Cargo nucléaire : pour Robin des Bois le Sevmorput devient SAVEmorput

Lundi 21 décembre 2020,

Le vendredi 18 décembre à 15h40, le cargo atomique Sevmorput en route pour le continent européen a fait un brusque changement de cap en direction des côtes marocaines. Le lendemain, samedi 19 au matin, il a repris sa route vers le Nord. Mais samedi en fin d’après-midi, il a fait demi tour en se dirigeant de nouveau vers les côtes marocaines. Cette trajectoire indécise traduit l’embarras de l’armateur russe Rosatom et l’échec des pourparlers avec le Maroc, l’Espagne et le Royaume-Uni (Gibraltar) susceptibles d’accueillir dans un port ou un lieu refuge le navire en difficulté.

Aujourd’hui lundi 21 décembre à 7h00, le Sevmorput est définitivement engagé dans sa remontée vers Saint-Pétersbourg. Il est au large de Lisbonne. L’Union européenne est dans l’incapacité d’imposer et de coordonner un plan d’accompagnement ou de remorquage du navire tout au long de son périple retour. Les deux réponses de la Commission européenne à Robin des Bois montrent que les difficultés techniques auxquelles le Sevmorput est confronté sont banalisées (cf. ci-dessous). L’Union européenne se contente d’un rôle d’observateur.

Le Sevmorput à la différence des brise-glaces russes à propulsion nucléaire en exploitation en Arctique qui disposent de 3 hélices, est équipé en temps normal d’une seule hélice à 4 pales. Aujourd’hui il en a perdu deux. C’est pourquoi sa vitesse est réduite de moitié. Pour rappel, l’hélice et l’arbre porte-hélice du navire ont été remplacés dans un chantier naval de Saint-Pétersbourg il y a quelques mois.

Le seul port refuge qui reste disponible avant la traversée périlleuse du golfe de Gascogne est le port espagnol de la Corogne demain matin. Après, ce sera le grand saut. A ce stade, Robin des Bois ignore si le « plan Biscaye » de coopération franco-espagnole est pré-positionné en vue de porter assistance au Sevmorput qui outre son réacteur nucléaire de 135 MW transporte 97 membres d’équipage et techniciens. Le « plan Biscaye » a été mis à jour il y a un an. Il prévoit les modalités d’une intervention conjointe entre la SASEMAR (Sociedad de Salvamento Marítimo y Seguridad Marítima) et la préfecture maritime de l’Atlantique en cas d’opérations de sauvetage et de lutte contre la pollution. Seuls trois remorqueurs de haute mer dont l’Abeille Bourbon basée à Brest sont mobilisables. Les conditions météo s’annoncent mouvementées dans le golfe de Gascogne cette semaine et des alertes simultanées de cargos en difficulté pourraient être lancées.

Après le golfe de Gascogne, les trois seuls endroits refuge pour le Sevmorput en cas de difficultés supplémentaires seraient la rade de Brest, la rade de Cherbourg ou la baie de Seine.

Robin des Bois persiste à recommander l’option préventive d’un remorquage, préférable à l’option d’une intervention en situation d’urgence.

Le plan ORSEC maritime que le préfet de l’Atlantique évoque dans sa réponse à Robin des Bois (cf. ci-dessous) comporte un volet NUCMAR. Si les conséquences radiologiques d’un événement de mer sont considérées comme inacceptables par les experts en appui du préfet maritime, le navire peut être remorqué vers la haute mer et sabordé. Toutefois ce plan NUCMAR ne concerne théoriquement que les cargos transportant des matières dangereuses de la classe 7 « matières radioactives » et ne prend pas en compte l’uranium enrichi des combustibles des navires à propulsion nucléaire.

Le Sevmorput à proximité des îles Canaries le 16 décembre 2020. Photo Salvamento Marítimo

Après la mer de la Manche, le navire en avarie devra naviguer dans des détroits accidentogènes où la circulation maritime est intense jusqu’à son retour à Saint-Pétersbourg (cf. précédents communiqués).

 

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