« La chevalerie bretonne au temps de Bertrand du Guesclin » de Frédéric Morvan

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la-chevalerie-bretonne-au-temps-de-bertrand-du-guesclin-1341-1381L’ouvrage de Frédéric Morvan, paru en septembre 2014, a fait l’objet d’une réédition au cours du mois de mars de cette année. Il traite des « hommes d’armes » bretons pendant la première partie de la guerre de cent ans. En Bretagne c’est la période de l’avènement de la famille de  Montfort à la tête du duché. Elle débute en 1341, passe par la fin de la guerre de succession lors de la bataille d’Auray (1364) et aboutit à l’échec, assez inespéré, de la tentative d’annexion par le roi de France, Charles V en 1378. L’œuvre de Frédéric Morvan ne vise pas à refaire des travaux historiques déjà bien connus. De façon très intéressante, l’angle adopté se veut plus « humain ». Dans toute la mesure des possibilités offertes par les sources historiques, il cherche à mettre en lumière l’ensemble des hommes d’armes bretons, du grand seigneur à l’obscur combattant. A partir des  situations, des motivations et des parcours personnels, il reconstitue l’histoire d’une période féodale complexe et violente. Les personnages des rois de France, d’Angleterre et des prétendants au duché de Bretagne sont évidemment omniprésents. Mais les hommes d’armes, et l’influence de leurs actions,  sont sur le devant de la scène historique, en particulier le fameux Du Guesclin.

Un travail de thèse titanesque.

S’il y avait un regret à exprimer sur cet ouvrage ce serait sur son introduction. Il est constitué de la troisième et dernière partie de l’immense thèse de doctorat en histoire médiévale de Frédéric Morvan, soutenue en 2007 à Lille. La deuxième partie de cette thèse a été publiée en 2009 sous le titre « La Chevalerie Bretonne et la formation de l’armée ducale 1260-1341 » par les Presses Universitaires de Rennes. La première partie a été publiée en 2014, légèrement remaniée, sous le titre « Les Chevaliers Bretons » (Coop Breizh). Chaque livre montre sa propre cohérence mais au sein de celle, plus grande, de la thèse.  Celui traitant de la dernière partie est, les sources aidant, celui qui prend le plus soin de faire revivre les hommes d’armes du duché, grands ou petits. Pourtant un lecteur qui commencerait par cette partie pourrait rester un peu dans l’attente de précisions sur ce qu’est un homme d’armes. C’est dans les préfaces et introductions des deux autres ouvrages issus de la thèse que l’on trouve d’intéressantes considérations sur cette catégorie socio-professionnelle à une époque où l’identification entre la chevalerie (des guerriers à cheval à l’origine) et l’aristocratie était récente, voire toujours en cours. Même si l’on va naturellement vers les autres parties de la thèse, il est peut-être un peu dommage que ces éléments d’introduction n’aient pas été repris dans l’ouvrage qui met le plus l’accent sur les hommes d’armes.

Un angle de vue intéressant

Dès les remerciements, un œil relativement averti détecte des signaux prometteurs. L’auteur y cite Martin Aurell, auteur (entre autres) du magistral «  La légende du Roi Arthur » (Perrin) et Michel Nassiet auteur (entre autres) du non moins magistral « Noblesse et pauvreté » (PUR) , ouvrage indispensable à toute personne s’intéressant à la réalité de l’ancien régime en Bretagne. On n’est pas là pour célébrer et diffuser des mythes, on est dans une thèse de doctorat, dans la recherche du vrai, dans l’histoire bretonne suffisamment solide pour être digne d’enseignement.  Le souci d’aller au plus près de la condition des hommes d’armes ressort de la même logique. Fidélité à un seigneur, motivations par les intérêts personnels, besoin de terres et d’argent, Frédéric Morvan prend l’angle du facteur humain dans les agissements des hommes  d’armes, soit au service d’un seigneur soit pour leur propre compte. A cette époque, il aurait été malvenu de dire quelque chose comme « Les « Routiers » sont sympas ».  Le cas de Bertrand du Guesclin est traité de façon exemplaire, loin des interprétations relativement récentes, postérieures au concept de nation, positives ou négatives. Malgré la densité du texte et des informations, l’auteur parvient à faire revivre les tribulations de moults hommes d’armes oubliés. Cela donne parfois au lecteur l’impression de lire un roman d’aventure, souvent passionnant. C’est la grande force de l’ouvrage. Les quelques généalogies bienvenues à la fin participent à « l’incarnation » des différents personnages.

« La chevalerie Bretonne au temps de Bertrand du Guesclin » est, par son ampleur et sa rigueur, le livre de référence sur cette partie de l’histoire de la Bretagne.  Il devrait figurer dans toute bibliothèque bretonne digne de ce nom.  Les deux autres ouvrages issus de la thèse de l’auteur sont également indispensables à la connaissance et la compréhension de notre histoire.

 

« La chevalerie bretonne au temps de Bertrand du Guesclin (1341-1381) »

Auteur : Frédéric Morvan

Editeurs : Centre d’Histoire de Bretagne

Diffusion : Coop Breizh

Paru le 01/04/2016

758 pages

25 euros

Disponible sur le site du CHB-KIB

 

 

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