Conscience aiguë du monde, source d’anxiété : les anxieux, l’avenir des Bretons ?

Dans une société en quête de repères, il n’est pas rare de croiser sur son chemin des détresses profondes directement liées à une hyperlucidité sur le monde. Chaque jour, nous rencontrons des personnes anxieuses. Toutes les anxiétés n’ont pas la même origine. Mais si vous croisez un inquiet sur le monde qui va mal ou sur le sens de la vie, il est probable que vous parliez à l’un des sujets de la recherche balbutiante de la neuroscience : les anxieux/intelligents souffrant du trouble d’anxiété généralisée (TAG).

« L’anxiété peut amener à éviter les situations dangereuses » (Jérémy D. Coplan)
L’anxiété, critère de sélection naturelle, mécanisme positif pour la survie ?

Le 12 avril dernier, Frontiers in Evolutionary Neurosciences publiait un court article sur les conclusions des recherches d’un groupe de scientifiques américains (université de Columbia, Institut américain de la santé, laboratoire pharmaceutique GSK) à propos du lien anxiété-intelligence. L’étude de 26 patients souffrant du trouble d’anxiété généralisée (TAG), dont les résultats ont été comparés avec ceux de 18 autres personnes en bonne santé, a permis de constater que  l’intelligence (QI) et l’anxiété étaient en corrélation avec une certaine activité du cerveau. Conclusion : l’intelligence co-évoluerait avec l’anxiété chez l’homme. Cette état anxieux serait bénéfique au développement des mécanismes de protection dans le cerveau face aux agressions potentielles. La nature aurait sélectionné les sujets les plus anxieux parmi l’espèce humaine, qualité qui leur permettrait de ne pas prendre de risques et une meilleure anticipation sur les dangers donc de meilleures possibilités de s’en protéger. Sélection naturelle, voilà le secret : soyez anxieux !

« Quand l’intelligence élevée fragilise la construction de l’identité » (J. Siaud-Facchin)
« Rien de nouveau sous le soleil »
Mais finalement, quoi de neuf sur la planète psy ?

Depuis une dizaine d’années, Jeanne Siaud-Facchin, une psychologue travaillant essentiellement avec des personnes surdouées, affirme que  » l’intelligence élevée fragilise la construction de l’identité «  chez l’enfant qui souffre d’« une hyperlucidité sur le monde  » dans un contexte de  » quête de sens (…) de quête affective « .  » Incapable d’insouciance, d’indifférence, décalé (…) parmi les autres, il connaît très jeune l’inquiétude et l’anxiété. » Pourtant les enfants intelligents et hyperlucides ne développeront pas toujours une pathologie. Dépistés et pris en charge, ils seront, pour la plupart, heureux et ne développeront pas la pathologie anxieuse.

« La lucidité est la blessure la plus proche du soleil » (R. Char)
En mal d’identité, anxieux…
Comment l’homme compense-t-il ?

Les chercheurs ne vont pas si loin. Pas pour l’instant.
Qui sont ces anxieux/intelligents ? Qui sont ces éternels malheureux, insatisfaits, hyperlucides sur le monde ?

Vous ne les reconnaissez pas forcément, pourtant chaque jour vous les croisez. Ils sont parfois sous prescription médicale, mais il existe d’autres manières de compenser ce handicap du bien-vivre qu’est l’anxiété.

Tromper l’esprit est une ruse des hommes sur eux-même et occuper leur intelligence à d’autres sujets que la conscience de l’état du monde, comme fin, en fait parfois des artistes, souvent des militants. Peut-être qu’en pensant tenir les rênes de leur vie trouvent-ils le moyen de prendre le pas sur ce qui les minent : l’anxieuse intelligence.

Alors, militants bretons, êtes-vous anxieux ?

A tous les hyperlucides, et plus particulièrement à B. pour lequel j’ai écrit cette tribune, à Fa, Cédric, Oliv, …
 »  Beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin ; plus de savoir, plus de douleur
 » (Ec 1:18)

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