Route du Rhum : Six heures du suspense

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Dimanche 11 novembre 2018, MACIF est handicapé par la perte du foil tribord et d’une partie du safran bâbord
– François Gabart contient encore les attaques de Francis Joyon
– L’écart n’est plus que de 20 milles
– Les conditions météo sont toujours instables sur la Guadeloupe
– Le leader attendu à la Tête à l’Anglais vers 14h00 locales (19h00 métropole)

© V.Curutchet-ALeA-Macif

À moins de 60 milles de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, le suspense reste entier entre François Gabart toujours leader, et Francis Joyon chasseur de plus en plus insistant, alors que les deux trimarans ULTIME vont aborder vers 19h00 (heure métropole) le tour de la Guadeloupe… Et traverser en chemin une vaste zone de vent faible. Il y a de quoi changer la hiérarchie !

 

 

Le final s’annonce compliqué pour les deux prétendants à la victoire de cette onzième Route du Rhum-Destination Guadeloupe… Car l’écart qui est monté à près de 200 milles il y a quelques jours est désormais divisé par dix. Or si ces trimarans de trente mètres peuvent aligner des journées à plus de 700 milles même en solitaire, lorsque les conditions sont favorables, il n’en est pas de même lorsque la brise est aux abonnés absents. Et c’est bien ce qu’il risque d’arriver dès qu’il faudra se glisser sous le vent de l’île papillon !

À Deshaies, premier pointage

En fait, c’est d’abord à l’atterrissage sur la Guadeloupe que le finish prend toute sa dimension : le vent a tendance à perdre de sa superbe, et les vitesses décroissent, surtout que les reliefs antillais commencent à faire basculer l’alizé… Il faut donc être extrêmement réactif pour passer du gennaker (grande voile d’avant pour les vents portants) au génois (J-1, pour les allures serrées). Une manœuvre lourde et exigeante physiquement, surtout pour un marin qui a déjà plus de six jours de mer.

Mais ce n’est pas tout : une fois l’îlet Kahouanne paré, ce sont environ vingt-cinq milles à couvrir vers la bouée de Basse-Terre. Or ces milles sont probablement les plus difficiles à parcourir : le vent est rejeté en altitude par les montagnes qui prolongent le volcan de La Soufrière et ce ne sont plus que de maigres risées qui se déplacent aléatoirement sur une mer presque lisse. On a déja vu des marins solitaires totalement encalminés, sans un gramme de vent, pendant plusieurs heures ! La position de « chasseur » est alors parfois plus confortable : Franck Cammas avait ainsi débordé Marc Guillemot en 1998 sur ce tour de la Guadeloupe, avec à l’arrivée, un delta de seulement huit minutes et demie…

Le canal des Saintes pour conclure

Alors une heure, voire une heure et demie ne sont pas suffisantes pour s’assurer de la victoire ! François Gabart le sait, lui qui a déjà effectué ce tour de l’île en 2014 sur son monocoque MACIF. Mais Francis Joyon est encore plus armé puisqu’il a quatre participations finales au compteur… Et une fois cette bouée mouillée à moins d’un mille de la côte, devant Rivière-Sens, il faut encore s’en dégager ! Quatre tout petits milles pour atteindre les alizés qui prennent du muscle dans l’entonnoir du canal des Saintes.

Bref ce dernier tronçon entre la Tête à l’Anglais et l’îlet à Cochons n’est pas une sinécure. Surtout quand des grains viennent déverser des bassines de pluie. La visibilité se réduit à peau de chagrin, et tous les répétiteurs ont beau illuminer le pied de mât et le cockpit, pas facile de s’y retrouver. Et quand en plus une voile s’agrandit à l’horizon, le syndrome de 1978 revient forcément à l’esprit : 98 secondes pour l’éternité séparaient Mike Birch de Michel Malinovsky après 23 jours de mer !

Alors qui est le plus armé pour ce final à suspense ? D’un côté François Gabart va arriver en milieu de journée tropicale, ce qui est nettement plus facile pour appréhender les zones de calmes. Mais en atteignant le Nord de la Guadeloupe vers 15h00 (heure locale) le jeune skipper sait que la nuit tombe vraiment vers 18h00… et il n’y a pas beaucoup de lune en ce moment ! La bouée de Basse-Terre sera donc enroulée en début de ténèbres. De plus, MACIF est handicapé par la perte du foil tribord, d’une latte de grand-voile et du safran bâbord…

© JM Liot / ALEA / IDEC SPORT

De son côté Francis Joyon dispose d’un trimaran plus facile à manœuvre même s’il est proportionnellement moins toilé. C’est cette capacité à réagir, à trouver la veine de vent salvatrice qui pourrait bien changer la face finale à l’entrée du canal des Saintes. Ce tour pourrait jouer des tours…

 

 

 

ULTIME – Dernier tour de piste

François Gabart n’est pas à 100% du potentiel du trimaran volant. A 75 milles du finish et alors que François Gabart est toujours en tête au moment de débuter le contournement de l’île de la Guadeloupe,  le mystère est levé sur les problèmes techniques qui handicapent le trimaran MACIF depuis plusieurs jours : le bateau navigue sans foil tribord et sans safran bâbord…Ce qui explique que dans des conditions de navigation similaires, IDEC Sport ait réussi à reprendre 70 milles en l’espace de huit heures la nuit dernière.

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