« Ces bretons qui ont fait la France », le nouveau livre de Régis le Sommier, vient de paraître chez Grasset. L’auteur est journaliste et directeur adjoint de Paris-Match. Ses trois derniers ouvrages ont traité des drames du proche et Moyen-Orient. C’est un reporter chevronné, qui passe plus de temps sur les théâtres de guerre que sur les plateaux de télévision. Il fait partie de ceux qui vont voir lucidement ce qui se passe dans les zones de crise. C’est seulement là que s’acquiert la fameuse « expérience de terrain », celle sans laquelle il n’y a, au mieux, qu’une expertise envieuse d’une validation par le courage. Il aborde cette fois un sujet moins dramatique et plus personnel, pour ne pas dire plus intime. C’est la première fois que le sujet de ses écrits est son identité bretonne. Et c’est une belle première.

« Pour comprendre comment être breton, il faut se poser la question de ce qu’on en fait »

Cette interrogation est complémentaire au « Comment peut-on être breton ? » de Morvan Lebesque. Elle résume la démarche de ce livre. L’auteur regrette un peu « la transformation de l’identité bretonne en produit commercial ». Il partage le constat, de bon sens, que la Bretagne, hors de tous les « à quoi bon ? » et les injonctions à ne même pas y penser, dispose des atouts nécessaires pour avancer dans le monde à part de la France.

Figures bretonnes

À défaut d’indépendance, les Bretons n’ont eu de cesse de « l’incarner à travers leurs destins personnels ». Les images de ceux qui se sont distingués pour la France contribuent de façon évidente à l’identité bretonne. Régis Le Sommier en a sélectionné quelques-uns pour en faire les portraits.

Des personnages historiques sont revisités de façon intéressante. Les pages sur Isaac Le Chapelier rappellent utilement l’origine d’un club des Jacobins dont l’héritage idéologique est aujourd’hui si décrié. Pour ceux plus proches de la période actuelle, l’ouvrage délivre nombre d’informations passionnantes. Justice mémorielle est rendue à René Pleven et à son action au travers du CELIB. Les sportifs, Tabarly et Hinault, sont magnifiquement traités. Enfin, l’aventure des frères Guillemot prend un relief particulier après les récentes attaques subies il y a peu par UBISOFT.

Parler de la Bretagne, cela vient du cœur

Au-delà de l’information et de la galerie de portraits, la force du livre tient également dans le ton enlevé et personnel de l’auteur. Il commence par des souvenirs d’enfance, avec ses images chevaleresques. À la fin prend place un hommage bouleversant à son père, décédé il y à quelques années. L’auteur démontre à l’occasion, et s’il en était besoin, qu’il écrit de façon bien plus propice à l’émotion que le style journalistique. Ici et là, on trouve un petit tacle au Syndicat des Pilotes d’Air France ou un léger coup de griffe à Mélenchon. Il nous fait part de ses considérations, un brin provocatrices, sur le fond idéologique réel de François Mitterrand. On suit son regard sur un entrepreneur prédateur, breton lui aussi mais sans mériter de portrait. On assiste également aux interrogations d’un père sur le monde que prépare à son fils un ministre de la Défense à la fois apprécié et marchand d’armes.

Une belle façon d’évoquer l’identité bretonne

L’identité est évoquée de façon positive à partir de parcours remarquables dans un cadre national, là où tant d’autres n’expriment la leur qu’en mettant en exergue la différence de l’Autre. Bretonne de façon éclatante, la sienne n’est forcément pas exactement la même que celle d’un breton ayant d’autres images de références. Mais les deux ne sont pas exclusives l’une de l’autre, comme ne le sont pas les identités en général.

Né en 1968, Régis Le Sommier est peut-être à ce moment de la vie où l’on peut regarder à la fois le chemin parcouru, savourant, le cas échéant, une trajectoire professionnelle, et celui, encore long, restant à parcourir. En nous livrant ses figures bretonnes, il nous parle également de lui-même. Le bourlingueur breton dont le camp de base est à Paris vient, par l’écriture et avec talent, se ressourcer au pays. Et le lecteur, d’où qu’il soit, l’accueille et l’accompagne avec émotion et grand plaisir.

JOSÉ

AVIS : 😊😊😊

 

Ces Bretons qui ont fait la France

Régis Le Sommier

Editions Grasset

Paru le 11 avril 2018

240 pages

19 euros

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.