Réflexion sur la Loi « Travail » et le « 49.3 »

PAUL MOLACJ’ai reçu un certain nombre de sollicitations, plus ou moins polies, sur la loi travail. Les premières pour m’inciter ou me sommer de voter contre, les secondes pour me demander ou m’intimer l’ordre de voter la motion de censure portée par le centre et la droite. En fait, j’ai surtout reçu des messages types qui étaient peu argumentés. Je vais donc tenter une synthèse sur ce sujet important qui agite la société.

Il est vrai qu’il est difficile de s’y retrouver dans cette loi. Entre l’avant-projet de loi, et celle présentée à l’Assemblée nationale, de nombreux changements furent apportés. La dernière version elle-même, 54 articles et 222 pages, fut modifiée par l’intégration de plus de 450 amendements, essentiellement rédactionnels, mais pas seulement. Il faut noter que cette loi divise la gauche mais également le monde du travail puisque certains syndicats se sont dits satisfaits à la suite des négociations faites avec le Gouvernement.

Alors, j’ai relu la dernière mouture de la loi dans le détail.

On me parle de détricotage du Code du travail. Quels sont donc les thèmes concernés par la loi ? Il s’agit des heures supplémentaires, de leur calcul et de leur rémunération car la semaine de travail reste à 35h et non pas à 39h comme le propose la droite. Il s’agit aussi du travail de nuit et de sa rémunération, de certains congés et de certaines causes de licenciements. Les articles concernant les dommages et intérêts en cas de licenciement, ont quant à eux été supprimés.

Ce qui inquiète le plus, c’est « l’inversion des normes ».

Le terme est en lui-même relativement sibyllin. Je vais donc tenter de l’expliquer. Dans le droit du travail, il existe 3 niveaux. Le premier est du ressort de la loi, par exemple, le travail hebdomadaire est fixé à 35 h. Ensuite, vous avez des accords de branche ou conventions collectives qui donnent des droits supplémentaires. Enfin, il existe les accords d’entreprises qui sont plus avantageux encore.

Cette loi propose que les accords d’entreprise puissent s’écarter des accords de branche pour définir leur propre accord d’entreprise. Je cite les messages type reçus : « L’extension des accords de compétitivité va généraliser le chantage à l’emploi et permettre, par accord d’entreprise, de remettre en cause les clauses de notre contrat de travail (temps de travail, mobilité,..) » ou encore « le salarié se retrouvera sous la coupe du patron qui imposera ses vues ; le salarié sera obligé de plier ou de se faire licencier. » Nous sommes là dans la vision « lutte des classes », le salarié est le gentil et le patron le méchant, le voyou de l’affaire. Je conviens volontiers que des patrons voyous cela existe, mais ne généralisons pas.

La réalité est un peu plus complexe. J’ai été salarié pendant 24 ans mais j’ai aussi été président d’association et donc patron, avec 5 salariés pendant 10 ans. Pour avoir justement réalisé dans l’association dont j’étais président un accord d’annualisation du temps de travail, j’ai eu la chance d’avoir un accord de branche qui cadrait avec notre activité et qui fut signé sans aucun problème car il convenait parfaitement à la fois au Conseil d’administration et aux salariés. Par contre, si l’accord de branche n’avait pas été satisfaisant nous n’aurions pas pu faire d’accord. Je ne suis donc pas opposé par principe à l’accord d’entreprise même s’il s’écarte un peu de la convention collective, à partir du moment où l’accord est validé majoritairement dans l’entreprise. Ces accords sont validés si une majorité des salariés le vote ou par consultation des salariés à la demande de syndicats représentant 30 % des suffrages. Certains m’ont dit que ce type de validation équivalait à la Loi Le Chapelier qui interdisait les syndicats. Question d’appréciation sans doute, que je ne partage pas. Les salariés ne sont pas des imbéciles et peuvent, doivent même, avoir les conseils, entre autres, des syndicats. D’ailleurs les accords d’entreprises sont extrêmement nombreux et 80 % sont validés, même par les syndicats les plus revendicatifs.

Pour autant, le risque de tomber sur un patron indélicat existe. La solution aurait été à mon sens de faire valider cet accord par les représentants de la branche. Nous aurions évité à mon sens les problèmes et les logiques de dumping social de certains patrons.La solution choisie par le Gouvernement ne me semble pas à la hauteur de l’enjeu.Je regrette évidemment l’usage du 49-3, entre autre pour ce point. Nous avions d’ailleurs déposé des amendements dans ce sens. Je précise que le droit du travail reste le socle minimum et qu’aucun accord ne peut lui être opposé.

Autre précision car certaines interpellations n’étaient pas claires : le temps de travail n’est pas concerné par cette loi mais il s’agit de la rémunération des heures supplémentaires et des accords d’annualisation, ce qui n’est pas la durée légale du travail.

Sur les motifs de licenciement : je cite certains messages types reçus : « La réforme des licenciements économiques, qui permet à une entreprise de licencier sans réels problèmes économiques, va légaliser les licenciements boursiers », ou « une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques». Le texte précise au contraire, selon la taille de l’entreprise, les difficultés et la durée au bout de laquelle les entreprises peuvent procéder à des licenciements économiques. De plus, l’amendement adopté du rapporteur (nous avions le même), oblige à prendre en compte la situation entière d’un groupe international et pas seulement sa branche française. Je pense que dans ce cas, il s’agit d’un progrès. Je ne vois donc pas en quoi cet article 30, le seul qui parle de licenciement, est de nature à légaliser les licenciements boursiers ?

Je remarque également que les aspects positifs de la loi sont passés sous silence. Pourtant, il en existe, comme le compte personnel d’activité qui a été considérablement remanié sous l’influence de différents partenaires. La garantie jeune; le droit à la déconnexion dans le cadre du télétravail et le renforcement de la lutte contre le travail détaché. Enfin les toutes petites entreprises auront un accompagnement particulier. Cela reste très modeste mais on ne peut en effet pas mettre sur le même plan un artisan où c’est souvent son épouse qui fait la comptabilité et qui gère le personnel, avec un grand groupe bardé d’avocats.

Sans doute cette loi fut-elle mal préparée mais elle a été profondément modifiée et de nombreux acteurs l’ont reconnu. De même, les syndicats réformistes l’ont validée. L’aurais-je votée ? Il est toujours facile après la bataille de le dire. Je suppose qu’aujourd’hui si l’on demande aux Français s’ils seraient dans la Résistance ou la collaboration, ils diraient tous : « la Résistance ». Pourtant à l’époque ils étaient très divisés sur le sujet. Je pense aussi que les débats et la discussion aurait éclairé ma lanterne.

C’est pourquoi le 49-3 ne plaît pas du tout, et je rejoins les nombreuses interpellations reçues sur un sentiment de déni de démocratie.

En effet, cet outil qui permet de faire adopter un texte de loi sur lequel le Gouvernement n’est pas sûr d’obtenir la majorité, est une entorse au principe de respect de la séparation des pouvoirs au détriment du pouvoir législatif représenté par le Parlement. Favorable à une véritable démocratie parlementaire, ce que n’est pas la France avec la Constitution de la Vè République de De Gaulle qui souhaitait un régime avec un pouvoir exécutif fort en la personne du Président de la République élu au suffrage universel, je ne peux que dénoncer l’usage et même l’existence de cet article.

J’en veux pour autant, tant au Gouvernement qu’à certains députés qui ont utilisés l’usage de cet article à des fins de posture politiciennes plutôt que de chercher où était l’intérêt commun. Il est vrai que nous sommes à un an de la présidentielle. En tout cas, le vote de notre amendement sur le contrôle des accords d’entreprises par les branches aurait été de nature à influencer mon vote.

Une question demeure : pourquoi n’ai-je pas voté la motion de censure ?

Sur le fond, je ne me suis retrouvé ni dans le fait que cette loi était un bon outil ni qu’elle était la catastrophe sociale que certains ont voulu nous faire croire depuis le début. Je pense qu’une partie de leur lutte dépasse largement la loi travail. Il s’agissait de faire tomber ce Gouvernement ? Pourquoi faire ? Pour quelle politique, avec quelle majorité et quelles réalités dans un monde dont nous connaissons fort bien les limites mais aussi les marges de manœuvres qui sont les nôtres? Faire tomber ce Gouvernement en votant avec la droite ? Il suffit de lire leur programme ultralibéral pour avoir une petite idée de ce qui nous attend : 39 heures de travail hebdomadaire ; 45 ans de cotisation ; retraite à 65 ans minimum ; suppression de l’ISF et baisse de l’impôt sur le revenu, surtout pour les riches. Cela continue de plus belle : 85 milliards d’économies sur les cotisations sociales ; les déficits repartiront à la hausse ; baisse de 300 000 fonctionnaires. Très peu pour moi.

Il n’est toutefois pas inutile de rappeler que les baisses d’impôts que nous avons réalisées sont pour les plus faibles. Par ailleurs, la lutte contre l’évasion fiscale nous a permis l’année dernière de récupérer 12 milliards. Ce sont plus de 70 mesures prises à la fois par la loi et par le Gouvernement sur cette dernière question. Personne ne le dit. Je constate aussi que l’assurance vieillesse est à l’équilibre et que le déficit de la sécurité sociale a été divisé par trois. Cela permet de montrer que ce Gouvernement qui n’a pas que des avantages, préserve notre système social et que des réformes ne sont plus nécessaires sur ces points.

Ce texte d’explication, dont vous excuserez la longueur, montre la difficulté de la définition de l’intérêt général et du travail de parlementaire au-delà des postures politiciennes. On a aussi compris que pour certains la campagne des présidentielles était ouverte et que pour d’autres, elle est le moyen d’exprimer leur opposition au monde et au pays dans lequel ils vivent. Pourtant, il n’est guère difficile de trouver pire ailleurs, hélas ! Il n’empêche, nous nous devons de continuer à agir en vue d’une amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens, impératif que je place au centre de mon mandat depuis le début de celui-ci, en espérant faire comprendre mon point de vue le plus clairement possible.

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Paul Molac, votre député---------------------------------------------- ---------------------------------------------- Né à Ploërmel, j’ai vécu dans la ferme familiale où j’ai participé au travail depuis mon plus jeune âge. J’ai suivi dans un premier temps des études agricoles et suis devenu aide-familial. Ensuite, j’ai repris le chemin des études et j’ai suivi un cursus d’histoire à l’Université de Rennes 2, obtenant le CAPES en 1988. J’ai depuis enseigné au lycée-collège de Brocéliande à Guer pendant vingt-deux ans. --- Parallèlement à mon activité professionnelle, je me suis engagé dans des associations sportives et culturelles : Bagad de Ploërmel, association Chom’te (collecte de traditions orales gallèses), club de hand-ball, association de parents d’élèves, assoication pour un lycée public à Ploërmel. --- Entre 2001 et 2011, j’ai été président régional de l’association Div Yezh (pour l’enseignement du breton à l’éocle publique). Je suis également vice-président de la coordination associative Kevre Breizh et vice-président de la FLAREP (Fédération pour les langues régionales dans l’enseignement public).--- En 2009, je deviens président du Conseil culturel de Bretagne, créé par la Région Bretagne. Cette institution a pour fonction d’apporter des conseils à la Région sur ses politiques culturelles et linguistiques, sur le tourisme et plus globalement sur le rayonnement de la Bretagne. --- Ayant toujours habité dans le Pays de Ploërmel, j’ai gardé de mon travail dans l’exploitation familiale, un grand intérêt pour l’agriculture et les questions économiques. Breton de cœur et de conviction, je continue à promouvoir la culture bretonne, en particulier les langues (breton et gallo), ainsi que la musique avec, à titre personnel, le groupe Ferzaè.--- Régionaliste, je suis resté longtemps assez discret sur mon engagement politique du fait de mes engagements associatifs.--- En 2012, il m’a été proposé de me présenter aux élections législatives. J’ai accepté cette responsabilité et ai été soutenu par trois partis de la majorité présidentielle. N’étant encarté dans aucun parti, j’appartiens toutefois à la majorité à l’Assemblée nationale. Je suis aujourd’hui député de la 4ème circonscription du Morbihan, élu pour cinq ans.--- Mon action politique se veut réaliste et pragmatique, au service à la fois des habitants, de la Bretagne et de ma circonscription. La politique n’a d’intérêt que si elle s’incarne dans des projets concrets au service des citoyens. --- ---------------------------------------------- Paul Molac, ho kannad---------------------------------------------- Ganet on e Ploermael, el lec’h em eus bevet e menaj ar familh ha labouret kalz e-kerzh ma bugaleaj. Bet on bet war studioù al labour douar ha goude ur prantad labour em eus adtapet hent ar studioù evit bezañ kelenner istor-douaroniezh. Kelennet em eus 22 bloaz e Gwern-Porc’hoed. Bet on bet ezel eus kevredigezhioù sevenadurel, war ar skol hag ar sport ivez. Etre 2001 ha 2011 e oan kadoriad Div Yezh hag eil kadoriad Kevre Breizh hag ar FLAREP. En 2009 ez on bet dilennet kadoriad Kuzul Sevedurel Breizh. Sachet on war-zu al labour douar, an armerzh ha sevenadur Breizh, en o touesk ar yezhoù hag ar sonerezh. Rannvroelour on chomet e-pad pell dindan ar skeud. E 2012 eo bet kinniget din lakaat ma anv evit dilennedagoù kannad gant souten tri strollad politikel. E-barzh an niver brasañ er breujoù emaon. Ar politikerezh evidon a zlee bezañ fetis ha pleustrek, ne dalv nemet pa vez graet evit servij an dud.--- ---------------------------------------------- Paul Molac, vot deputë---------------------------------------------- Në a Pllerrmè, je fus elevë dan unn feurm ou je travallis o mèz paran depè mon pllu jeun age. Je fis le métieu mè o tou apraè lèz étud d’agriqhultur. Je repris le chemin de la gran écoll, je saè devenu enseignou d’istoer a Ghè, 22 an de temp. Je fus dan dèz souet pour la qhutur, l’écoll é le sport. Antr 2001-2011, je fus le mnou de Div Yezh é le sous mnou de Kevre Breizh é de la FLAREP. An 2009, je fu ëlu mnou du Qonsailh Qhuturel de Beurtègn. Je vis depè terjou dan le paiz de Plleurmè é je m’en chui de l’agrighultur è de elijes é ben sur de not qhultur, lèz langaj, le gallo é le berton, la musig o tou. Pour la rejion depé terjou, je fus demandë an 2012 pour ètr deputẽ apoyẽ o troi parti de la majoritë de mezë. Je saè pa dan un parti mè dan la majoritẽ. La politig pour mé se n’è point pour barbacher é ren fèr. I fô fèr dèz chaoz util pour le mond.

15 COMMENTS

  1. Vous insinuez que le vote de la motion de censure mettrait la droite au pouvoir (même si elle l’est déjà) : C’est faux.

    La censure du gouvernement ferait simplement tomber Valls et Macron, et metttrait Hollande devant ses responsabilités : Ce serait un message fort, une sanction de sa trahison.

    Il n’est pas assez stupide pour dissoudre également l’assemblée : il devrait nommer un nouveau premier ministre, et la loi serait bloquée. C’est tout ce que nous demandons.

    Quand au texte qui l’accompagne, il n’a pas la moindre valeur juridique, et n’engage à rien.
    Il est très facile de vous en détacher par un communiqué officiel, comme l’a fait Philippe Noguès en votant la motion : ne vous cachez pas derrière votre petit doigt.

    La question qui vous est demandée est simplement :
    « Accordez vous votre confiance au gouvernement ».
    Si vous répondez pas l’affirmative, vous vous dressez pour nous (électeurs) en complice active de la plus grande trahison politique de la 5e république.

    Sur le site http://onsensouviendra.fr/, des lettres ouvertes sont adressées à tous les députés signataires de la motion « de gauche », les exhortant à signer les prochaines motions de censure, quel qu’en soit le dépositaire ou le texte accompagnant.

    Extrait :
    « En refusant de voter la motion déposée par la droite, vous n’avez pas été au bout de vos convictions et avez préféré la posture à l’acte.

    Nous savons combien le texte accompagnant la motion de droite est éloigné de vos convictions. Aucun électeur de gauche ne s’y trompe : Vos motivations sont diamétralement opposées à celles de la motion de droite.

    Ce texte n’a aucune valeur légale, n’engage en rien et n’a aucun impact sur l’effet de la censure. La censure de droite ou de gauche aura exactement le même effet : Dissolution du gouvernement Valls, et blocage de la loi travail. François Hollande nommera un nouveau premier ministre qui formera un nouveau gouvernement. La droite ne viendra pas au pouvoir. François Hollande n’a aucune raison d’y ajouter une dissolution de l’assemblée.

    Vous pouvez, comme Philippe Noguès, faire une déclaration publique, expliquant les raisons de votre vote, vous désolidarisant ainsi, sans équivoque possible, du texte de la motion de droite.

    Devons nous vous rappelez que, pour faire barrage au FN, vos électeurs n’ont pas hésité, à plusieurs reprises, à suivre vos instructions et voter pour des hommes de droite : Jacques Chirac, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, …

    C’est pourquoi, nous vous exhortons solennellement à voter la prochaine motion de censure, au deuxième passage de la loi travail devant l’assemblée.

    Si une motion de gauche venait à voir le jour, nous vous demandons également de voter les deux motions. Il y a de fortes chances que la droite ne vote pas la motion de gauche et vice versa : Les français sont fatigués de ces guerres de chapelles. Il est impératif de tout mettre en oeuvre pour dissoudre ce gouvernement et bloquer la loi travail.

    Vous craignez sans doute une sanction de votre parti en cas de vote de la censure, allant jusqu’à l’exlusion.

    Si vous êtes un homme de gauche, vous n’avez pas à craindre une éviction. Plus aucun électeur de gauche n’est prêt à voter pour le PS légitimiste : celui qui embrasse l’imposture du mandat de François Hollande. vous traineriez l’étiquette PS comme un boulet pour les prochaines élections. Le vote de la censure vous apportera au contraire le crédit d’un homme intègre, joignant l’acte à la parole.

    Soyez fidèle à vos convictions, plutôt qu’à l’étiquette d’un parti qui les renie. »

  2. C’est marrant (ou plutôt triste) de voir que, dans la bouche d’une personne qui se dit « de gauche », l’expression « lutte des classes » est devenue une insulte. Et ce alors même que le monde n’a jamais autant été inégalitaire (voir les travaux de T. Picketty, qui n’est pas un révolutionnaire pourtant).
    Le fait que manifestement, cette grille de lecture vous est étrangère et même totalement incongrue, fait que votre auto-justification n’évoque même pas le diagnostic qui est à l’origine de la loi travail. Celui-ci consiste à voir dans le droit l’origine des problèmes d’emploi et de chômage. Le droit serait trop rigide, pas assez clair. Mais qui ne voit pas que, derrière le droit, c’est la protection des salariés qui est visée ? Si des économistes parmi les plus orthodoxes défendent ce point de vue, il y en a pleins d’autres qui situent l’origine d’un chômage de masse dans les politiques austéritaires menées en Europe, dans la rémunération outrageuse du capital au détriment du travail et qui obère la consommation des ménages etc. Il est vrai que cette vision des choses demande un minimum de lectures critiques et de sens critique sur le monde environnant….

  3. Demat Paul Je suis désagréablement surpris par cette prise de position. Évacuons d’abord le sujet de la motion de censure: impossible de voter la motion de la droite, car comme tu le dis, on voit ce qui nous attendrait avec ces candidats à la présidentielle qui vont de surenchère en surenchère libérale. Mais si une motion de gauche était passée, grâce à des votes de droite pour des raisons politiciennes, c’était le grand saut dans l’inconnu…
    En ce qui concerne le contenu du projet de loi « travail » je dirai en préambule que je suis adhérent depuis toujours à la CFDT, pourtant je ne comprends pas l’argumentation de ma centrale syndicale, et Laurent Berger ce matin sur France-Inter ne m’a pas convaincu. Ce que je n’avale pas, c’est la primauté donnée aux accords d’entreprises sur les accords de branche, même en cas de clauses plus défavorables. N’étant pas juriste, je ne peux argumenter sur ce plan, et je me base sur mon expérience d’élu syndical. J’ai travaillé dans une grande entreprise ex-publique et ex-monopolistique, qui a été mise sur le marché de la concurrence. Elle a été confrontée à des concurrents qui n’étaient pas soumis aux mêmes accords d’entreprises que la nôtre, et j’ai assisté pendant des années à une régression des acquis sociaux et des conditions de travail, à cause du déséquilibre de concurrence que cette situation engendrait. Cela avant le présent projet de loi! Comment nier que cette loi va entraîner une régression sociale? Si une entreprise d’un secteur décide de rémunérer les heures supplémentaires à 10%, et cela arrivera d’une manière certaine, comment peut-on nier que les autres entreprises de ce secteur s’aligneront sous peine d’une distorsion de concurrence? Car le problème est là: il ne s’agira plus de négociations équilibrées entre syndicats et patronat, car il y aura un chantage à l’emploi qui freinera les velléités des salariés de se défendre.
    A part cela on ne fait rien contre les grands patrons qui s’octroient des rémunérations hors de toute mesure au détriment des salariés et même des entreprises qu’ils dirigent, ni contre les dividendes excessifs versés aux actionnaires ! (cela ne concerne que les grandes entreprises évidemment). Le candidat Hollande avait promis d’agir contre la toute puissance de la Finance, alors que celle-ci n’a cessé de se renforcer pendant son mandat.
    Au plaisir de te lire, si tu as des arguments qui me feraient saisir ce que je n’ai pas compris…

  4. M. le Député, je trouve que vous passez bien vite sur le traitement des heures supplémentaires.
    De 35 heures à 46 heures la loi prévoit une rémunération à 110% imposable au lieu de 125% de 35 heures à 39 heures puis de 150% de 40 à 46 heures avec repos compensatoire. Nous sommes très loin d’une broutille acceptable par les salariés ! En tant que patron d’association, vous savez parfaitement que les 46 heures par semaines sont bien souvent dépassées (malgré l’interdiction européenne). Bien souvent le choix du travail dans une association est un sacerdoce volontaire. Mais pour autant, il serait injuste de pénaliser ce type de salariés qui oeuvrent pour les autres. Des heures majorées à 10% imposées à 12% cela se traduit par une perte importante du pouvoir d’achat…
    Par ailleurs, votre expérience associative vous a permis de voir le fonctionnement du choix des représentants du personnel, ce n’est pas les connaissances juridiques qui sont choisies mais les bonnes relations avec les collègues. Bien souvent, les enjeux économiques et la conscience que la hiérarchie est composée de salariée comme les autres ne sont pas comprises par le personnel et ses représentants. Et pourtant les plus gros soucis des associations sont bien la pérénisation du service et le respect d’une chartre de qualité.
    Si vous prenez le cas de la plus part des UDAF, le financement de la protection des majeurs est un vrai casse tête pour boucler les budgets. Pourtant, ces services occupent des locaux acquis par l’Assocition UDAF et non mis à disposition par l’état. Du coup l’Association n’ayant pas les moyens de financer ses bâtiments (malgré les subventions publiques), elle facture au service de protection des majeurs des indemnités d’occupation de l’ordre de 150.000€ . Cela reprend l’amortissement du bien, les intérêts et bien souvent du personnel d’activités secondaires déficitaires. Nous sommes là en pleine illégalité, il s’agit de détournements de fonds sociaux car en définitive le financement de l’activité de protection des majeurs est partiellement détourner pour enrichir l’Association (au final cette dernière s’enrichit de locaux de plusieurs millions d’euros) et financer des activités distinctes. Ces modes de fonctionnement sont décidés par les Administrateurs et non par les salariés. Ces 150.000€ devraient être utilisés en rémunérations de personnel (environ 5 à 6 personnes) pour améliorer le service rendu. Les Unions Départementales des Associations Familiales et leurs administrateurs préfèrent voir trimer leurs salariés (le terme de familles ne s’adresse pas à ces derniers) et jouir de leur fonction ! Les UDAF sont « contrôlées » par l’IGAS par le biais de personnel local à qui on demande de fermer les yeux. Alors Monsieur le Député avez vous conscience qu’il y a la classe des dirigeants et leurs entregents d’un côté et de l’autre le troupeau des salariés que l’on tond de plus en plus ras. Et vous nous demandez d’être confiant dans cette réforme qui accentue les inégalités ?

  5. Enfin quelqu’un qui pose les choses et qui expose des arguments en faveur et en défaveur de cette loi pour chacun puisse se faire une opinion.

  6. Ne pas voter la motion de censure, c’est apporter votre soutien à ce gouvernement. Mon opinion est que c’est une très mauvaise chose, tant pour le citoyen français que pour les Bretons et la Bretagne. Ce gouvernement fait chaque jour moins cas de nous que la veille.

  7. faites votre choix en tout connaissance de cause. Prenez vos responsabilités et dites vous ce que vous feriez si vous étiez directement concernés par la « loi travail ». Je vous connait bien pour avoir écouté votre discours à Plescop. Enfin, je pense

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