DOUX : « je pars avec à peine 15 000 euros pour 38 ans de boîte »

7Seizh est allé à la rencontre des ouvriers de l’usine Doux de Sérent (56). Cette usine a été une des plus lourdement touchée par le plan social décidé par le tribunal de Quimper suite à la mise en liquidation judiciaire du groupe agro-alimentaire : 118 emplois vont être supprimés sur les 178 que comptait l’entreprise.

Quelles sont leurs conditions de travail ? Cette faillite était elle prévisible ? Quelle est leur vie dans cette période d’entre-deux ? 7Seizh publie sur plusieurs jours une série d’entretien pour mieux comprendre l’univers des ouvriers de Doux

A la demande des personnes interrogées, les prénoms ont été changés.

7Seizh : Alors il y a huit ans, Guy Odri a été embauché comme directeur général (DG). Sa mission était de redresser le groupe, déjà bien mal en point à l’époque. Qu’est-ce que vous pensez de son action ?

Gwenn : Il a été présenté comme le sauveur quand il est arrivé.

Metig : C’était le Dieu ! Il nous promettait qu’on aurait partagé le gâteau. A l’arrivée, on n’a ni gâteau, ni miettes, rien du tout. Les premières années, comme il y avait beaucoup de stock, il a vendu le stock. Il a réussi à récupérer de l’argent comme ça. Alors c’était un dieu car il amenait de l’argent frais. Mais ça n’a pas duré. Un jour, il n’y a plus eu de stock et c’est là que ça a commencé à se dégrader.

Gwenn : Mais est-ce qu’il n’avait pas les mains liées par les actionnaires qui lui imposaient une politique ? On n’en sait rien. Après tout ce n’est qu’un simple salarié lui aussi. Un directeur de groupe, même un gros groupe, a-t’il tant que ça le pouvoir ?

Metig : Toujours est-il, il ne gagnait pas le SMIC et n’est pas parti comme moi avec 15 000 euros pour 38 ans de boîte.

7Seizh : Vous partez avec 15 000 euros d’indemnités en tout et pour tout ?

Metig : A peine ! 14 900 euros je crois…

Yann : Ca ne fait même pas une année de salaire !

7Seizh : Mais pour en revenir aux causes de la faillite, la direction elle vous a donné quoi comme explication pour justifier tout ça ?

Yann : Ils ont surtout mis tout ça sur le dos de l’augmentation des céréales. Selon eux, ils n’arrivaient pas à répercuter l’augmentation sur le prix vendu aux supermarchés. Donc on faisait de l’abattage uniquement, suivant les commandes qui arrivaient.

Metig : De toute façon, notre production baissait constamment. Il y a dix ans, on abattait 100 000 poulets par semaine et maintenant on était à 20 000. Et puis là où on a perdu gros c’est quand on a perdu les poulets fermiers de Janzé… Là déjà on s’est posé de sérieuses questions… A l’époque on nous avait dit que Janzé augmentait ses prix et qu’on ne pouvait pas suivre. C’était un litige entre eux et LDC (un concurrent, devenu le nouveau propriétaire de l’usine de Sérent) en a profité pour reprendre les poulets de Janzé. Là on a perdu gros ! Je crois qu’on abattait 75 000 poulets par semaine à l’époque…

Alors après on a fait un peu de « Fermiers de l’Argoat » mais on a jamais réussi à faire des étincelles avec… 20-25 000 par semaine grand maximum…

7Seizh : Quand vous avez appris que le groupe Doux était en liquidation, est-ce que ça a été une grosse surprise pour vous ?

Yann : Une grosse surprise non. Depuis le nombre d’années qu’ils perdaient de l’argent, on savait que ça allait arriver un jour ou l’autre…

Gwenn : Mais la liquidation ça a pratiquement été un espoir : « on s’arrête, on évalue le problème et on repart…. et peut-être que ça va être notre chance !» qu’on se disait…

Metig : Oui, on avait l’espoir d’être repris dans des bonnes conditions. Mais ça ne s’est pas déroulé comme ça.

Gwenn : Non effectivement. Le jugement s’est déroulé dans un petit tribunal avec tous les copains de Charles Doux et voilà…

7Seizh : Alors justement, vous parlez du tribunal, que pensez-vous des déclarations de Xavier Beulin, président de la FNSEA et président du groupe Sofiprotéol, qui avait critiqué au micro d’Europe 1, le tribunal de Quimper en ces termes : « quand on parle de milliards d’euros de chiffre d’affaires, je ne suis pas sûr que le tribunal de commerce d’une petite bourgade ait la capacité d’appréhender les sujets correctement. »

Metig : Il n’avait pas tort ! Ils se connaissent tous !

Gwenn : Ce sont des patrons qui jugent des patrons !

Yann : Il aurait mieux fallu que ce soit jugé soit à Rennes soit à Paris. Mais il y aurait eu de la casse sociale aussi de toute façon…

Metig : Et encore à Paris… apparemment il a une autre boîte là-bas, alors…

Gwenn : Mais l’attelage monté par Sofiprotéol c’était une chance. Ca permettait de sauver un maximum d’emplois, il proposait un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi -Nd7) sur plus de 600 salariés. Tandis que là, il y en a déjà mille de licenciés mais qu’est-ce qui va se passer le 30 novembre ? (date de la fin de la « période d’observation » du tribunal de commerce pour les 22 autres entreprises du groupe Doux Nd7) Est-ce que l’entreprise va pouvoir continuer après cette date ?

7Seizh : Alors il y a quelques jours, le maire de Sérent, Alain Marchall, déclarait sur 7Seizh que Sérent avait été sacrifié pour Laval…

Metig : Oui c’est ce qu’on pense également !

Yann : Oui LDC avait déposé une offre indivisible. S’ils reprennaient Laval, ils reprennaient Sérent. Il y avait 300 emplois à Laval. Le tribunal aurait dû casser cette indivisibilité et Duc nous reprennait avec 127 emplois à la clé. Alors que LDC ne reprend que 60 emplois à Sérent. Plus de la moitié moins !

Metig : Et problème supplémentaire : si LDC reste seul sur le marché, le consommateur va ressentir le monopole au niveau des prix. A part eux il reste qui ? Il n’y a plus de concurrence !

Première partie de cet entretien : http://7seizh.info/doux-des-ouvriers-racontent-1/

Deuxième partie de cet entretien : http://7seizh.info/doux-2-on-nous-promettait-que-lusine-de-serent-nallait-pas-fermer/

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