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Vannes : l’exposition Napoléon Bonaparte fait du reuz

Une exposition qui fait dans la grandeur

Pendant les vacances de Pâques se tient au Parc des Expositions Chorus de Vannes l’exposition « Napoléon Bonaparte… découverte d’une légende ». Présentant plus de 450 pièces sur 1500 m2 (objets d’époque, meubles, bijoux, vêtements, gravures, cartes, uniformes, armes…),  elle se compose d’une dizaine d’espaces sur les différentes étapes de la vie de l’empereur. On y voit également  deux espaces de cinéma d’une cinquantaine de places chacune, ainsi que d’immenses kakemonos. Les co-producteurs le Parc Chorus et Horus France sont soutenus par de nombreux partenaires institutionnels et médiatiques. Selon le site internet de GL Events, l’organisateur événementiel, c’est Vannes qui a été choisi pour cette première en Hexagone, une première qui a bénéficié par ailleurs d’une importante communication en Bretagne (affichage publicitaire sur les routes et dans les commerces, spots télé, articles laudateurs dans la presse régionale).

Protestations vannetaises d’hier et d’aujourd’hui

Cependant, depuis quelques jours, des voix commencent à s’élever contre la tenue de cette exposition. C’est le cas du réseau social facebook dont le groupe « Napoléon Bonaparte était un dictateur » cite Simone Weil et s’interroge sur la neutralité d’une exposition consacrée à un dictateur. L’association vannetaise Bemdez a publié un communiqué accusant cette exposition de faire l’apologie de la dictature. Récusant son impartialité revendiquée, elle rappelle un fait historique méconnu du grand public qui s’est passé à Vannes en juin 1815 : les collégiens et étudiants vannetais se sont soulevé contre le retour de Bonaparte pendant les « Cent jours », monopolisant un bataillon des armées impériales. Ce fait historique fait écho au choix de Vannes comme premier lieu d’exposition en Hexagone, un choix qui pose question pour de nombreux habitants de Vannes et de la Bretagne en général, pays connu pour ses chouans, véritables résistants de l’intérieur jusqu’à la chute de l’empire à Waterloo le 18 juin 1815.

Objectivité assumée ou propagande bonapartiste ?

L’organisateur revendique une neutralité certaine, une objectivité tranquille. Ni pro ni anti-bonapartiste. L’exposition « n’est ni une anthologie, ni un dénigrement de Napoléon Bonaparte » selon le site de GL Events. Seizh a visité cette exposition. Il a constaté que Napoléon Bonaparte y est présenté de manière toujours positive, voire admirative, dans une vision générale très jacobine de la France. La Corse est évoquée dans le premier espace sur l’enfance de Napulio Buonaparte (son vrai nom corse, qui n’apparait que dans une reproduction de son acte de naissance, rédigé en italien « car la Corse n’était française que depuis 15 mois » sic). Dans cette salle, on peut voir une grande carte de la Corse tirée d’un ouvrage au titre évocateur : « La France et ses colonies – atlas universel ». Les nombreuses réformes institutionnelles de Bonaparte, souvent encore en fonctionnement aujourd’hui, sont systématiquement présentées comme un progrès pour la France. L’intérêt de l’empire pour les sciences et les arts est lui aussi un sujet d’admiration. Mais rien n’est expliqué sur la dictature de Bonaparte. Rien sur les massacres perpétrés à travers l’Europe, rien sur les dictatures installées dans différents autres Etats européens, rien sur ses crimes politiques, rien sur le rétablissement de l’esclavage, rien sur l’invention de la police politique ou encore du chauvinisme… Dans la dernière salle, la postérité du personnage est dépeinte à travers les hommages dont il a été l’objet, essentiellement en France (monuments de Paris, timbres, vaisselle, ouvrages divers…). Mais rien sur les différents monuments érigés en Europe suite aux guerres napoléoniennes. Enfin, absolument rien ne concerne la Bretagne.

La Bretagne invisible

Là encore un choix qui pose question par rapport au choix de Vannes comme premier lieu d’exposition. Aucune allusion à la thèse sur les origines bretonnes de Napoléon. Rien sur les batailles menées par les Bretons contre l’empire français. Rien sur le blocus continental qui a ruiné l’économie nationale. Rien sur Chateaubriand ou tout autre opposant… Le seul lien qu’on pourrait trouver avec la Bretagne est la présentation sous vitrines de fusils des soldats impériaux, c’est-à-dire le genre d’armes qui a servi  à tuer des Bretons.

Des questions pour la municipalité

Quand nous avons visité l’exposition (une après-midi pendant les vacances de Pâques) il n’y avait quasiment personne (4/5 personnes), et les deux espaces de cinéma tournaient à vide. Quelle est la fréquentation de l’exposition?

Qui est Horus France, co-organisateur de l’exposition ?

Quelles dépenses ont été effectuées pour cette exposition ?

La mairie, contactée, n’a pas souhaité réagir. Nous n’avons donc pas pu obtenir de réponse à ces questions pour l’instant.

Nota : Il existe des précédents en Bretagne dans l’organisation de manifestations pro-Bonaparte.

– Depuis 1956, l’école des officiers de l’armée française Saint-Cyr Coëtquidan, basée à Guer, organise chaque année une reconstitution de la bataille d’Austerlitz. Une statue équestre de l’empereur trône au milieu de l’enceinte militaire. Le Musée du Souvenir présente plusieurs « reliques ».

– La ville de Dinard avait déclaré 2005 « année impériale ». Elle avait organisé un nombre impressionnant d’activités pour cette occasion : exposition, conférences, reconstitution historique, salon du livre, théâtre, spectacle pyrotechnique et musical , parade dite « Gloire de l’empire », feu d’artifice…  sans oublier la tenue du 4ème congrès international de la Société Napoléonienne Internationale.

– Enfin à Pontivy (rebaptisé « Napoléonville » pendant l’empire), un sous-préfet  s’était aussi distingué en revêtant l’habit de préfet de l’époque.

 Biographie sommaire :

– « Quelques réflexions sur les origines de l’hitlérisme » de Simone Weil, (Nouveaux cahiers, juillet 1939)

– « Comment peut-on être breton ? Essai sur la démocratie française », Morvan Lebesque, Le seuil, 1970 (chapitre « L’enfer est privation d’Histoire »)

– « Napoléon breton ? » de Hervé Le Borgne, Keltia Graphic, 2008.

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