesclin, de lui succéder en tant que connétable de France, de devenir le plus riche seigneur de Bretagne et même de France – à tel point qu’il acheta le Porhoët avec le château de Josselin – et enfin de devenir le premier ministre du roi Charles VI. Ce dernier n’aurait pas eu à partir envahir la Bretagne afin de venger la tentative d’assassinat qu’avait subi Olivier de Clisson. En chemin, il n’aurait pas fait cette rencontre qui déclencha cette crise de folie qui obligea ses oncles à l’enfermer et à proclamer la régence, provoquant la sanglante querelle entre les Armagnacs et les Bourguignons, l’affaiblissement du royaume de France qui, mal gouverné, fut incapable de l’emporter à la bataille d’Azincourt (1415).

Frédéric Morvan, tous droits réservés

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